‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 310 sur 342 · LUCINDE, LISETTE · texte numérisé non relu

LUCINDE, LISETTE

LISETTE

On dit bien vrai qu'il n'y a point de pires sourds que ceux qui ne veulent point entendre.

Il CIN DE.

Hé bien! Lisette, j'avois tort de cacher mon déplaisir, et je n'avois qu'à parler pour avoir tout ce que je souhaitois de mon père! Tu le vois.

1. Quoique fort égoïste, il aime tendrement sa fille. Comment concilier deoi penchants si opposés? Il n'appartenoit qu'à un grand maître de montrer qu'ils Brunissent souvent dans le cœur des hommes. Sganarelle fera tout pour Lucinde, mais il oe la marient pas. 11 lui faut quelqu'un qui gouverne iaon, qui supporte son humeur, qui partage sa wlitude. Où trouverat-il cette personne, B'il consent à L'.éloignement de sa fille? D'ailleurs il n'est pas exempt d'un peu d'avarice? nouvelle raison de ne pas marier Lucinde. ainsi dans ce rôle, qui malheureusemenl n'est qu'esquissé, on roit pourquoi Sganarelle évite d'entendre Lucinde el Lisette, lorsqu'elles lui parlent de mariage; et pourquoi, lorsqu'il croit sa fille malade, il témoigne toute l'inquiétude d'un bon père. Otte •-«•ml iî na ison est aussi vraie que romiqne. (Pbtitot.

LISETTE

Par ma foi, voilà un vilain homme; et je vous avoue que j'aurois un plaisir extrême à lui jouer quelque tour. Mais d'où vient donc, madame, que jusqu'ici vous m'avez caché votre mal ?

LUC IN DE

Hélas! de quoi m'auroit servi de te le découvrir plus tôt? et n'aurois-je pas autant gagné à le tenir caché toute ma vie? Crois-tu que je n'aie pas bien prévu tout ce que tu vois maintenant, que je ne susse pas à fond tous les sentiments de mon père, et que le refus qu'il a fait porter à celui qui m'a demandée par un ami, n'ait pas étouffé dans mon âme toute sorte d'espoir ?

LISETTE

Quoi! c'est cet inconnu qui vous a fait demander, pour qui vous...?

LUCINDE

Peut-être n'est-il pas honnête à une fille de s'expliquer si librement; mais enfin je t'avoue que, s'il m'étoit permis de vouloir quelque chose, ce seroit lui que je voudrois. Nous n'avons eu ensemble aucune conversation, et sa bouche ne m'a point déclaré la passion qu'il a pour moi; mais dans tous les lieux où il m'a pu voir, ses regards et ses actions m'ont toujours parlé si tendrement, et la demande qu'il a fait faire de moi m'a paru d'un si honnête homme, que mon cœur n'a pu s'empêcher d'être sensible à ses ardeurs; et cependant tu vois où la dureté de mon père réduit toute cette tendresse.

LISETTE

Allez, laissez-moi faire. Quelque sujet que j'aie de me plaindre de vous du secret que vous m'avez fait, je ne

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