‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 152 sur 342 · ACTE I. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE I

\ pouvoir triompher de toutes ses froideurs, Que mon cœur, aux brillants d'une telle victoire, Vit de sa liberté s'évanouir la gloire : Contre mu* telle amorce il eut beau s'indigner,

Sa douceur sur mes sens prit tel droit de régner, Qu'entraîné par l'effort d'une occulte puissance, J'ai d'Ithaque en ces lieux fait voile en diligence; Et je couvre un effet de mes vœux enflammés Du désir de paroître à ces jeux renommés, Où l'illustre I phi tas.1 père de la princesse, Assemble la plupart des princes de la Grèce.

Mais .1 quoi bon, seigneur, les soins que vous prenez?

Et pourquoi ce secret où vous vous obstinez?

Vous aimez, dites -vous, cette illustre princesse,

Et venez à ses yeux signaler votre adresse ;

Et nuls empressements, paroles, ni soupirs,

N<" l'ont instruite encor de vos brûlants désirs?

Pour moi je n'entends rien à cette politique

Qui ne veut point souffrir que votre cœur s'explique ;

Et je ne sais quel fruit peut prétendre un amour

Qui fuit tous les moyens de se produire au jour.

EURYALE

Et que ferai -je, Arbate, en déclarant ma peine Qu'attirer les dédains de cette âme hautaine, Et me jeter au rang de ces princes soumis Que le titre d'amants lui peint en ennemis! Tu vois les souverains de Messène et de Pyle

1. Iphitus, roi d'Klide, dont Molière a changé le nom en celui d'Iphitas qu'apparemment il a trouvé plus sonore, rétablit la solennité des jeux olympiques , que les malheurs de la Grèce avoient interrompue. Pausanias et Valerius Paterculus ont parlé de ce roi.

254 LA PRINCESSE D'ËLl DE.

Lui faire de leurs cœurs un hommage inutile,

Et de l'éclat pompeux des plus grandes vertus*

En appuyer en vain les respects assidus :

Ce rebut de leurs soins, sous un triste silence,

Retient de mon amour toute la violence :

Je me tiens condamné dans ces rivaux fameux,

Et je lis mon arrêt au mépris qu'on fait d'eux.

Et c'est dans ce mépris et clans cette humeur fière

Que votre âme à ses vœux doit voir plus de lumière,

Puisque le sort vous donne à conquérir un cœur

Que défend seulement une jeune froideur,**

Et qui n'impose point à l'ardeur qui vous presse

De quelque attachement l'invincible tendresse.1

Un cœur préoccupé résiste puissamment;

Mais, quand une âme est libre, on la force aisément,

Et toute la fierté de son indifférence

N'a rien dont ne triomphe un peu de patience.

Ne lui cachez donc plus le pouvoir de ses yeux,

Faites de votre flamme un éclat glorieux;

Et, bien loin de trembler de l'exemple des autres,

Du rebut de leurs vœux fortifiez les vôtres.**'

Peut-être, pour toucher ses sévères appas,

Aurez -vous des secrets que ces princes n'ont pas;

Et, si de ces fiertés l'impérieux caprice

Ne vous fait éprouver un destin plus propice,

* Var. Et de l'éclat pompeux des plus hautes vertus { 1682.) ** Var. Que défend seulement une simple froideur, ( 1082.) *** Var. Du rebut de leurs vœux enflez l'espoir des vôtres. ( 1GS2.)

1. Oppose au lieu d'imposé seroit le mot propre. Quelques éditeurs ont cru à une faute d'impression que tous les premiers textes auraient reproduite; cela est possible, probable même, mais non certain.

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