LE NOTAIRE, CLITANDRE, SGANARELLE, LUCINDE, LISETTE
( Clitandre parle bas au notaire. ) SGANARELLE, au notaire.
Oui, monsieur, il faut faire un contrat pour ces deux personnes- là. Écrivez. ( Le notaire écrit. - a Lucinde. ) Voilà le
1. Il est tout à fait ingénieux, de la part de Clitandre, de faire passer pour un homme qui écrit ses ordonnances le notaire qui doit faire son contrat, et pour des hommes qu'il emploie au soulagement moral de ses malades les musiciens et les danseurs qui doivent célébrer la fête de son mariage, et surtout empêcher que Sganarelle ne s'aperçoive tout de suite de la disparition des deux époux. En tout, il y a, dans l'exécution, dans les détails du stratagème, tout ce qu'il faut d'adresse, moins pour tromper Sganarelle, avec qui tant de précautions ne sont pas nécessaires, que pour contenter le spectateur, qui n'aime pas qu'un personnage, si simple qu'on l'ait annoncé, soit la dupe de moyens trop grossiers. (Alger.)
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la légende dramatique au xvii* siècle. Nous n'en suivrons pas la merveilleuse destinée jusqu'à nos jours; nous ne la montrerons pas se transformant de nouveau dans le chef-d'œuvre de Mozart, dans le poème de Byron ; tentant les plus grands poètes, inspirant tous les arts; devenant enfin l'un (Uis thèmes les pins considérables sur lesquels l'imagination des hommes se suit exercée. Nous iv\ mons à Molière qui a été certainement pour uni1 part principal»1 dans la \ ie qui a été donnée à ce mythe des temps modernes.
Représenté lo !."> février I 665, Don Juan ou le Festin de Pierre Molière avoit été obligé, pont- ne point dérouter le public, de conserver le titre que l'usage avoit consacré, mais il l'avoit relégué au second plan . souleva de nouvelles tempêtes. L'œuvre parut d'une intolérable témérité. Plusieurs passages: la scène du pauvre presque tout entière, les traits les plus hardis de la con- \ srsation de Don Juan et de Sganarelle, durent être immédiatement supprimés. L'indignation des esprits sévères ne s'en tint pas pour satisfaite. Les craintes des scrupuleux n'en furent pas apai- . L'irritation provoquée par Don Juan s'augmentoit sans contredit des colères excitées par le Tartuffe. Molière tint bon pendant quinze représentations, du 15 février au 20 mars. Les 'tes étoient des plus brillantes. La pièce, donnée pour la dernière fois le 20 mars, dernier jour de l'année théâtrale, ne reparut plus sur l'affiche. On peut à bon droit croire que, pendant la suspension de Pâques, Molière reçut avis de ne pas reprendre son œuvre à la réouverture du théâtre.
I n libelle, dont le permis d'imprimer est à la date du 18 avril 1665, exprima avec violence toutes les récriminations dont le Don ■!»<!/' «'toit l'objet, il est intitulé: «Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre, par le sieur de Rochemont. » Il eut trois ou quatre éditions successives; c'est un des monuments les plus curieux de la polémique à laquelle Molière fut en butte : il respire une haine passionnée. Le style en est assez remarquable. Nous reproduisons textuellement et inté- Observations à la suite de la comédie qui y donna lieu. Deux réponses furent laite- aux observations du sieur de Rochemont. L'une est intitulée: « Lettre sur les Observations touchant h- Festin de Pierre. ■■ Elle est d'un esprit très-juste; écrite avec moins de verve que le factum de Rochemont . ''Ile le réfute
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d'une manière concluante. L'autre est intitulée: « Réponse aux Observations touchant le Festin de Pierre. » Elle est plus foible et semble bien, comme Fauteur lui-même le confesse modestement, être l'œuvre d'une plume tout à fait inexpérimentée. Elles sont l'une et l'autre anonymes. Nous les publions à la suite des Observations de Rochemont. Outre que ces documents sont fort instructifs à différents points de vue , ils offrent un spécimen assez intéressant de la critique du xvir siècle. Nous croyons qu'on nous saura gré de les placer sous les yeux du lecteur.
Il est bon de rappeler ici , avec l'un de ces défenseurs de Molière , que ce fut au milieu de ces accusations qui n'alloient pas à moins qu'à livrer l'auteur comique à toutes les rigueurs de la justice, que ce fut au mois d'août de cette année 1665, que Louis XIV plaça Molière et sa troupe sous son patronage immédiat, leur permit de prendre le titre de comédiens du roi et leur donna une pension de sept mille livres. On a dit que, fort de cette éclatante faveur qui ne se démentoit point , il n'a pas fallu à Molière beaucoup de courage pour composer et jouer l'École des Femmes, Don Juan et le Tartuffe. Il est vrai que, grâce à l'appui du monarque, ces productions ne furent pas étouffées à leur naissance. Mais c'est se laisser entraîner à un singulier sophisme que de prétendre qu'on ne fait preuve de courage que lorsqu'on est sûr d'être sur-le-champ écrasé. On ne sauroit nier que Molière, en engageant une telle lutte, ne s'exposât aux plus graves périls. Cette garantie fragile de la faveur royale ne pouvoit-elle pas lui manquer d'un moment à l'autre? Les sentiments du roi ne pouvoient-ils pas changer? Les ennemis redoutables qu'il bravoit ne pouvoient-ils pas l'emporter un peu plus tôt qu'ils ne firent? Qui sait ce qui auroit été réservé à l'auteur du Tartuffe, s'il avoit vécu plus longtemps? La rare intrépidité du poète est donc hors de doute, et lui reprocher d'avoir trouvé un abri dans la bienveillance du souverain est une de ces absurdités auxquelles se laissent trop aisément aller les partis de notre temps.
Molière songea à publier le Festin de Pierre. Un privilège pour l'impression fut même obtenu parle libraire Louis Billaine, à la date du 11 mars 1665. Mais ce privilège, présenté à la chambre syndicale le 2Zi mai, fut sans aucun doute retiré, et le projet n'eut pas de suite. Il faut voir dans ces circonstances relatives à
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la publication, comme dans celles relatives à la représentation, la preuve à peu près certaine d'une intervention de l'autorité. Dix -sept ans plus tard, oeuf ans après la mort de Molière, La Grange el Vinol essayèrent de mettre au jour le Festin de Pierre, dans I»1 septième volume de leur édition, en y Taisant d'eux-mêmes les suppressions qui avoienl été exigées dès les premières représentations de la pièce. Cela ne suffit point toutefois à la censure, qui réclama des cartons nombreux : on les força à réimprimer deux feuilles entières et quatorze pages dans les autres feuilles. Mais, deux exemplaires échappés à la proscription, dont l'un ayant appartenu à M. de La Reynie, alors lieutenant généra] de police, (un survécu jusqu'à nous, et nous conservent la première leçon.
Déjà, avons-nous dit, La Grange et Vinot, prévoyant les difficulté-<pii leur seroienl faites, avoient de leur propre mouvement opéré quelques suppressions et quelques modifications, de sorte (pie min- ne posséderions pas l'œuvre de Molière dans son intégrité, m des éditions de Hollande ne l'avoient plus fidèlement reproduite.1 Le texte définitif de Don Juan est donc formé de trois textes, celui de l'édition commune de 1682, celui de la même édition non cartonnée, et celui de l'édition d'Amsterdam 1683, ou de l'édition de Bruxelles J69Zi. Nous suivons l'édition françoise de 1682 en profitant des leçons plus complètes que nous offrent les exemplaires non cartonnés; et nous plaçons entre crochets ce qui ne se trouve que dans les éditions hollandaises.
Les variantes reproduiront d'une part les changements opérés pai- 1rs éditeurs de 1682 sous la pression de la censure. Elles offriront d'autre part les plus notables différences que présente le texte de 169/i : a Les ( )i'j ivres de Monsieur Molière. Nouvelle édition, corrigée et augmentée des œuvres postl s. A Bruxelles,
eh''/ Georges de Backer, imprimeur et marchand libraire, aux
I. On lit dans une édition récente des OEuvres (!<■ Molière (IL Pion et Brière, éditeurs, 1862) que lea passages fournis par les éditions hollanetrouvenl dans l'exemplaire (!<• l'édition de 1682 ayant appartenu a M. de La Reynie. Cest une erreur. L'obligeance de M. le comte de Montalivet, ([ni est aujourd'hui en possession de cel exemplaire, nous met à même de donner, dans la bibliographie de Molière, les renseignements les plus -ur ce texte si intéressant
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Trois-Mores, à la Berg-Straet, 1G9/i. Tome deuxième: le Festin de Pierre, par J.-B. P. de Molière; édition nouvelle et toute différente de celle qui a paru jusqu'à présent. »
Le Festin de Pierre fut rendu à la scène le 12 février 1677, mais remanié, purgé et rimé par Thomas Corneille. Voici Y avis que Thomas Corneille mit en tête de sa traduction publiée en 1683 :
«Cette pièce, dont les comédiens donnent tous les ans plusieurs représentations, est la même que M. de Molière fit jouer en prose peu de temps avant sa mort. Quelques personnes qui ont tout pouvoir sur moi, m'ayant engagé à la mettre en vers, je me réservai la liberté d'adoucir certaines expressions qui avoient blessé les scrupuleux. J'ai suivi la prose assez exactement dans tout le reste, à l'exception des scènes du troisième et du cinquième acte, où j'ai fait parler des femmes. Ce sont scènes ajoutées à cet excellent original, et dont les défauts ne doivent point être imputés au célèbre auteur sous le nom duquel cette comédie est toujours représentée. »
On connoît une quittance de la veuve de Molière reconnoissant avoir reçu de la troupe la somme de deux mille deux cents livres, tant pour elle , à qui la pièce du Festin de Pierre appartenoit, que pour Thomas Corneille , par qui elle l'avoit fait mettre en vers.
« Vous saurez, disoit D. de Visé en 1677 dans le Mercure galant, qu'on a fait revivre une pièce dont vous n'osiez dire tout le bien que vous en pensiez, à cause de certaines choses qui blessoient la délicatesse des scrupuleux. Elle en est à présent tout à fait purgée; au lieu qu'elle étoit en prose, on l'a mise en vers de telle manière que , loin d'avoir rien perdu des beautés de son original , elle en a gagné de nouvelles. Vous voyez que je vous parle du Festin de Pierre du célèbre Molière. On en a donné déjà six représentations extraordinairement suivies. Le grand succès de cette pièce est un effet de la prudence de M. Corneille le jeune (Thomas Corneille avoit alors 52 ans). Il en a fait les vers, et n'y a mis que des scènes agréables en la place de celles qu'il falloit supprimer. »
La version rimée de Thomas Corneille eut les honneurs du répertoire jusqu'au 15 janvier 1847. Ce jour-là, la Comédie-Françoise reprit le Don Juan en prose tel que Molière l'avoit écrit, et celui-ci , rejetant à jamais dans l'ombre les rimes de Thomas Corneille, n'a plus quitté et ne quittera plus désormais le théâtre.
a cri: mi. se EN E vu. :>i>;
oMitrai qu'on fait. (An notaire.) .I»1 lui donne vingt mille écus (Mi mariage. Écrivez.
LUCINDE
.le \ous suis bien obligée, mou père