COMEDIE EN CINQ ACTES
15 février 1 (36.%
/.' Mariage forer et la Princesse d'Élide sont, dans l'œuvre de Molière, la transition de PPcole des Femmes au Tartuffe et au Festin de Pierre Pendant qu'il prodiguoit ainsi les rapides esquisses el qu'il sembloit se dévouer entièrement aux amusements du roi . Molière coraposort et achevoit les plus surprenantes de ses comédies. Nous avons vu, dans la Relation des Plaisirs de 1*11'' enchantée, que, le 12 niai, les trois premiers actes d'une comédie nommée Tartuffe furent représentés à Versailles. Molière avoif voulu -ans dont*1 profiter dos dispositions heureuses où ces féeries galantes inclinoienl ions les esprits, pour introduire à la cour son terrible personnage et lui faire obtenir un accueil qui équivaudroit à une autorisation de passer librement, de circuler el de \ ivre.
Molière, âgé alors de quarante-deux ans, étoit dans toute l'ardeur el toute la fierté de son génie. Il songeoit à étendre le domaine de Pari comique, à appliquer aux pins hautes questions \r libre enseignement du théâtre, et à entrer, avec le masque de Plaute el d'Aristophane, dans la peinture des grands faits de l'ordre social. C'esl à cette époque de conviction et d'énergique espoir que prirent naissance ces conceptions profondes : le Tarluffe . Don .Puni el le Misanthrope, qui sont comme les cimes les plus élevées de la comédie moderne.
La première de ces œuvres capitales: le Tartuffe, apparue un m ■>■>
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instant, étoit arrêtée par une formidable opposition. En vain Molière l'avoit, en tout ou en partie, produite trois fois devant la cour, la première fois, comme on vient de le dire, le 12 mai , au milieu des Plaisirs de l'Ile enchantée, une seconde fois, chez Monsieur, à Villers-Cotterets, au mois de septembre; une troisième fois, en cinq actes, auRairicy, chez la princesse Palatine, le 29 novembre, sur l'invitation du grand Condé; en vain Molière en avoit fait des lectures partout, au légat, aux prélats qui avoient bien voulu l'entendre, aux grands personnages, et jusque (huiles salons jansénistes; en vain avoit-il répliqué à un factum du curé de Saint-Barthélémy, lequel demandoit simplement qu'on infligeât au comédien impie le supplice du feu, par le spirituel et habile placet qui réclamoit la faveur de représenter sa pièce comme une réparation qui lui étoit due pour ces injures. L'interdiction dont le Tartuffe avoit été frappé tout d'abord étoit maintenue, et l'on ne pouvoit attendre que de circonstances plus favorables un changement qui permît de revenir sur cette décision. Molière, quelque activité qu'il déployât dans la lutte, n'étoit pas homme à suspendre son travail ni à interrompre ses production^ : et il créa, pendant les derniers mois de l'année 1664, une nouvelle œuvre, continuation de sa pensée, et véritable contre-partie du Tartuffe, qu'elle égaloit en audace.
Molière n'avoit pas été chercher bien loin le type chargé de personnifier la négation radicale et le mépris de ce que Tartuffe exploite, et de représenter un autre genre d'imposture et un autre ordre de périls. Depuis plusieurs années, on voyoit sur les théâtres de Paris une pièce intitulée le Festin de Pierre, jouée dans toutes les langues qu'on y parloit alors, c'est-à-dire en françois, en italien et en espagnol.
L'origine première de ce drame venoit d'Espagne. Il existoil dans les chroniques de l'Andalousie une légende de date incertaine, ressemblant beaucoup pour le caractère et pour la forme à quelques-unes de nos' légendes du moyen âge. On y racontoit comment un gentilhomme débauché, nommé Don Juan Tenorio , rejeton d'un des Vingt-Quatre de Séville, tua d'un coup d'épée le vénérable commandeur d'Ulloa dont il avoit enlevé la fille. Gel illustre seigneur fut enseveli dans l'église des Franciscains où sa famille avoit une chapelle, el où on lui éleva un tombeau et une
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statue. Le meurtrier bravo il cependant, grâce aux privilèges de sa naissance el au crédil de sa famille, le pouvoir des lois el échappoit aux sévérités de la justice, lorsque le bruit serépandil que Don Juan, ayanl osé braver le père desa victime jusque dans la tombe, ayanl osé railler el insulter la statue du commandeur, celle-ci s'étoit animée, et, se faisant le ministre de la vengeance divin*', avoit précipité l'impie, à travers les dalles entrouvertes, dans les flammes de l'enfer* Ceux qui prétendirent que. Don Juan, attiré dans l'église par l'appât d'un rendez-vous d'amour, avoit été misa mort, ne furent pas écoutés, tant le merveilleux s'empare aisémenl de L'esprit des hommes.
Ce personnage, mystérieusement disparu après des méfaits et des impiétés qui grandirent dans L'imagination populaire, devint un héros des légendes . nu monstre, un athée, « le pire homme du monde. ■ Tout porte à croire que les romanciers de la vieille Espagne rimèrent ses prouesses fabuleuses et son châtiment. Il est même probable qu'il avoit fourni le sujet de plusieurs de ces drames comparables en bien des points à nos mystères et à nos miracles, qui étoient représentés dans les couvents, pour l'édification autant que pour l'amusement du peuple. A l'époque la plus brillante de la littérature espagnole, au commencement du wir siècle, un d is poètes qui florissoient alors à côté de Cervantès, de Lope de Vega et de (laideron, le frère Gabriel Tellez (de l'ordre de la Merci), connu au théâtre sous le nom de ïirso de Ublina, s'empara de cette tradition et en composa une comédie en trois journées qu'il intitula : El burlador de Sevilla y convidado de pied ni [le Séducteur de Séville et le convive de pierre).*
L'action commence à Naples, par une scène de nuit dans le palais du roi; certaine duchesse Isabelle, abusée par Don Juan, qui s'est tait passer pour le duc Ottavio, remplit le palais de ses cris. Le roi Uphonse, accouru aux clameurs d'Isabelle, donne l'ordre de se saisir du coupable; mais celui qui reçoit cet ordre «■-t l'oncle de Don Juan, et il fait évader son neveu après lui avoir lait une sévère réprimande <'t lui avoir recommandé une meilleur.' conduite. Don Juan part pour l'Kspagne et vient naufrager