AUX DAMES
Belles, vous direz en ce jour, Si vos sentiments sont les nôtres, Qu'être vainqueur du grand Soyecourt, C'est être vainqueur de dix autres. '
faisant toujours allusion à son nom de Guidon le Sauvage, que l'aventure de l'Ile périlleuse rendit victorieux de dix chevaliers. Aussitôt que le Roi eut dîné, il conduisit les reines, Monsieur, Madame, et toutes les dames, dans un lieu où on devoit tirer une loterie, afin que rien ne manquât à la galanterie de ces fêtes. C'étoient des pierreries, des ameublements, de l'argenterie et autres choses semblables; et, quoique le sort ait accoutumé de
1. Les dames et les filles d'honneur, applaudissant par un modeste sourire, se plaisoient à faire connoître qu'elles avoient saisi l'affabulation. (Castil-Blaze.)
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décider de ces présents, il s'accorda sans doute avec I»1 désir de Sa Majesté quand il lit tomber le gros lot entre les mains de la Reine; chacun sortanl do ce Lieu-là fort contenl , pour aller voir les courses qui s'alloienl commencer.
Enfin Guidon e1 Olivier parurent sur les rangs, à cinq heures du soir, fort proprement vêtus et bien montés.
Le Roi, avec toute1 la cour, les honora de sa présence; et Sa Majesté lut même les articles des courses afin qu'il n'y eût aucune contestation entre eux. Le succès en fut heureux au duc de Saint- Ugnan, qui gagna le défi.
Le soir, Sa Majesté fit jouer les trois premiers actes d'une comédie nommée Tartuffe, que le sieur de Molière avoit faite contre les hypocrites; mais, quoiqu'elle eût été trouvée fort divertissante, le Roi connut tant de conformité entre ceux qu'une véritable dévotion met dans le chemin du ciel, et ceux qu'une vaine ostentation de bonnes œuvres n'empêche pas d'en commettre de mauvaises , que son extrême délicatesse pour les choses de la religion ne put souffrir** cette ressemblance du vice avec la vertu, qui pouvoient être pris l'un pour l'autre.'** Et, quoiqu'on ne doutât point des bonnes intentions de l'auteur, il**** la défendit pourtant en public et se priva soi-même de ce plaisir,"* pour n'en pas laisser abuser à d'autres moins capables d'en faire un juste discernement.1
• Var. Des bonnes œuvres (1673, 1G82.) " Var. Eut de la peine à souffrir (1682.)
Yak. Qui pouvoient être prts l'un pour l'autre. (Manque dans l'édition de 1682.) Vab. Sa Majesté ( 1673.)
Yak. // défendit cette comédie pour le public, jusques à ce qu'elle fût entièrement achetée et examinée pur des gens capables d'en juger, pour n'en pus laisser, etc. (1082.)
1. On saisit parfaitement l'intention des variantes de l'édition de 10X2 . Réimprimant à la fois les Plaisirs de l'Ile enchantée el le Tartuffe, La Orange et Yinot n'ont pas voulu laisser supposer qur> l'interdiction qui avoit frappé cette dernière pièce eût jamais été absolue, et que le roi, en accordant l'autorisation de jouer le Tartuffe, fût revenu sur une décision prise d'abord en des termes définitifs.
Le mardi, treizième, le Roi voulut encore courre les têtes, comme à un jeu ordinaire que devoit gagner celui qui en feroit le plus. Sa Majesté eut encore le prix de la course des dames, le duc de Saint -Aignan celui du jeu; et ayant eu l'honneur d'entrer pour le second à la dispute avec Sa Majesté, l'adresse incomparable du Roi lui fit encore avoir ce prix ; et ce ne fut pas sans un étonnement, duquel on ne pouvoit se défendre, qu'on en vit gagner quatre à Sa Majesté en deux fois qu'elle avoit couru les têtes.
On joua le même soir la comédie du Mariage forcé , encore de la façon du même sieur de Molière, mêlée d'entrées de ballet et de récits ; puis le Roi prit le chemin de Fontainebleau le mercredi , quatorzième. Toute la cour se trouva si satisfaite de ce qu'elle avoit vu que chacun crut qu'on ne pouvoit se passer de le mettre par écrit pour en donner la connoissance à ceux qui n'avoient pu voir des fêtes si diversifiées et si agréables, où l'on a pu admirer tout à la fois le projet avec le succès, la libéralité avec la politesse, le grand nombre avec l'ordre, et la satisfaction de tous; où les soins infatigables de M. de Colbert s'employèrent en tous ces divertissements, malgré ses importantes affaires: où le duc de Saint- Aignan joignit l'action à l'invention du dessein; où les beaux vers du président de Périgny à la louange des reines furent si justement pensés, si agréablement tournés, m récités
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avec tant d'art; ' où ceux que M. de Benserade tii pour les chevaliers eurent une approbation générale; où la vigilance exacte de M. Bontemps,1 et Inapplication de M. do Launay3ne laissèrenl manquer d'aucune dos choses nécessaires; enfin, où chacun a marqué si avantageusement son dessein do plaire an Moi, dans le temps où Sa Majesté no pensoil elle-même qu'à plaire; et où ce qu'on a vu no sauroit jamais se perdre dans la mémoire dos spectateurs, quand on n'auroit pas pris le soin de conserver par cet écrit lo convenir do toutes ces merveilles.4
1. Le présidenl de Périgny et Benserade étoienl en rivalité pour les vers de cette nt avoit composé » -eux d'un ballot intitulé les Amours déguisés. Ben- :it sur-le-champ cette épigramme :
Ami lecteur, ou président, n'importe, La mascarade esl belle, et vous l'entendez bien: \ os Amours déguisés le sont de telle sorte , Que le diable n'y commit rien.
Le président riposta par ce quatrain sur les mêmes rimes :
Méchant plaisant, ou poète , n'importe , La mascarade est belle, et la cour l'entend bien ; Mais pour les gens de votre sorte , Un est ravi qu'ils n'y connoissent rien.
M. de Périgny étoil président aux enquêtes, précepteur du dauphin et loi tour du roi. Suivant une lettre de Gui Patin, il mourut en septembre 17~0, a .Samt-Germain , d'une apoplexie. I A
•2. Premier valet de chambre de Louis XIV.
:i. Intendant des menus plaisirs et affaires de la chambre.
1. Il existe une autre relation de ces fêtes, en prose et en vers, dont l'auteur est liarigny, celui qui, pendant la Fronde, lit tant de pièces satiriques contre Ma/.arm. le lui qu'est la phrase spirituelle que nous avons citée ailleurs. Après avoir dit que Molière fut tellement pressé par les ordres du roi, qu'il ne put mettre en vers qu'un acte de sa pièce, Marigny ajoutoit : « il sembloit que la Comédie n'avoit eu le temps que de prendre un de ses brodequins, et qu'elle étoit venue donner des marques de son obéissance un pied chaussé et l'autre nu. »
mn 3vm
DON JUAN
ou