LUCRÈCE
Et moi, je tiens que votre fdle n'est point du tout propre pour le mariage. Elle est d'une complexion trop délicate et trop peu saine, et c'est la vouloir envoyer bientôt en l'autre monde, que de l'exposer, comme elle est, à faire des enfants. Le monde n'est point du tout son fait ; et je vous conseille de la mettre dans un couvent, où elle trouvera des divertissements qui seront mieux de son humeur.
SGANARELLE
Tous ces conseils sont admirables assurément; mais je les tiens un peu intéressés, et trouve que vous me conseillez fort bien pour vous. Vous êtes orfèvre, monsieur Josse,1 et votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise. Vous vendez des tapisseries, monsieur Guillaume, et vous avez la mine d'avoir quelque tenture qui vous incommode. Celui que vous aimez, ma voisine, a, dit- on, quelque inclination pour ma fdle; et vous ne seriez pas fâchée de la voir la femme d'un autre. Et quant à vous, ma chère nièce, ce n'est pas mon dessein, comme on sait, de marier ma fdle avec qui que ce
1. Voilà une phrase devenue proverbe. D'où vient cette fortune extraordinaire d'un mot qui ne peut passer ni pour un trait d'esprit, ni pour une réflexion profonde? De ce qu'il jaillit naturellement de la situation, de ce qu'il est à la fois tout ce qu'il y a de plus précis, de plus simple, de plus fort; surtout de ce qu'il joint, au sens étendu d'une moralité, le sel piquant d'une épigramme. (Auger.)
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soit, et j'ai mes raisons pour cela: mais le conseil que
vous me donnez de la faire religieuse est d'une femme qui pourrait bien souhaiter charitablement d'être mon héritière universelle, \iosi, messieurs et mesdames, quoique ions vos conseils soient les meilleurs du monde, vous trouverez bon, s'il vous plaît, que je n'en suive aucun, (seul.) Voilà de mes donneurs de conseils à la mode.