‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 162 sur 342 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

ARGUMENT

Le prince d'Ithaque et la Princesse eurent une conversation fort galante sur la course des chars qui se préparoit. Elle avoit dit auparavant à une des princesses, ses parentes, que l'insensibilité du prince d'Ithaque lui donnoit de la peine et lui étoit honteuse : qu'encore qu'elle ne voulût rien aimer, il étoit bien fâcheux de voir qu'il n'aimoit rien, et que, quoiqu'elle eût résolu de n'aller point voir les courses, elle s'y vouloit rendre dans le dessein de tâcher à triompher de la liberté d'un homme qui la chérissoit si fort. Il étoit facile de juger que le mérite de ce prince produisoit son effet ordinaire, que ses belles qualités avoient touché ce cœur superbe, et commencé à fondre une partie de cette glace qui avoit résisté jusques alors à toutes les ardeurs de l'amour; et plus il affectoit (par le conseil de Moron, qu'il avoit gagné, et qui connoissoit fort le cœur de la Princesse) de paroître insensible , quoiqu'il ne fût que trop amoureux , plus la Princesse se mettoit dans la tête de l'engager, quoiqu'elle n'eût pas fait dessein de s'engager elle-même. Les princes de Messène et de Pyle prirent lors congé d'elle pour s'aller préparer aux courses, et lui parlant de l'espérance qu'ils avoient de vaincre, par le désir qu'ils sentoient de lui plaire. Celui d'Ithaque lui témoigna, au contraire, que, n'ayant jamais rien aimé, il alloit essayer à vaincre pour sa propre satisfaction, ce qui la piqua encore davantage à vouloir soumettre un cœur déjà assez soumis, mais qui savoit déguiser ses sentiments le mieux du monde.

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