‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 115 sur 342 · I.YC IlSTE · texte numérisé non relu

I.YC IlSTE

Et vous pouvez, cruelle que vous êtes, oublier de la sorte L'amour que j'ai pour vous, ei les obligeantes paroles que vous m'aviez données?

DORIMÈNE

Moi? point du tout. Je vous considère toujours de même, et ce mariage ne doit point vous inquiéter: c'est un homme que je n'épouse point par amour, et sa seule richesse me fait résoudre à l'accepter. Je n'ai point de bien. Vous non avez poinl aussi; et vous savez que sans cela on passe mal le temps au monde, et qu'à quelque prix que ce soit il faut tâcher d'en avoir. J'ai embrassé cette occasion-ci de me mettre à mon aise ; et je l'ai fait sur l'espérance de me voir bientôt délivrée du barbon que je prends. C'est un homme qui mourra avant qu'il soit peu, et qui n'a tout au plus que six mois dans le ventre. Je vous le garantis défunt dans le temps que je dis; et je n'aurai pas longuement cà demander pour moi au ciel l'heureux état de veuve.1

(A Sganarelle, qu'elle aperçoit.) Ah! nOUS parlions de VOUS, et

nous en disions tout le bien qu'on en sauroit dire.

LYCASTE

Est-ce là monsieur?

DORIMÈNE

Oui, c'est monsieur qui me prend pour femme.

1. La hardiesso dos mœurs et la sincérité du langage ne sauroient être poussées plus loin. Dorimène ne dissimule rien à Lycaste. Si l'on peut critiquer un tel excès do franchise, au moins n'est-ce pas au nom de la morale, comme on Ta fait quelquefois, car ces deux amants ne donnent certes pas un tour gracioux au vire, et no sauroienl inspiror à personne l'envie de leur nbler.

200 LE MARIAG E FORCÉ.

LYCASTE

Agréez, monsieur, que je vous félicite de votre mariage, et vous présente en même temps mes très-humbles services. Je vous assure que vous épousez là une trèshonnête personne : et vous, mademoiselle, je me réjouis avec vous aussi de l'heureux choix que vous avez fait. Vous ne pouviez pas mieux trouver, et monsieur a toute la mine d'être un fort bon mari. Oui, monsieur, je veux faire amitié avec vous, et lier ensemble un petit commerce de visites et de divertissements.

DORIMÈNE

C'est trop d'honneur que vous nous faites à tous deux. Mais allons, le temps me presse, et nous aurons tout le loisir de nous entretenir ensemble.

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