Écoute les derniers accents de ma voix
• mourante. La vertu ne défend pas de plaindre les » morts. Accorde-moi la seule grâce que je t'aie jamais » demandée : une larme, la première et la dernière
• récompense de tant d'amour. »
Conrad franchit le portail, il traverse le corridor et entre dans l'appartement au moment où la voix cesse de chanter.
* Ma Médora, dit-il, ta romance est bien mélancoli- » que!. . » — « Quand Conrad est absent, veux-tu » que j'en choisisse de plus gaies? Quand tu n'es pas » là pour m'entendre, mes chants doivent trahir les » pensées de mon âme. Chacun de mes accents doit » être enharmonie avec elle; mon cœur parlerait si » ma bouche était muette. Combien de nuits j'ai gémi » sur cette couche solitaire! mes craintes donnaient » aux vents les ailes de la tempête ; lorsqu'ils enflaient » à peine tes voiles, je croyais entendre le prélude du. » souffle plus terrible de l'aquilon, et la brise me sem- » blait le son lugubre d'une voix qui pleurait mon » amantdevenu le jouet de la vague cruelle. Soudain, » je me levais en sursaut pour aller entretenir les feux » du fanal, de peur qu'une main moins fidèle laissât » mourir cette clarté, amie des matelots. — Combien » d'heures j'ai passées à contempler d'un œil inquiet. 1 4
» les astres du ciel! L'aurore brillait enfin, et tu étais » encore loin. Comme la bise glaçait alors mon cœur ! » comme le matin était triste à mes yeux troublés, qui » ne cessaient de se tourner vers la mer ! Aucun navire
• ne paraissait, malgré mes larmes et les vœux de » mon amour; le soleil avait fourni la moitié de sa ' course, je saluais un mât aperçu de loin au milieu » des flots, il s'approchait et disparaissait, hélas!... » un autre lui succédait, c'était enfin le tien. Quand
• cesseront des jours si pénibles? Quand consentiras- » tu, mon cher Conrad, à connaître auprès de moi le . bonheur et la paix? N'as-tu pas plus de trésors qu'il » n'en faut? Que d'asiles aussi agréables que celui-ci,
• où tu pourrais enfin renoncer à la vie errante ! tu » sais que ce n'est point le danger que je redoute : je » ne tremble que quand tu n'es plus avec moi, et ce » n'est pas pour ma vie, mais pour la tienne cent fois » plus chère ! Pourquoi fuir l'amour et ne soupirer que » pour les combats? Qui peut forcer un cœur si tendre » à contrarier la nature et sas plus doux penchants?
» — Je l'avoue, mon cœur est bien changé depuis » longtemps ! Foulé aux pieds comme le ver timide, » il s'est vengé comme le serpent. Sa seule espérance » sur la terre, c'est ton amour. Aucune lueur de pardon » ne brille au ciel pour lui! mais ces sentiments que » tu condamnes, ma haine pour l'homme et mon amour » pour toi sont tellement inséparables, que je cesse de » t'aimer si je cesse de haïr. Médora ! bannis toute » crainte; le passé est pour toi le garant de la durée » de mon amour. Allons, encore un effort sur ton » cœur; dans une heure, je te quitte, mais ce n'est » pas pour longtemps.
» — Dans une heure ! mon cœur l'avait pressenti. . L est ainsi que s'évanouissent mes plus beaux rêves
» de bonheur. Dans une heure ! mais nonf cela ne peut » pas être ainsi. Un de tes navires vient à peine de » mouiller dans la baie, l'autre est encore absent; » l'équipage a besoin de repos avant de se remettre » en mer : mon ami, tu t'amuses de ma faiblesse, tu » voudrais par cette feinte éprouver mon cœur contre » une séparation véritable : cesse de te faire un jeu » de ma douleur, ce badinage a trop d'amertume, n'en » parlons plus. Mon bien-aimé, viens partager le » repas que mes mains ont préparé : peine légère, que » d'être chargée du soin de ton repas frugal! Vois » comme j'ai cueilli les fruits qui m'ont paru les plus » exquis, et quand j'étais indécise dans le choix, riant » de mon incertitude, ce sont les plus beaux que j'ai » crus les meilleurs : j'ai parcouru trois fois le coteau » pour trouver la source la plus fraîche. Oui, ton » sorbet va ce soir couler plus doux que jamais. Vois » comme il pétille dans ce vase d'albâtre. Le jus pi- » quant de la treille ne réjouit jamais ton cœur; tu re- » pousses la coupe avec plus d'horreur qu'un musul- » man. Je ne t'en fais aucun reproche; j'aime à te voir » préférer ce que les autres appellent des privations. » Mais viens, la table est prête, notre lampe d'argent » ne risquera rien du siroco humide; les femmes qui » me servent formeront avec moi des danses, ou feront » entendre le concert de leur voix. Tu aimes les sons » de ma guitare; j'en tirerai des accords qui te char- » meront ; ou bien, si tu veux, nous lirons dans l'Arioste » les amours et les malheurs d'Olympie. Tu serais » plus coupable que l'infidèle qui trahit cette malheu- » reuse princesse, si tu m'abandonnais en ce mo-
» ment plus coupable même que ce perfide qui...
» Je t'ai vu sourire quand le ciel sans nuage nous dé- » couvrait l'île d'Ariane... que de fois jemesuis plue à
» la considérer du haut de nos rochers, et je me disais » en souriant, malgré mes craintes pour l'avenir : » C'est ainsi que Conrad me délaissera et ne reviendra
» plus. Il me trompait en revenant encore.
» C'est ainsi, ma tendre amie, que Conrad reviendra » toujours : oui, toujours, tant qu'il lui restera un souffle de vie et l'espérance. Mais l'heure du départ approche rapidement ; ne me demande pas pourquoi je pars, ni où je vais; qu'importe, puisqu'il faudra finir parle triste mot, Adieu ! Ah! si le temps me le permettait, je me plairais à te dire tout... Ne crains rien, nos ennemis sont peu redoutables ; une garde plus nombreuse veillera dans notre île, prévenue contre les surprises, et en état de soutenir un long siège. Tu ne demeures pas seule ; si ton ami s'éloigne, il te laisse entourée de compagnes ; et d'ailleurs, pense que nous nous reverrons bientôt ; je vais conquérir la sécurité qui doit rendre notre repos plus doux... J'entends le son du cor de Juan. — Donne- » moi un baiser, — un autre, un autre encore, — oh, » adieu! »
Médora se lève et, s'élançant dans les bras de Conrad, cache son visage sur son sein; le cœur de son amant est accablé... elle n'ose lever ses beaux yeux qui dans leur douleur ne peuvent verser aucune larme ; ses longs cheveux flottent en désordre ; Conrad sent à peine battre ce cœur si rempli de lui, que l'excès de l'amour le rend comme insensible. Mais le canon qui tonne annonce la fin du jour qu'il maudit; il embrasse avec fureur sa bien-aimée, dont les caresses muettes implorent sa pitié; il va la déposer en tremblant sur sa couche, la contemple un moment, comme pour la dernière fois; éprouve qu'elle seule l'attache àla terre, baise son front glacé, se détourne... — Conrad est-il parti?
XV. — « Est-il parti? » s'écrie Médora. Que ces mots cruels troubleront souvent sa solitude ! • Il n'y a • qu'un instant qu'il était là, et déjà... » Elle s'élance sur le seuil de la porte de la tour ; et enfin ses larmes purent couler; jamais elle n'en avait versé avec tant d'abondance et d'amertume ; mais ses lèvres refusent encore de prononcer Adieu; car, dans ce mot fatal, nous avons beau vouloir exprimer l'espérance, il ne respire que le désespoir.
Déjà la douleur a gravé sur le front de la pâle Médora ces traits que le temps ne peut effacer ; ces yeux d'azur, ces yeux si tendres, que l'amour animait naguère, ont perdu tout leur feu en cherchant celui qu'ils n'espèrent plus revoir. Mais n'est-ce pas Conrad qu'ils aperçoivent encore? Hélas! c'est bien lui; mais qu'il est déjà loin! Ces beaux yeux sont noyés dans un torrent de larmes dont la source se renouvelle souvent. « Il est parti ! » Médora désolée croise les mains sur son cœur, puis les élève en suppliant vers le ciel ; elle regarde les vagues, et les voiles blanches du vaisseau qui se déploient dans les airs ; elle n'ose plus regarder et se retourne du côté de la porte, accablée de douleur • « Ce n'est » point un songe, je suis seule avec ma douleur ! »
XVI. — De rocher en rocher l'inflexible Conrad hâte ses pas vers le bord de la mer, sans tourner la tête, mais tremblant chaque fois qu'un détour du sentier offre à ses regards les objets qu'il fuit, cette tour solitaire, assise sur le sommet de la montagne, qui frappe la première sa vue quand il rentre au port !... et cette amie, astre qu'obscurcit un nuage de tristesse et qu'il aimait à reconnaître de loin ; il lui faut oublier qu'il peut encore trouver le bonheur auprès d'elle, mais toujours à la veille de tout perdre. Un moment cependant y s'arrête, indécis s'il n'abandonnera pas ses projets aux
vagues et son destin à la fortune. Non, non, un chef valeureux s'attendrit, mais ne cède jamais aux pleurs d'une femme. Il regarde son vaisseau, remarque combien le vent est propice, rappelle toute la force de son âme et poursuit sa marche. Bientôt ses oreilles sont frappées du tumulte et des cris confus de l'équipage, du bruit des rames et des signaux; il distingue le mousse au haut du mât, l'ancre qu'on enlève, les voiles qui se déploient et les mouchoirs balancés de ceux qui envoient du rivage cet adieu muet à leurs amis ; mais surtout il reconnaît son pavillon rouge qui flotte dans les airs, et il s'étonne que son cœur ait éprouvé tant de faiblesse ; ses yeux étincellent, et à son sang qui bouillonne il reconnaît qu'il est redevenu lui-même. Il franchit d'un pas rapide la distance qui lui reste à parcourir de la montagne à la plage ; là, il s'arrête pour respirer la fraîcheur de la brise, ou plutôt pour reprendre sa dignité accoutumée, de peur que la précipitation ne le fît paraître troublé aux yeux du vulgaire... Conrad avait appris à gouverner par ces artifices qui sont souvent le voile et la sauvegarde des grands. Sa démarche était fière, et son maintien, qui semblait éviter les yeux, ne manquait jamais d'inspirer le respect ; la gravité et la fierté de son regard repoussaient la familiarité indiscrète, sans manquer de courtoisie. C'est par là qu'il savait se faire obéir.
Voulait-il se concilier l'amitié de quelqu'un, sa douceur dissipait la crainte de celui qui l'écoutait, et les dons d'un autre n'étaient rien au prix d'une de ses paroles, qui s'insinuait dans le cœur avec l'accent de la bonté. Mais ce moyen s'accordait peu avec son humeur sauvage; il aimait mieux dominer par la force que par la persuasion ; les passions malheureuses de sa jeunesse lui avaient fait préférer l'obéissance à l'affection.
XVII. — Sa garde se range en ordre à ses côtés; Juan est debout devant lui : « Tout le monde est-il » prêt?... — Nos camarades sont tous embarqués; la » dernière chaloupe n'attend plus que notre chef... — » Mon épée et mon manteau !» — A peine a-t-il parlé, que déjà son manteau est sur ses épaules et son épée pend à sa ceinture : « — Qu'on appelle Pedro... — Le voilà ! » — Conrad le salue avec la courtoisie qu'il accorde à ses amis : « Reçois ces tablettes, lui dit-il, » elles contiennent des instructions importantes... Fais » doubler la garde, et quand Anselme arrivera sur » l'autre vais seau, qu'il prenne aussi connaissance de » mes ordres. Dans trois jours, si le vent nous sert, le » soleil éclairera notre retour : jusque-là tu peux res- » ter en paix. » — Il dit, serre la main à son compagnon, et s'avance fièrement vers la chaloupe. Les rames fatiguent les vagues qui répandent à l'entoui» une lueur phosphorique1. On aborde le vaisseau; Conrad est sur le pont ; le son aigu du sifflet se fait entendre, des mains exercées exécutent promptement les manœuvres : il admire Pagilité docile de son navire, ainsi que la bonne tenue de ses gens, et daigne leur en marquer son approbation ; il tourne vers le jeune Gonsalvo des yeux satisfaits. Mais pourquoi s'arrête-t-il soudain, et semble-t-il rongé d'un chagrin intérieur? Hélas ! ses yeux avaient rencontré sa tour sur le rocher, et la pensée des adieux s'était un instant réveillé dans son âme. Peut-être en ce moment Médora contemple-telle le vaisseau? Ah! jamais Conrad n'avait tant aimé î
Mais il lui reste beaucoup à faire avant le jour; il rappelle toutefois son courage, détourne la vue, et des-
1 Dans la nuit, et surtout dans les climats chauds, chaque coup de rame, chaque mouvement des chaloupes ou des vaisseaux est suivi d'un éciat de lumière qui se détache de l'eau comme un éclair.
cend avec Gonsalvo pour lui communiquer ses plans. Une lampe leur prête sa clarté ; devant eux est une carte marine avec tous les instruments nécessaires à la navigation. Leur entretien se prolonge jusqu'à minuit. Quel est l'homme qui s'aperçoit de la fuite des heures, quand l'inquiétude agite son âme?
Cependant, poussé par le vent propice, le navire fend les flots avec la rapidité du faucon. Il double les îles groupées dans la mer, et il arrive près du port avant le jour. C'est là que les corsaires découvrent la baie étroite où se tient la flotte du Pacha. Ils comptent ses galères, et remarquent la négligence avec laquelle les Turcs imprudents font la garde de la nuit. Conrad passe sans être aperçu, et va jeter l'ancre dans le lieu où il a résolu de se tenir en embuscade. Un énorme rocher, qui s'avance au loin dans la mer, est pour lui un abri derrière lequel il ne peut être vu. Il n'a pas besoin de réveiller sa troupe, toujours prête à braver les hasards sur la terre comme sur les flots ; lui-même cependant il traverse la mer en s'entretenant avec calme, et c'est du sang qui va se répandre qu'il parle à ses compagnons.
CHANT DEUXIEME
Conosceste i dubiosi desiri?
Dante.
I. — De nombreuses galères sont mouillées dans la baie de Coron; les lampes brillent à travers les fenêtres à treillis de la ville ; Seyd, le Pacha, donne une fête à l'occasion de sa victoire prochaine sur les pirates qu'il doit charger de fers ; il l'a juré par Allah et son
ŒUVRES DE LORD BYROft G9
ëpêe. Fidèle à sa parole et à son firman, il a réuni tous ses vaisseaux et rassemblé tous ses soldats : enflés comme lui d'un orgueilleux espoir, ils se partagent déjà les captifs et le butin, quoique éloignés encore de l'ennemi qu'ils méprisent. Ils n'ont qu'à mettre à la voile, demain les pirates seront enchaînés et leur repaire détruit. Que les sentinelles se livrent si elles veulent au sommeil ; elles peuvent déjà rêver la défaite de leurs ennemis. Cependant la plupart des Turcs se débandent et vont essayer leur bouillante valeur sur les Grecs. Dignes exploits des enfants de Mahomet!... Ils font luire leurs cimeterres aux yeux d'un esclave, ils pillent sa maison, mais épargnent le sang : ils sentent leur force et se piquent de clémence, dédaignant de frapper, parce qu'ils le pourraient impunément ; à moins qu'un joyeux caprice ne dirige leurs bras, pour s'exercer à frapper l'ennemi.
La nuit s'écoule au milieu delà débauche. Que ceux qui veulent conserver leurs têtes sur leurs épaules tâchent de sourire, qu'ils montrent aux musulmans toute la gaieté dont ils sont capables, et attendent pour les maudire que la côte en soit délivrée.
IL — Mollement étendu dans son palais, Seyd est entouré des officiers de son armée. Le banquet terminé, il fait apporter pour lui le breuvage que Mahomet a proscrit ; mais ses esclaves distribuent aux autres chefs plus rigides la liqueur de la fève de Moka. Des nuages de fumée s'échappent des longues chibouques *f et les Aimés * dansent au son d'une musique sauvage. Le matin verra embarquer tous ces guerriers ; mais ils se défient des vagues pendant la nuit, et le sommeil après la débauche est plus doux sur des coussins do
* C'est le nom turc de la pipe,
• Les Aimés sont des danseuses.
soie que sur le perfide élément. Il est permis à tous de jouir de la fête. Jusqu'au lendemain ils peuvent oublier le combat ; qu'ils se fient au Koran plutôt qu'à leurs armes. Cependant le Pacha a une armée si puissante, qu'il pourrait exécuter des exploits plus difficiles que ceux dont il se glorifie d'avance.
III. — Soudain on voit s'avancer avec une crainte respectueuse l'esclave chargé de veiller à la porte. Sa tête s'incline profondément, et sa main va toucher le sol avant qu'il ose délivrer son message en ces termes : t Seigneur, un Derviche 1 échappé de l'île des cor-
* On a objecté que le déguisement de Conrad est hors de la nature; peut-être a-t-on raison : je trouve quelque chose qui y ressemble dans l'histoire.
a Désireux de connaître de ses propres yeux la situation des Vandales, Majorien se hasarda, après avoir déguisé la couleur de ses cheveux, à visiter Carthage avec le titre de son propre ambassadeur; et Genseric fut dans la suite bien mortifié lorsqu'il découvrit qu'il avait entretenu et renvoyé l'empereur des Romains. Cette anecdote peut être rejetée comme une fiction sans vraisemblance; mais c'est une fiction qui n'a pu être imaginée que dans la vie d'un héros. »
(Gibbon, Décadence et Chute de V Empire Romain.)
(Nous avons sur notre théâtre emprunté ce trait à l'histoire, lorsque Iarbe vient lui-même, comme ambassadeur, auprès de Didon.)
Si on ajoutait que le caractère de Conrad est aussi peu naturel, je tâcherais de prouver le contraire par des caractères historiques que j'ai trouvés depuis que j'ai composé le Corsaire.
a Ezzélin, prisonnier, dit Rolandini, s'enfermait dans un silence menaçant; il liftait sur la terre son visage féroce, et ne donnait point d'essor à sa profonde indignation.
» De toutes parts cependant les soldats et les peuples accouraient; ils voulaient voir cet homme jadis si puissant, et la joie universelle éclatait de toutes parts
» Ezzélin était de petite taille, mais tout l'aspect de sa personne, tous ses mouvements indiquaient un soldat. Son langage était amer, son déportement superbe, et, par son seul regard , il faisait trembler les plus hardis. »
(Sismondi, tome III, pages 219, 220.)
• saires s'est présenté au palais ; lui-même demande à » vous dire le reste. » Le Pacha fait un signe à F esclave, qui introduit en silence le saint personnage. Ses bras se croisent sur la robe d'un vert foncé ; sa marche est lente et mal assurée ; son regard est humble, mais il est plutôt usé par les austérités que par les années ; sa pâleur semble l'effet de la pénitence et non de la crainte. Son front est orné d'une chevelure touffue, consacrée à son Dieu, et qui tient soulevé un haut capuchon. Une longue robe couvre son sein, où son cœur ne bat que pour l'amour du ciel. Modeste, mais^ non timide, il rencontre sans embarras tes regards curieux de ceux qui l'examinent pour deviner le but de sa mission, avant que le Pacha lui ait permis de parler.