‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 301 sur 342 · RELATIVE AT FEST1 N DE PI ERRE · texte numérisé non relu

RELATIVE AT FEST1 N DE PI ERRE

hors de saison d'avoir de la vénération pour les choses sacrées et qu'elles doivent être en tous lieux ce qu'elles sont sur les autels; mais changent-elles de nature ou de condition, lorsque l'on change de termes ou de ton peur eu parler?

Je ne prétends peint Ici vous prouver que les vers de monsieur de Molière sont pour les jeunes gens des Instructions paternelles à la vertu; mais je veux vous montrer clairement que les esprits les plus mal tournés n'y sauroienl trouver la moindre apparence de \iee : et. puisque chacun sait (pie le théâtre n'a point ('-té destiné pour expliquer la sainteté de nos mystères et l'importance de notre salut, ces sages réformateurs, si fort zélés pour notre toi, n'ont-ils pas mauvaise grâce de blâmer la comédie, parco (pie le- méchants la peuvent voir sans changer d'inclination? et ne devroient-ils point se contenter que les vertueux n'y prennenl point des mœurs pernicieuses et qu'ils en sortent toujours les mêmes?

Je le pardonne pourtant à ces consciencieux qui reprennent pour un véritable motif de dévotion; et quoique les vers1 de monsieur de Molière n'aient rien d'approchant de l'impiété, je ne saurois i n'emporter contre eux, puisqu'ils n'en veulent qu'à ses écrits. Mais lorsque je vois le livre de cet inconnu qui, sans se soucier du tort qu'il fait à son prochain, ne songe qu'à s'usurper un.' réputation d'homme de bien, je vous avoue que je ne saurois m'empécher d'éclater; et quoique je n'ignore pas que l'innocence se défende assez d'elle-même, je ne puis que je ne blâme une in-ulte si condamnable et si mal fondée.

11 prétend que monsieur de Molière est un scélérat achevé, parce qu'il feint des impiétés. N'est-ce pas là une preuve bien convaincante? Et, quoiqu'il sache bien que, de quelque nature que soient les crimes que nous avons commis, nous devons toujours avoir de la confiance à la miséricorde de Dieu, et par conséquent ne désespérer jamais de notre salut, il soutient qu'il n'entrera jamais dans le paradis, parce qu'il a supposé des sacrilège- et des abominations dans son Festin de Pierre.

Vous pouvez voir par ce raisonnement si sa critique-comédie

1. Ce foible défenseur de Molière semble croire que le Festin de Pierre est écrit en ,ers. Il faut supposer qu'il a en vue l' ensemble de* < omédies du poète

étoit nécessaire pour le salut public, et si la moralité et le bon sens sont tout entiers dans son discours, puisqu'il nous donne lieu de conclure qu'il vaut mieux être méchant en effet qu'en apparence et qu'on a plutôt le pardon d'une impiété réelle que d'une feinte.

Cher écrivain, de peur qu'en travaillant à vous attirer cette réputation d'homme de bien, vous ne perdiez celle que vous avez d'être fort habile homme et plein d'esprit , je vous conseille en ami de changer de sentiment. Puisque Dieu lit dans le fond de l'âme, vous devez savoir qu'il ne se fie jamais aux apparences, et que, par conséquent, il faut être coupable en effet pour le paroître devant lui. Ou bien, si vous avez tant d'aversion à vous dédire de ce que vous avez soutenu, ne faites point de scrupule de nous avouer que votre livre n'est point votre ouvrage et que c'est l'envie et la haine qui l'ont composé.

Nous savons bien que monsieur de Molière a trop d'esprit pour n'avoir pas des envieux. Nos intérêts nous sont toujours plus chers que ceux d'autrui; et je suis si fort persuadé qu'il est fort peu de gens, dans le siècle où nous sommes, qui n'aidassent au débris de leurs plus proches voisins , s'il leur devenoit utile ou profitable, que les coups les plus injustes et les plus inhumains ne me surprennent plus. Puisque vous appréhendez que les productions de votre génie, tout sublime qu'il est, ne perdissent beaucoup de leur prix par l'éclat de celles de monsieur de Molière, si vous les abandonniez à la rigueur d'un jugement public , n'est-il pas juste que vous ayez quelque ressentiment du tort qu'elles vous font; et, quoique ces vers ne soient remplis que de pensées aussi honnêtes qu'elles sont fines et nouvelles, doit-on s'étonner si vous avez tâché de montrer à notre illustre monarque que ces ouvrages causoient un scandale public dans tout son royaume, puisque vous savez qu'il est si sensible du côté de la piété et de la religion? 11 est vrai que votre passion vous aveugloit beaucoup; car, puisque ce grand prince si chrétien et si religieux ne s'éclaire que par lui-même, vous deviez considérer que les matières les plus embrouillées étoient fort intelligibles pour lui, et que, par conséquent, vos accusations ne serviroient que pour vous convaincre d'une malice d'autant plus noire que le voile que vous lui donniez étoit trompeur et criminel.

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Mais aussi, s'il m'est permis da reprendre mes maîtres, je vous ferai remarquer que vous laissâtes glisser dan- votre critique quelques mots qui i inoient plutôt de l'animosité qu • de la véritable dévotion. Car me soutiendrez-vous que c'est par charité que nous l'accusez de piller ses meilleures pensées, de n'avoir point l'esprit inventif, et de l'air.' des postures et des contorsions qui sentent plutôt le possédé que l'agréable bouffon? Il me semble que vous pouviez souffrir de semblables défauts sans appréhender que votre conscience en fût chargée; ou bien Dieu vous a fait des commandements qui ne sont pas comme les noires. H falloit, pour vous couvrir plus adroitement, exagérer, s'il se pouvoit, par un beau discours, la délicatesse et la grandeur de son esprit , le taire passer pour l'acteur le plus achevé qui eût jamais paru ; et comme cet éloge nous auroit persuadé que vous preniez plaisir do découvrir à tout le monde ses perfections et ses qualités, nous aurions eu plus de disposition à vous croire, lorsque vous auriez dit qu'il ('toit impie et libertin, et que ce n'étoit que par contrainte et pour décharger votre conscience que vous le repreniez

- is défauts.

Je vous aurois même conseillé de le blâmer fort d'avoir l'ait crier: Mes gages! mes gages! » à ce valet. On auroit inféré de là (pie vous aviez L'âme si tendre que vous n'aviez pu souffrir sans compassion que son maître, qu'on traînoit je ne sais où, lut chargé, outre tant d'abominations, d'une dette qui pouvoit elle seule le priver de la présence béatifique jusques à ce que ses héritiers feu eussent délivré. Ce sentiment étoit d'un homme de bien. Vous en auriez été tout à fait loué; et, pour édifier encore mieux vos lecteurs, vous pouviez faire une invective contre ce valet, en lui montrant quelle étoit son inhumanité, de regretter plutôt son argent que -mu maître.

Vous auriez bien eu meilleure grâce de blâmer un sentiment criminel et de lâches transports que vos oreilles avoient entendu-, (pic l'impiété de ce fil- 'pi'- vous connoissiez pour imaginaire ei pour chimérique.

Voilà l'endroit de la pièce où vous pouviez vous étendre, le plu-: car vous m'avouerez, quelque scrupuleux que vous -oyez, (pie vous ne trouvez rien ù reprendre dans la réception (pie Ton l'ait à monsieur Dimanche : il n'esl pas plutôt entré dans la maison

qu'on lui donne le plus beau fauteuil de la salle; et, quand il est près de s'en aller, jamais homme ne fut prié de meilleure grâce à souper dans le logis. Je me souviens pourtant encore d'un nouveau sujet que ce valet vous donne de vous plaindre de lui : n'est-il pas vrai que vous souffrez furieusement de le voir à table, tête à tête avec son maître, manger si brutalement à la vue de tant de beau monde? En cela, je suis pour vous ; je ne me mets jamais si fort dans l'intérêt de mes amis, que je ne me laisse plutôt guider par la justice que par la passion de les servir. Comme je vois qu'on ne sauroit tâcher de mettre à couvert monsieur de Molière d'un reproche si bien fondé, qu'on ne se déclare l'ennemi de la raison et le protecteur d'un coupable, j'abandonne sans regret son parti, puisqu'il n'est plus bon, et confesse avec vous que ce valet est un malpropre et qu'il ne mange point comme il faut.

Mais, puisque vous me voyez si sincère, à mon exemple ne voulez-vous point le devenir? Soutiendrez-vous toujours que monsieur de Molière est impie, parce que ses ouvrages sont galants, et qu'il a su trouver le moyen de plaire ?

On se seroit bien passé, dites- vous, des postures qu'il fait dans la représentation de son École des Femmes. Mais puisque vous savez qu'il a toujours mieux réussi dans le comique que dans le sérieux, devez-vous le blâmer de s'être fait un personnage qu'il a cru le plus propre pour lui? Ne nous dites point qu'il tâche d'expliquer par ses grimaces ce que son Agnès n'oseroit avoir dit par sa bouche : nous sommes dans un siècle où les hommes se portent assez d'eux-mêmes au mal, sans avoir besoin qu'on leur explique nettement ce qui peut en avoir quelque apparence.

Monsieur de Molière, qui connoît le foible des gens, a prévu fort favorablement qu'on tourneroit toutes ces équivoques du mauvais sens; et, pour prévenir une censure aussi injuste que nuisible, il fit voir l'innocence et la pureté de ses sentiments par un discours le mieux poli et le plus coulant du monde. Mais il ne s'est jamais défié qu'on dût faire le même tort à son Festin de Pierre; et il s'est si bien imaginé qu'il étoit assez fort de luimême pour ne point appréhender ses envieux, qu'il n'a jamais voulu leur donner de nouvelles armes en travaillant pour sa

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défense; et comme j'ai connu par là qu'il n'avoil pas besoin d'un grand secours, j'ai cru que ma plume, tout ignorante el toute stérile qu'elle est, pouvoil suffire pour montrer l'injustice de ses ennemis.

Lorsqu'on veut montrer la bonté d'une cause, qui fournit elle seule toutes les raisons qu'il Tant pour la soutenir, il me semble qu'il est pins à pi'opos d'en laisser le soin au pins jeune avocat du barreau, qu'au pins célèbre et au pins éloquent; et, par la même raison qu'on croit plutôt un paysan qu'un homme de cour, les ignorants persuadent beaucoup mieux que les pins habiles orateurs. Il est si fort ordinaire à ces messieurs les beaux esprits, de prendre le méchant parti pour exercer la facilité qu'ils ont de prouver ce qui paroîl le pins faux, qu'ils ont cru que cette réputation feroit un tort considérable à l'ouvrage de monsieur de Molière, s'ils écrivoient pour en mont rer l'innocence et l'honnêteté; et. d'ailleurs, connue ils ont vu qu'il n'y avoit point de gloire à remporter, quelque fort que fût le raisonnement qu'ils produiraient, ils en ont laissé le soin aux plumes moins intéressées «pi'' les leurs.

J'ai donc cru que cela me regardoit; et, comme je n'avois encore rien mis an jour, je me suis imaginé que c'étoit commencer bien glorieusement que de soutenir une cause où le bon droit étoit tout entier. Dans tonte autre matière que celle dont j'ai traité, j'aurois eu lieu d'appréhender que , comme le sentiment des ignorants est toujours différent de celui des gens d'esprit, on eût cru que monsieur de Molière n'avoit point eu l'approbation de ceux-ci, puisque je lui donnois la mienne; mais comme le Festin de Pierre a si peu de conformité avec toutes les autres comédies, que les raisons qu'on peut apporter pour montre]" que la pièce n'est point honnête sont aussi bien imaginaires et chimériques que l'impiété de -en athée foudroyé, jugez par là, monsieur d'' Molière, -"il ne m'a pas été bien aisé de prouver que vous n'êtes rien moins (pie ce que cet inconnu a voulu que \<>ufussiez. Mais, comme il ne démordra jamais de la mauvaise opinion qu'il veut donner de vous a ceux qui ne vous connoissenl point, il y a lieu d'appréhender encore quelque chose de bien eux : il il- se sera pas plutôt aperçu que les gens bien sensés H" -eut point de son sentiment, lorsqu'il prétend que vous

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