‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 215 sur 342 · SIXIÈME ET DERNIÈRE ENTRÉE · texte numérisé non relu

SIXIÈME ET DERNIÈRE ENTRÉE

Mais à peine commence-t-elle à se rassurer, qu'elle voit paroître auprès de Roger et de quelques chevaliers de sa suite, la sage Mélisse, sous la forme d'Atlas.1 Elle court aussitôt pour empêcher l'effet de son intention ; mais elle arrive trop tard. Mélisse a déjà mis au doigt de ce brave chevalier la fameuse bague qui détruit les enchantements. Lors un coup de tonnerre, suivi

1. C'est Allant qu'il faut lire. Dans le chant VII du poëme de l'Arioste, Mélisse,

sous la forme d'Atlant, passe de même l'anneau enchanté au doigt de Roger, t Sur-le-

<hamp le paladin se reconnoit : quel coup de foudre pour lui! Consterné par la honte

qui de toutes parts l'environne, n'osant soutenir des regards qui lui paroissent autant de

il désireroil que la terre l'enseveltl ot le dérobai à tous les yeux. »

de plusieurs éclairs, marque la destruction du palais, qui est aussitôt réduit en cendres par un feu d'artifice qui met fin à cette aventure et aux divertissements de l'Ile enchantée.

Alcine, mademoiselle Duparc.

Mélisse , le sieur de Lorge.

Roger, le sieur Beauchamp.

Chevaliers, les sieurs d'Heureux, Raynal, du Pron et Desbrosses.

Écuyers, les sieurs La Marre, Le Chantre, de Gan et Mercier.

Il sembloit que le ciel, la terre et l'eau fussent tout en feu, et que la destruction du superbe palais d'Alcine, comme la liberté des chevaliers qu'elle y retenoit en prison , ne se pût accomplir que par des prodiges et des miracles. La hauteur et le nombre des fusées volantes, celles qui rouloient sur le rivage, et celles qui ressortoient de l'eau après s'y être enfoncées, faisoient un spectacle si grand et si magnifique, que rien ne pouvoit mieux terminer les enchantements qu'un si beau feu d'artifice, lequel ayant enfin cessé après un bruit et une longueur extraordinaires, les coups de boîtes qui l'avoient commencé redoublèrent encore.1

Alors toute la cour, se retirant, confessa qu'il ne se pouvoit rien voir de plus achevé que ces trois fêtes; et c'est assez avouer qu'il ne s'y pouvoit rien ajouter, que de dire que, les trois journées ayant eu chacune ses partisans, comme chacune ses beautés particulières, on ne convint pas du prix qu'elles dévoient emporter entre elles, bien qu'on demeurât d'accord qu'elles pouvoient justement le disputer à toutes celles qu'on avoit vues jusques alors et les surpasser peut-être.

1. Planche d'Israël Silvestre : «Rupture du palais et des enchantements de l'île d'Alcine représentée par un feu d'artifice. »

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