PHILIS, MORON
LA PR1 NCESSE, à Iphitas.
Seigneur, je vous demande la licence de prévenir par deux paroles la déclaration des pensées que vous pouvez avoir. Il \ a deux vérités, seigneur, aussi constantes l'une que L'autre, et dont je puis vous assurer également; l'une, que vous avez un absolu pouvoir sur moi, et que vous ne sauriez m' ordonner rien où je ne réponde aussitôt par une obéissance aveugle; l'autre, que je regarde l'hyménée ainsi que le i repas, et qu'il m'est impossible de forcer cette aversion naturelle. Me donner un mari, et me donner la mort, c'est une même chose; mais votre volonté va la première, el mon obéissance m'est bien plus chère que ma vie. Après cela, parlez, seigneur, prononcez librement ce que vous voulez.
i pn i r as.
Ma lille, tu as tort de prendre de telles alarmes; et je me plains de toi, qui peux mettre dans ta pensée que je sois assez mauvais père pour vouloir faire violence à tes sentiments, et me servir tyranniquement de la puissance que le ciel me donne sur toi. Je souhaite, à la vérité, que ton cœur puisse aimer quelqu'un. Tous mes vœux seroient
I . Les éditions originales désignenl Iphitas, père de la princesse, par ce seul mol : le Prince. Comme il n'y a pas moins de quatre princes dans cette pièce, les éditeurs modernes ont, pour éviter toute incertitude au lecteur, pris le parti de mettre partout 1<> nom d'Iphitas ; et nous ne croyons pas devoir déroger à un usage qui ce sauroit donner prétexte à la moindre objection.
satisfaits, si cela pouvoit arriver : et je n'ai proposé les fêtes et les jeux que je fais célébrer ici, qu'afin d'y pouvoir attirer tout ce que la Grèce a d'illustre, et que parmi cette noble jeunesse tu puisses enfin rencontrer où arrêter tes yeux et déterminer tes pensées. Je ne demande, dis-je, au ciel autre bonheur que celui de te voir un époux. J'ai, pour obtenir cette grâce, fait encore ce matin un sacrifice à Vénus; et, si je sais bien expliquer le langage des dieux, elle m'a promis un miracle. Mais, quoi qu'il en soit, je veux en user avec toi en père qui chérit sa fille. Si tu trouves où attacher tes vœux, ton choix sera le mien, et je ne considérerai ni intérêt d'Etat ni avantages d'alliance; si ton cœur demeure insensible, je n'entreprendrai point de le forcer; mais au moins sois complaisante aux civilités qu'on te rend, et ne m'oblige point à faire les excuses de ta froideur. Traite ces princes avec l'estime que tu leur dois, reçois avec reconnoissance les témoignages de leur zèle, et viens voir cette course où leur adresse va paroître.1
1. « Diana. Avant de continuer, seigneur, avant que tu me demandes plus que je ne pourrois t'accorder, donne-moi la permission de t'exprimer mes désirs. Tout d'abord, tu sais que vis-à-vis de toi, je ne puis avoir, je n'ai aucune volonté; ce que tu m'ordonneras sera ma loi. Mais cependant laissemoi te dire encore que me marier seroit même chose que m'étrangler ou m'empoisonner. Me marier et mourir, c'est tout un. Je sacrifierai ma vie pour t'obéir. Cela dit, fais de moi tout ce que tu voudras.
« Le comte de Barcelone. Je ne veux pas te marier, mais donner satisfaction à ces princes qui ont tant fait pour toi. Ils t'ont demandée pour épouse; c'est là un grand honneur pour moi; et s'ils n'ont pu mériter tes faveurs, ils ont au moins mérité ma reconnoissance. Comme je ne puis accorder ta main, tous mes efforts doivent tendre à ce que nul d'entre eui ne sorte d'ici, pensant que c'est par mépris que je refuse, tandis que je n'ai d'autre raison que ton aversion pour le mariage. Je veux aussi que Ton sache que tu ne résistes pas à mes ordres , puisque je ne te commande rien. L'affection que j'ai pour toi m'oblige à obéir à ton caprice, et, en agissant d'après ta propre volonté, tu ne me désobéis pas. » (Dédain pour dédain, acte [, se. mi.
u:ti: i i . SC EN E v. 2:7
TH ÉOCLE, à La princesse.
Tout le monde va faire des efforts pour remporter le prix de cotte course.1 Mais, à VOUS dire vrai, j'ai peu d'ardeur pour la victoire, puisque ce n'est pas votre cœur qu'on \ doit disputer.
A RI STOM i: \ l •
Pour moi. madame, nous <>tes le seul prix que je me propose partout. C'est vous que je crois disputer dans ces combats d'adresse, et je n'aspire maintenant h remporter l'honneur de cette course que pour obtenir un degré de gloire 'pli m'approche de votre cœur.
I l i; V \ LE.
Pour moi, madame, je n'y vais point du tout avec cette pensée.2 Comme j'ai fait toute ma vie profession de ne rien aimer, tous les soins que je prends ne vont point où tendent les autres. Je n'ai aucune prétention sur votre cœur, et le seul honneur de la course est tout l'avantage
OÙ j'aspil'P. 1 lia la quittent. >