SCÈNE VII
LA PRINCESSE, seule.
De quelle émotion inconnue sens-je mon cœur atteint? et quelle inquiétude secrète est venue troubler tout d'un coup la tranquillité de mon âme ? Ne seroit-ce point aussi ce qu'on vient de me dire ? et, sans en rien savoir, n'aimerois-je point ce jeune prince? Ah! si cela étoit, je serois personne à me désespérer! mais il est impossible que cela soit, et je vois bien que je ne puis pas l'aimer. Quoi! je serois capable de cette lâcheté! J'ai vu toute la terre à mes pieds avec la plus grande insensibilité du monde ; les respects, les hommages et les soumissions n'ont jamais pu toucher mon âme, et la fierté et le dédain en auroient triomphé! J'ai méprisé tous ceux qui m'ont aimée, et j'aimerois le seul qui me méprise! Non, non, je sais bien que je ne l'aime pas. Il n'y a pas de raison à cela. Mais, si ce n'est pas de l'amour que ce que je sens maintenant, qu'est-ce donc que ce peut être? Et d'où vient ce poison qui me court par toutes les veines , et ne me laisse point
1. Diana, dans la comédie espagnole, s'exprime plus franchement: « Vat'en, insensé, dit-elle à Polilla, ou je te fais jeter par la fenêtre. »
2. Dubois, des Fausses confidences , a une sortie tout à fait semblable à celle de Moron. Araminte le chasse avec dureté; il sort en riant et en disant : « Allons , voilà qui est parfait. »
A.CTE IV, SCÈN E VII. M)l
en repos avec moi-même? Sois de mon cœur, qui que tu sois, ennemi qui te caches. Vttaque-moi visiblement, et deviens à mes yeux la plus affreuse bote de tous nos bois, afin que mon dard el mes (lèches me puissent défaire de toi.