DES FETES DE VERS M EEES
liais, quoique les fêtes comprises dans le sujet des Plaisirs de l'Ile enchantée fussent terminées, tous les divertissements de Versailles oe Pétoienl pas; et la magnificence et la galanterie du Roi en avoienl encore réservé pour les autres jours, qui n'étoient pas moins agréables.
Le samedi, dixième, Sa Majesté voulut courre les têtes. C'est un exercice que peu de gens ignorent, et dont l'usage est venu d'Allemagne, fort bien inventé pour faire voir l'adresse d'un chevalier, tant à bien mener son cheval dans les passades de guerre, qu'à bien se servir d'une lance, d'un dard et d'une épéc. Si quelqu'un ne les a point vu courre, il en trouvera ici la description, étanl moins communes que la bague, et seulement ici depuis peu d'années : et ceux qui en ont eu le plaisir ne s'ennuieront pas pourtant d'une narration si peu étendue.
Les chevaliers entrent l'un après l'autre dans la lice, la lance à la main, et un dard sous la cuisse droite; et, après que l'un d'eux a couru et emporté une, tête de gros carton peinte, et de la forme de celle d'un Turc, il donne sa lance à un page; et, faisanl la demi-volte, il revient à toute bride à la seconde tête, qui a la couleur et la forme d'un Maure, l'emporte avec le dard qu'il lui jette en passant; puis reprenant une javeline, peu différente de la forme du dard, dans une troisième passade, il la darde dans un bouclier où est peinte une tête de Méduse; et, achevant sa demi-volte, il tire l'épée dont il emporte, en passant toujours ù toute bride, une tête élevée à un demi-pied de terre;
puis, faisant place à un autre, celui qui, en ses courses, en a emporté le plus, gagne le prix.
Toute la cour s'étant placée sur une balustrade de fer doré , qui régnoit autour de l'agréable maison de Versailles, et qui regarde sur le fossé dans lequel on avoit dressé la lice avec des barrières, le Roi s'y rendit suivi des mêmes chevaliers qui avoient couru la bague ; les ducs de Saint-Aignan et de Noailles y continuoient leurs premières fonctions, l'un de maréchal du camp et l'autre de juge des courses. Il s'en fit plusieurs, fort belles et heureuses; mais l'adresse du Roi lui fit emporter hautement, en suite du prix de la course des dames, encore celui que donnoit la Reine : c'étoit une rose de diamants de grand prix , que le Roi , après l'avoir gagnée, redonna libéralement à courre aux autres chevaliers, et que le marquis de Coaslin disputa contre le marquis de Soyecourt, et la gagna.
CINQUIÈME JOURNÉE. ÎÎ9
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Le dimanche, an lever du Roi, quasi toute la conversation tourna sur les belles courses du jour précédent, et donna lieu à un grand défi entre le duc de Saint-Aignan, qui n'avoit point encore couru . et le marquis de Soyecourt, qui fut remis au lendemain, pour ce que le maréchal duc de Grammont, qui parioit pour ce marquis, étoit obligé de partir pour Paris, d'où il ne devoit revenir que le jour d'après.
Le Roi mena toute la cour, cette après-dînée, à sa ménagerie, • Imit on admira les beautés particulières, et le nombre presque incroyable d'oiseaux de toutes sortes parmi lesquels il y en a beaucoup de fort rares. H seroit inutile de parler de la collation qui suivit ce divertissement, puisque, huit jours durant, chaque repas pou voit passer pour un festin des plus grands qu'on puisse t'a ii-»'.
El I»' soir Sa Majesté fit représenter sur l'un de ces théâtres doubles de son salon, que son esprit universel a lui-même inventés, la comédie des Fâcheux, faite par le sieur de Molière, mêlée d'entrées de ballet et fort ingénieuse.