SCÈNE 'XVII
ALCANTOK, DORIMÈNE, ALCIDAS,
SGANARELLE
ALCIDAS.
Mon père, voilà monsieur qui est tout à fait raisonnable. Il a voulu faire les choses de bonne grâce, et vous pouvez lui donner ma sœur.
ALCANTOR.
Monsieur, voilà sa main; vous n'avez qu'à donner la vôtre. Loué soit le ciel ! m'en voilà déchargé, et c'est vous désormais que regarde le soin de sa conduite. Allons nous réjouir, et célébrer cet heureux mariage.2
1. Alcidas, avec sa froideur ironique, Alcantor et Dorimène sont bien de la môme famille, dans laquelle on peut plaindre le pauvre Sganarelle d'entrer.
2. « Je crois, dit Riccoboni , qu'on doit ranger le dénouement du Mariage forcé parmi les beautés de Molière qui sont inconnues à la plupart des spectateurs, ou du moins dont ils ne sentent pas tout le mérite. Lorsque Alcidas, afin d'obliger Sganarelle à tenir la parole qu'il a donnée d'épouser sa sœur, veut lui donner pour la troisième fois des coups de bâton , et que celui-ci a répondu: «J'épouserai, j'épouserai,» le père arrive qui, après avoir fait prendre à Sganarelle la main de sa fille, s'écrie: «Loué soit le ciel! m'en « voilà déchargé! et c'est vous désormais que regarde le soin de sa con- « duite! » Sganarelle ne profère pas un seul mot, et la pièce finit. C'est là parfaitement l'art du théâtre. Le silence de Sganarelle est plus éloquent que tout ce qu'il pourroit dire; et c'est cette espèce de dénouement que j'avois vu vue, lorsque j'ai dit que le froid d'une situation pouvoit quelquefois servir à dénouer une pièce, autant que le feu et la vivacité d'une action. »