‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 220 sur 342 · TIS15EA · texte numérisé non relu

TIS15EA

Je te cède, sous promesse que tu seras mon mari.

DON JUAN

Je jure, beaux yeux qui me tuez en me regardant, que je serai votre époux.

TISBEA.

Souviens-toi , mon bien , qu'il y a un Dieu et qu*il y a une mort.

don Juan, à part.

J'ai du temps devant moi. (Haut.) Tant que Dieu me laissera la vie, je serai ton esclave. Voici ma main et ma foi.

Tisbea, trompée par Don Juan, devient folle de désespoir et se jette à la mer, d'où elle est heureusement tirée. On retrouve ensuite Don Juan à Séville. Mis par le marquis de La Mota dans la confidence de son amour pour sa cousine Dona Anna, la fille du commandeur d'Ulloa, il pénètre de nuit, et sous le nom de cet ami, chez le commandeur, et il traite Dona Anna à peu près comme il a traité à Naples la duchesse Isabelle. Il tue le vieux commandeur accouru aux cris de sa fille : « Il n'y a pas de but qu'on n'atteigne, dit celui-ci en expirant; ma vengeance te suivra! » Don Juan, obligé de s'enfuir de nouveau, rencontre dans la campagne une jeune fille du nom d'Aminta. Le jour même des noces d'Aminta, il se substitue au mari. Comme l'on voit, le Don Juan de Tirso de Molina ne varie guère ses ruses. Entré dans la chambre nuptiale de la crédule paysanne, il lui promet, toujours suivant sa coutume, de l'épouser le lendemain et de la conduire à la cour, « Si je manquois à la foi que je t'ai donnée, je prie Dieu, pour punir ma trahison , de me faire donner la mort par la main d'un mort ! »

Cette imprécation étrange fait pressentir les prodiges qui vont éclater. Revenu secrètement à Séville , Don Juan pénètre dans le cloître d'une église où l'on voit le tombeau du commandeur surmonté de sa statue; il lit sur le monument cette inscription : « Ici le plus loyal des gentilshommes attend que Dieu le venge d'un traître. » — « Vous voulez vous venger de moi, bon vieux à la barbe de pierre?» dit Don Juan qui, railleur, lui saisit la barbe. « Si vous pouviez la lui couper, elle repousseroit plus grande, » ajoute le valet Catalinon en imitant la moquerie de son maître. « Cette

nuit, reprend Don Juan en saluant dérisoiremenl la statue, je vous attends à souper dans mou hôtellerie : là. nous nous provoquerons, si la vengeance vous plaîl . quoique Ton combatte mal a\ ec une épée de pierre. »

\)ow Juan, au moment de se mettre à table, voit arriver la statue qui s'esl rendue à son invitation. Après le repas, celle-ci invite à von leur Don Juan à venir SOUper le lendemain, à dix heures du soir, dans la chapelle. Don Juan donne sa parole qu'il ira. En effet, il tient sa promesse, el la scène wn de la troisième journée nous l'ait assister à ce festin funèbre :

CATALIN o\.

(A part.' Que Dieu me tire d'ici vans dommage! (Haut.) Quoi est ce plat, seigneur?

LA ST \ ri i

ii des scorpions et des \ ipères.

C tTALINON.

Joli plat !

F, A SI' \ i i i .

Ce sont nos aliments. Ne manges-tu pas?

DON .n \ \ .

Je mangerois, quand tu me servirais tous les serpents de l'enfer!

LA statu:.

Je von\ aussi qu'on te chante quelque chose.

CATALl NON.

Quel vin hoit-on ici?

LA STATUE

Goûte-le.

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