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ACTE I, SCÈNE

Devant mes yeux, seigneur, a passé voire enfance, lu j'ai de vos vertus vu fleurir l'espérance; Mes regards observoienf en vous des qualités Où je reconnoissois le sang donl vous sortez; J'\ découvrais an fonds d'esprit <m de lumière; Je vous trouvois bien fait, l'air grand et l'âme fière. Votre cœur, votre adresse, éclatoient chaque jour; Mais je m'inquiétois de ne voir point d'amour; Et, puisque les langueurs d'une plaie invincible Nous montrent que votre âme à ses traits est sensible, Je triomphe, et mon coeur, d'allégresse rempli, Nous regarde à présent comme un prince accompli.1

EURYALE

Si de T \mour un temps j'ai bravé la puissance, Hélas! mon cher Àrbate, il en prend bien vengeance; Et, sachant dans quels maux mon cœur s'est abîmé, Toi-même tu voudrois qu'il n'eût jamais aimé. Car enfin, vois le sort où mon astre me guide : J'aime, j'aime ardemment la princesse d'Élide; Et tu sais quel orgueil, sous des traits si charmants,*

Vu;. El In sais que, V orgueil, sous des I rails si charmants, (1G82.)

1. Cette tirade fait visiblement allusion à Louis XIV. V en 1638, il alloit avoir vingt-sil ans, et quatre ans de mariage. Ce prince étoit alors dans L'ivresse de sa passion pour M"' de La Yallière. Tous les poètes de cour, pour lui plaire, célébroieW l'amour et la volupté; tous lui prècboient cette même morale d'opéra, qu'on voit étalée ici dans le discours d'Arbatc. Cette première scène de ta Princesse d'Élide a quelque rapport avec la première de Phèdre, où un autre gouverneur de prince s'applique à vaincre, dans l'espril de son élève, les scrupules qu'j l'ait naître une passion condamnée par -'»n père. On a trouvé ce langage déplacé dans la bouche de Théramène*. Molière semble mériter ici le même reproche qu'on a fait à Racine; mais il esl juste d'observer qu'une comédie-ballet est d'un genre moins sévère qu'une tragédie, el que la /'////cesse dÉlide étoil destinée à faire partie d'une fête voluptueuse. \i<,h:.

Arme contre l'amour ses jeunes sentiments,

Et comment elle fuit en cette illustre fête

Cette foule d'amants qui briguent sa conquête.

Ah ! qu'il est bien peu vrai que ce qu'on doit aimer,

Aussitôt qu'on le voit, prend droit de nous charmer,

Et qu'un premier coup d'œil allume en nous les flammes

Où le ciel, en naissant, a destiné nos âmes!

A mon retour d'Argos, je passai dans ces lieux,

Et ce passage offrit la princesse à mes yeux ;

Je vis tous les appas dont elle est revêtue,

Mais de l'œil dont on voit une belle statue.

Leur brillante jeunesse observée à loisir

Ne porta dans mon âme aucun secret désir,

Et d'Ithaque en repos je revis le rivage,

Sans m'en être en deux ans rappelé nulle image.

Un bruit vient cependant à répandre à ma cour

Le célèbre mépris qu'elle fait de l'amour;

On publie en tous lieux que son âme hautaine

Garde pour l'hyménée une invincible haine,

Et qu'un arc à la main, sur l'épaule un carquois,

Gomme une autre Diane elle hante les bois ,

N'aime rien que la chasse, et de toute la Grèce

Fait soupirer en vain l'héroïque jeunesse.

Admire nos esprits, et la fatalité!

Ce que n'avoient point fait sa vue et sa beauté,

Le bruit de ses fiertés en mon âme fit naître

Un transport inconnu dont je ne fus point maître :

Ce dédain si fameux eut des charmes secrets

A me faire avec soin rappeler tous ses traits;

Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle,

M'en refit une image et si noble et si belle,

Me peignit tant de gloire et de telles douceurs

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