‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 295 sur 342 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

SGANARELLE, seul.

[Ah! mes gages! mes gages!] Voilà, par sa mort, un chacun satisfait. Ciel offensé, lois violées, filles séduites , familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content; il n'y a que moi seul de malheureux.*1 [Mes gages, mes gages, mes gages!]

* L'exclamation de Sganarelle : « Mes gages! mes gages! » ne se trouve que dans les éditions hollandaises. L'édition de 1682, après le mot malheureux, ajoute cette fin de phrase : qui, après tant d'années de service, n'ai point d'autre récompense que de voir à mes yeux l'impiété de mon maître punie par le plus épouvantable châtiment du monde.

1. L'exclamation de Sganarelle fut une des choses qui causèrent le plus de scandale; on y vit le mot d'un impie qui, loin d'être frappé d'une religieuse terreur à l'aspect d'un prodige si terrible, le contemple de sang-froid, et en fait presque un objet de dérision. Molière fut, dès la seconde représentation, obligé de changer le passage. Pourtant, si l'on s'en rapporte au canevas de la farce italienne, Arlequin jouissoit de la liberté de faire entendre le môme cri , dans la môme situation , sans que personne songeât à s'en indigner. Quatre ans après Molière, le comédien auteur Rosimond prouva qu'il est permis à la médiocrité de tout dire en faisant répéter au valet Carille ce mot qui, dans la bouche de Sganarelle, sonnoit si mal aux oreilles de la censure :

CARILLE, à genoux.

Madame l'Ombre, hélas! faites payer mes gages. Voilà quelle est la fin de ces grands personnages ! Libertins comme lui qui n'appréhendez rien, Après un tel exemple, hélas! pensez-y bien.

En lisant cette parodie édifiante d'un mot célèbre, on se souvient que le comédien Rosimond composa, sous le nom de J.-B. du Mesnil, un livre de dévotion intitulé: Vies des Saints pour tous les jours de l'année, et imprimé en 1G80.

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