III
Quand le songe cruel dont je me sens troubler,
Avec tant de fureur les vint renouveler.
Chaque instant je crois voir mes forces terrassées,
Mes gardes égorgés et mes prisons forcées ;
Je crois voir mille amants, par mon art transformés,
D'une égale fureur à ma perte animés ,
Quitter en même temps leurs troncs et leurs feuillages,
Dans le juste dessein de venger leurs outrages;
Et je crois voir enfin mon aimable Roger
De mes fers méprisés prêt à se dégager.
CÉLIE
La crainte en votre esprit s'est acquis trop d'empire. Vous régnez seule ici, pour vous seule on soupire; Rien n'interrompt le cours de vos contentements, Que les accents plaintifs de vos tristes amants; Logistille et ses gens , chassés de nos campagnes , Tremblent encor de peur, cachés dans leurs montagnes; Et le nom de Mélisse, en ces lieux inconnu, Par vos augures seuls jusqu'à nous est venu.
DIUCÉ.
Ah ! ne nous flattons point. Ce fantôme, effroyable M'a tenu cette nuit un discours tout semblable.