La Guerre comique, par le sieur Delacroix •2. Ibid
(mi les peignant au naturel : ce n'est pas la vengeance d'un auteur entêté de son mérite et qui veut en convaincre les autres, c'est celle d'un artiste, d'un homme de génie qui peint gaiement ses
ennemis ou plutôt ceui de son art. et qui pense que le meilleur argument en faveur de son talent méconnu est d'en donner une nouvelle preuve. Aussi n'a-t-ou pas oublié lu Critique de l'École des Femmes comme les pièces qui ont été faites par la suite à -eu imitation: la Critique <ln Légataire, par Regnard; la Critique <lu Philosophe marié, par Destouches; le Procès de ht Femme juge et partir . pat- Wontlloury ; et Ton verra toujours avec plaisir ce tableau ingénieux, cette image piquante et vraie d'une causerîe où le bon -eus et la folie, l'esprit et la sottise, l'instruction polie et I'1 savoir pédantesque semblent étaler à l'envi leurs grâces et leurs ridicules, et se faire mutuellement valoir par le contraste. »
1 n eût»'' (pli, dans /(/ Critique de l'École des Femmes, est particulièrement intéressant pour nous, ce sont les théories littéraires que Molière y développe par la bouche de Dorante et de Lysidas. Molière est avec Dorante l'homme du monde, contre Lysidas enfermé dans les règles et invoquant sans cesse Horace et \ristote : '(Je voudrois bien savoir, dit Dorante, si la grande
règle de toutes les règles n'est pas de plaire Moquons -nous
donc de cette chicane où ils veulent assujettir le goût public, et ne consultons dans une comédie que l'effet qu'elle fait sur nous. Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir «lu plaisir. »
Les grands écrivains ont presque tous été obligés d'en appeler au succès, au sentiment et au jugement public. Cet argument a l'avantage de clore la bouche aux pédants. Il est possible sans doute d'en abuser. On peut plaire, en flattant des préférences injustes, en caressant de mauvais penchants, en se conformant à des goûts équivoques; cela s'est vu toujours. Il faut sous-entendre, par conséquent, qu'il s'agit d'un succès de bon aloi et qui intéresse des sentiments assez nobles, assez généraux pour n'être point "passagers. \u fond. Molière ne fait que proclamer le droit du génie à créer U>< règles au lieu de les subir. Les règles sont. en effet, l'enseignement, ta tradition de l'école; elles forment
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réducation élémentaire; elles présentent un fonds d'expérience acquise qu'on ne sauroit imposer objectivement, pour ainsi dire, aux artistes , aux esprits créateurs , car ils doivent les avoir en eux-mêmes, les suivre d'instinct, comme l'habile nageur pratique sans y songer les leçons des maîtres. Opposer les règles à un poëte, ce n'est guère autre chose que contester son génie. Molière ne laissa jamais troubler son jugement par ces tracasseries dont le grand Corneille fut toute sa vie tourmenté ; il se déclara hautement au-dessus des formules de la rhétorique, tout en restant pour celle-ci un incomparable modèle.
La petite pièce eut un succès qui ranima celui de la grande ; elle fut jouée, du 1er juin au 12 août, trente-deux fois à la suite de l'École des Femmes. Voici, d'après les registres de La Thorillière , le relevé des recettes de ces trente-deux représentations :
lr% Vendredi 1er juin 1663 1,357 livres »
2% Dimanche 3 1,131 — »
3e, Mardi 5 1,352 — 10 sous.
4e, Vendredi 8 1,426 — 10 sous.
5% Dimanche 10 1,600 — »
6e, Mardi 12 — 1,356 — 10 sous.
7% Vendredi 15 1,731 — »
8% Dimanche 17 1,265 — ».
9% Mardi 19 — 842 — 10 sous.
10% Vendredi 22 1,025 10 sous.
11", Dimanche 24 800 — ».
12% Mardi 26 957 — >.
13% Vendredi 29 1,300 — >.
14% Dimanche 1" juillet 1,209 — »
15% Mardi 3 950
16% Vendredi 6 850 — »
17% Dimanche 8 — 702 — »
18% Mardi 10 532 — »
19% Vendredi 13 570 — 10 sous.
20% Dimanche 15 711
21% Mardi 17 482 — »
22% Vendredi 20 563
23% Dimanche 22 780 — »
24% Mardi 24 422 — .»
25% Vendredi 27 790
20% Dimanche 29 725 — »
NOTICE PRE Ll M ÏNA1 RE. l)
•:: \ Mardi 31 juillet 1663 7.17 livre8 ■
28e, Vendredi .'{août. 631 — osons.