SCÈNE HJ
LA PRINCESSE, MORON
Tu as donc familiarité, Moron, avec le prince d'Ithaque?
m: ri mi. ><;(•: ni: mi. 2x7
UORON.
Vil! madame, il y a Longtemps que nous nous conaoissons.
D'où vient qu'il n'esl pas venu jusqu'ici, et qu'il a pris cette autre route quand il m'a vue?
IfORON.
C'est un homme bizarre, qui ne se plaît qu'à entretenir
ses pensées.
Ktois-tu tantôt au compliment qu'il m'a fait?
MORON
Oui, madame, j'\ ctois; et je l'ai trouvé un peu impertinent, n'en déplaise à sa principauté.
Pour moi, je le confesse, Moron, cette fuite m'a choquée; et j'ai toutes les envies du monde de l'engager, pour rabattre un peu son orgueil.
MORON
Ma foi, madame, vous ne feriez pas mal; il le mériterait bien : mais, à vous dire vrai, je doute fort que vous y puissiez réussir.
Comment ?
Comment? C'est le plus orgueilleux petit vilain que vous ayez jamais vu. Il lui semble qu'il n'y a personne au monde qui le mérite, et que la terre n'est pas digne de le porter.
Mais encore, ne t'a-t-il point parlé de moi?
288 LA PRINCESSE D'ÉLl DE.
AJORo \.
Lui? Non.
Il ne t'a rien dit de ma voix et de ma danse?1
M or ON.
Pas le moindre mot.
Certes, ce mépris est choquant, et je ne puis souffrir cette hauteur étrange de ne rien estimer.
MORON
Il n'estime et n'aime que lui.
Il n'y a rien que je ne fasse pour le soumettre comme il faut.2
MORON
Nous n'avons point de marbre dans nos montagnes qui soit plus dur et plus insensible que lui. 3
Le voilà.
MORON
Voyez -vous comme il passe, sans prendre garde à vous ?
De grâce, Moron, va le faire aviser que je suis ici, et
l'oblige à me venir aborder.
1. On se rappelle la scène de la comédie de Moreto que nous avons décrite dans la notice préliminaire, le jardin où les princesses « en jupon et en camisole » font de la musique sous les lauriers-roses. Molière a pris L'idée, mais non la situation.
2. « Diana. Cela m'oblige à l'humilier, quand bien môme je devrois mourir pour arriver à mon but. » (Dédain pour dédain, acte II, scène vu.)