‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 34 sur 342 · CLIN BIS I · texte numérisé non relu

CLIN BIS I

Jq crois être du nombre des honnêtes gens, et cependant je n'ai pas trouvé le mol pour rire dans tout ce que j'ai \ ii.

LE m \ RQI is.

Ma loi . ni moi non pins.

DORANTB.

Pour toi, marquis, je ne m* en étonne pas. C'est que tu n'\ as point trouvé de turlupinades.

Cours de littérature . le I*. Brumoy, dans son Discours sur la comédie. Ces questions n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt scolastique.

De \ illiers, dans la Lettre sur les affaires du théâtre , se fît l'avocat de la lie et surtout le défenseur de Corneille : « 11 est aisé, dit-il, de connoître par toutes cas choses qu'il y a au Parnasse mille places de vides entre le divin Corneille et le comique Elomire , et que l'on ne les peut comparer en rien : puisque, pour ses ouvrages, le premier est plus qu'un dieu, et le second est . auprès de lui , moins qu'un homme; et qu'il est plus glorieux de se faire admirer par dos ouvrages solides que de faire rire par des grimaces, des turlupinades, de grandes perruques et de grands canons. Le nom de M. de, die, que nous pouvons justement appeler la gloire de la France, esl adoré dans toute l'Europe; et comme il a travaillé pour la postérité, tout le monde publie hautement qu'il mérite de l'encens et des statues. Ses copies ■Ont plus estimées que les originaux qu' Elomire nous veut faire passer pour des chefs-d'œuvre beaucoup plus difficiles que des ouvrages sérieux, n Tous semis de Molière affectent de le traiter comme un farceur, comme un bouffon du dernier ordre, qui tue le goût des belles pièces et des ouvrages sérieux; ainsi , dans Elomire hi/pocondre :

... Pour peu que le peuple en soit encor séduit,

Aux farces pour jamais le théâtre est réduit.

Ces merveilles du temps , ces pièces sans pareilles ,

Tes charmes de l'esprit, des yeux et des oreilles,

Ces vers pompeux et forts, ces grands raisonnements,

Qu'on n'écoute jamais sans des ravissements,

I chefs-d'œuvre de l'art, ces grandes tragédies, Par ce bouffon célèbre en vont être bannies; Ht nous, bientôt réduits a vivre en Tabarins, Allons redevenir l'opprobre des humains.

Certes, lorsqu'on aura présentes a l'espril ces attaques violentes, on ne trouvera point que la protestation do Molière sorte des hornes de la plus légitime défense.

Ma foi, monsieur, ce qu'on y rencontre ne vaut guère mieux; et toutes les plaisanteries y sont assez froides, à mon avis.

DORANTE

La cour n'a pas trouvé cela.

LYSIDAS.

Ah ! monsieur, la cour !

DORANTE

Achevez, monsieur Lysidas. Je vois bien que vous voulez dire que la cour ne se connoît pas à ces choses; et c'est le refuge ordinaire de vous autres , messieurs les auteurs , dans le mauvais succès de vos ouvrages, que d'accuser l'injustice du siècle et le peu de lumière des courtisans. Sachez, s'il vous plaît, monsieur Lysidas, que les courtisans ont d'aussi bons yeux que d'autres; qu'on peut être habile avec un point de Venise 1 et des plumes , aussi bien qu'avec une perruque courte et un petit rabat uni ; que la grande épreuve de toutes vos comédies, c'est le jugement de la cour; que c'est son goût qu'il faut étudier pour trouver l'art de réussir; qu'il n'y a point de lieu où les décisions soient si justes; et, sans mettre en ligne de compte tous les gens savants qui y sont, que, du simple bon sens naturel et du commerce de tout le beau monde, on s'y fait une manière d'esprit qui, sans comparaison, juge

1 . Le point de Venise étoit la dentelle la plus recherchée pour les collets ou les rabats. Il étoit d'une cherté extrême; on en peut juger par ces vers du Baron de la Crasse de R. Poisson :

J'en voulus avoir un de ces points de Venise. La peste ! la méchante et chère marchandise ! En mettant ce rabat, je mis, c'est être fou. Trente -deux bons arpents de vignoble à mon cou.

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