‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 132 sur 342 · CARLOS · texte numérisé non relu

CARLOS

Et qui est celui-là?

DIANA

Toi seul.

Ce dénouement ne mérite pas les critiques qu'on en a faites ; il importe peu que ce cri de la passion blesse, comme on disoit,

NOTICE PR É Ll M 1 NAI RE. 219

« le sexe, le rang, la bienséance, « s'il est amené par tout ce qui précède; et cette conclusion hardie termine à merveille, au contraire, cette ardente et puissante comédie.

Molière, pressé par le temps, gêné par les conditions exceptionnelles dans lesquelles son œuvre devoit se produire, ne paroît pas avoir voulu sérieusement lutter avec ce grand modèle. Il lui emprunta ses principales situations; il les simplifia et atténua. II imposa au sentiment une réserve un peu cérémonieuse. Il transporta la scène, pour donner sans doute plus de noblesse encore à son sujet, dans l'ancienne Grèce, dans ccite Élide fameuse par ses jeux olympiques: et au comte d'Urgel, au prince de Béarn , au comte de Foix, il substitua le prince d'Ithaque , le prince de Pyle et le prince de Messène. Lorsqu'on a sous les yeux la belle planche de l'édition in-folio où Israël Silvestre a représenté le théâtre sur lequel furent joués la comédie et le ballet de laPrind Élide; lorsqu'on voit la grandeur de la scène, les acteurs empanachés, les actrices en robes traînantes dont les queues sont portées par des pages, l'auditoire dans la splendeur uniforme de ses costumes : on se rend bien compte de la gravité galante dans laquelle le poëte fut contraint de se maintenir. Le seul rôle auquel il donna du relief est celui du fou Moron dont il remplit lui-même le personnage et qu'il anima d'une certaine verve populaire affranchie de l'étiquette à laquelle tout le reste étoit soumis.

D'autre part, le temps lui manqua. Il ne put versifier que le premier acte et une partie de la première scène du deuxième acte ; et fut obligé d'achever le reste en prose, indiquant et ébauchant les scènes plutôt qu'il ne les exécutoit. Telle qu'elle est cependant, la pièce a ces grandes qualités d'harmonie et d'élégance qui font reconnoître aussitôt la main du maître -ouvrier.

.Molière révéloit encore, dans le choix de ce sujet, le génie dramatique qu'il possédoit à un degré si éminent. Il avoit senti et deviné qu'il y avoit là une idée infiniment féconde. Cette idée a, en effet, enfanté par la suite tout un genre de comédies. Le théâtre de Marivaux en est tout entier descendu; et la grande famille des Proverbes y a pris sa principale source.

La Princesse d'Élide fut représentée de nouveau à Fontainebleau dans le courant du mois de juillet: «La troupe, dit La Grange, est partie le lundi 1\ juillet pour Fontainebleau; on

a joué quatre fois la Princesse d'Élide devant monsieur le légat, et une fois la Thébdide. Reçu par ordre du roi 2,000 livres. La troupe est revenue le mercredi 13 août. »

La Princesse d'Élide parut le 9 novembre 1665- sur le théâtre du Palais-Royal et y fut bien accueillie ; elle eut vingt-cinq représentations consécutives. Elle fut publiée dans la description des fêtes de Versailles imprimée en 1665, et dont voici le titre compliqué : « Les Plaisirs de l'isle enchantée: course de bague; collation ornée de machines ; comédie de Molière de la Princesse d'Élide, meslée de danse et de musique; ballet du Palais d'Alcine ; feu d'artifice, et autres festes galantes et magnifiques, faites parle roi, à Versailles, le 7 mai 1664, et continuées plusieurs autres jours. A Paris, chez Robert Ballard, seul imprimeur du roi pour la musique, rue Saint -Jean- de -Beauvais, au Mont- Parnasse, et, au Palais, chez Thomas Jolly, à la salle des Merciers, à l'enseigne de la Palme; chez G. de Luyne, mesme salle, à l'enseigne de la Justice ; chez Louis Billaine, dans la Grande salle, à l'enseigne de la Palme et du Grand César. 1665. — Avec privilège de Sa Majesté. » Le privilège est du 7 janvier; l'achevé d'imprimer du dernier jour de janvier 1665.

L'auteur de cette description est inconnu; « c'est, comme dit M. Bazin , une espèce de procès-verbal fort exact et fort détaillé, écrit en style de menus plaisirs. » Elle fut réimprimée grand in-folio, à l'Imprimerie Royale, en 1673, avec neuf planches trèscurieuses d'Israël Silvestre.

Elle a pris place enfin dans l'édition de 1682.

Nous la reproduisons fidèlement d'après ces trois textes. Il nous a paru impossible de détacher la Princesse d'Élide du cadre où elle figure dans les éditions originales, et qui l'explique mieux que ne sauroit faire aucun commentaire. Nous suivons le texte de 1665, et nous donnons les variantes de l'édition in-folio de 1673 et de l'édition de 1682.

LES PLAISIRS

OK

LMLE ENCHANTÉE

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