LA STATUE DU COMMANDEUR, DON JUAN, SGANARELLE
LA STATUE
Arrêtez, Don Juan. Vous m'avez hier donné parole de venir manger avec moi.
DON JUAN
Oui. Où faut-il aller?
LA STATUE
Donnez-moi la main.
DON JUAN
La voilà.
LA STATUE
Don Juan, l'endurcissement au péché traîne une mort
1. On s'est demandé pourquoi Molière, au lieu de se contenter du merveilleux donné par le sujet, y a ajouté une scène de son invention. C'est que Molière, déterminé à exécuter la scène du dénouement avec la rapidité que l'on va voir, devoit préparer par un peu de surnaturel le prodige qui est sur le point d'éclater. La loi de la gradation des idées l'obligeoit de ménager quelques prestiges, avant-coureurs de la catastrophe finale.
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funeste; «m les grâces du ciel que l'on renvoie ouvrent un chemin a sa foudre.
() ciel! que sens-je? un feu invisible me brûle, je n'eu puis plus, et tout mon corps devient un brasier
ardent. Ah ! '
(Le tonnerre tombe arec un grand bruit et de grands éclairs sur Don Juan. La terre s'ouvre et l'abîme; et il sort de grands feux de l'endroit où il est tombé.)
I. Cette scène a un tout autre, développement dans la comédie espagnole. \ - on avons cité un court extrait dans la Notice préliminaire, page .'541 du présenl volume. A une époque <»ù le merveilleux de la légende n'avoit rien qui pût choquer les esprits, où il produisoit sur eux au contraire une grande impression , cette scène étoit ce qu'il y avoit de plus important dans la pièce, et Tirso de Molina ne pouvoit trop y insister. Pour Molière, il n'y avoit plus là qu'une allégorie, et sans renoncer à faire usage d'un de ces moyens de dénouement que l'art antique admettoit sans difficulté, il devoit abréger une fantasmagorie à laquelle il sentoit bien que les spectateurs de son temps étoient peu crédules.
La pièce de Molière étoit toutefois tellement prise dans la réalité des choses qu'il a paru à beaucoup de critiques qu'on n'auroit pas dû en sortir même au dénouement et qu'il n'auroit pas fallu recourir à une péripétie surhumaine pour la punition de Don Juan. On a rappelé à ce sujet le dénouement du roman de Clarisse Harlowe de Richardson. « Lovelace , dit Geoffroy, est puni dans ce roman par ses propres crimes ; il est en quelque sorte battu de ses propres armes. Cet homme, si fier de son adresse, si rein de ses exploits, rencontre enfin un adversaire qui, sans être aussi conquérant que lui en amour, est encore plus adroit au combat, plus intrépide et plus ferme. Lovelace périt victime de ses intrigues et dévoré de remords. Je ne sais quelle terreur s'empare de l'esprit du lecteur au récit duel vraiment tragique, où l'infortunée Clarisse trouve un vengeur et le scélérat Lovelace le juste châtiment de ses forfaits. Les ombres et les revenants ne seroient pas aussi terribles. » On pourra juger de cette opinion littéraire. Il nous semble toutefois que la critique moderne, plus compréhensive, pourroit bien trouver quelques arguments à opposera Geoffroy, se montrer moins blessée du dénouement de Molière, et môme regretter que le n'y ait pas eu un peu plus de confiance, ou peut-être qu'il ait cru à la satiété du publie. Il y a là matière à discussion. Ce qui est incontestable , c'est que l'œuvre esl très-grande et très-haute, qu'on l'apprécie aujourd'hui mieux qu'on n'a jamais fait , et qu'elle produit à la représentation un effet considérable.