‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 46 sur 342 · NOTICE PB É M M INA1 15 E · texte numérisé non relu

NOTICE PB É M M INA1 15 E

Molière, quoique ce recueil traduisît certainement une haine moins âpre et une hostilité moins déterminée que le Portraii du ire et surtout que la Zélinde. C'étaient là les représailles littéraires. 11 y en eut d'une autre sorte. On cherchent à faire sortir les marquis de leur apathie, de lmu- insensibilité; on tâchoit d'exciter leur amour-propre. « L'on m'en a montré plusieurs, disoil de Villiers, qui étoient auprès de celui qui les contrefaisoit , et je ne pouvois [n'imaginer comment il osoit se moquer d'eux; mais je me suis souvenu qu'il leur en avoit peutêtre demandé la permission Ce qui me les fait estimer, c'est

qu'ils ont l'humeur bien douce, puisqu'ils souffrent qu'on se moque d'eux. » On en appeloit en même temps au beau sexeoutragé : « Je suis trop attaché à l'intérêt des dames, disoit tel autre critique,1 pour ne pas soutenir que cette École est une satire effroyablement affilée contre toutes, qui mériteroit tant soit peu l'époussette, si Ton étoit moins débonnaire en France. »

l n grand seigneur, le due de La Feuillade, n'entendit pas mériter ces reproches. Croyant que Molière l'avoit voulu jouer dans ce marquis de la Critique, qui est un adversaire si obstiné de Tarte ù la crème . il s'approcha un jour du poëte, feignit de l'embrasser comme cela se pratiquait alors, et lui frotta rudement le visage contre les boutons de son habit : belle vengeance à laquelle applaudit l'auteur de Zélinde.

C'est au milieu de ce tapage, au plus fort de ces persécutions, que la troupe fut mandée pour une semaine à Versailles (du 16 au 2Zj octobre). Louis XIV donna à Molière l'ordre de riposter à ses ennemis, et lui offrit pour cette nouvelle exécution le théâtre de la cour. « Molière, dit Auger, n'en fut peut-être pas moins embarrassé que flatté : c'étoit lui prescrire de recommencer son propre ouvrage, au risque de demeurer inférieur à lui-même et de procurer un véritable triomphe à ses adversaires, loin de leur faire essuyer un second échec. Molière avoit besoin de tous les secours de son art pour se tirer d'un pas si difficile : son art ne lui fut pas infidèle. »

Molière imagina cette scène «le répétition qu'il a intitulée

1. L'auteur anonyme du prétendu Panégyrique de l'École des Femmes, dont il sera question dans la notice snr le Remerciement an roi.

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l'Impromptu de Versailles, et dans laquelle il se montroit préparant une pièce au milieu de ses comédiens. Le masque comique étoit, pour ainsi dire, déposé; les attaques ne pouvoient plus être que directes et personnelles. Ce n'est pas sans surprise qu'on voit un véritable accès de verve aristophanesque se produire justement en face de la cour la plus pompeuse et la plus superbe dont se soit entouré un monarque d'Occident.

De Versailles, l'Impromptu passa à la ville; il fut joué au Palais-Royal le h novembre, et eut dix-neuf représentations. Son grand intérêt pour nous n'est pas celui de la réplique et de la satire , c'est surtout un intérêt biographique : on y voit Molière à l'œuvre, entouré de ses camarades; chacun y figure sous son nom, chacun trahit son caractère. Madeleine Béjart régente; Mlle Molière querelle; Mlle Duparc, en minaudant, proteste qu'elle est la personne du monde la moins faoonnière ; Mlle Du Croisy a le rôle d'une médisante doucereuse « dont elle ne s'acquittera pas mal. » Molière lui-même y est avec sa vivacité d'esprit, son activité et son impatience ; le voilà dans la situation où il se trouvoit souvent : c'étoit de cette manière qu'il expliquoit aux comédiens les rôles dont il les chargeoit ; c'est ainsi que, développant à leurs yeux le caractère de chaque personnage, il leur apprenoit à le revêtir des formes les plus vraies et les plus expressives. On peut comparer l'Impromptu de Versailles à ces tableaux où quelques grands artistes se sont peints eux-mêmes dans leur atelier, au milieu de leurs modèles et de leurs élèves.

Molière ne fit pas imprimer l'Impromptu, qu'il considéroit sans doute comme une œuvre de polémique passagère. La Grange le mit au jour, pour la première fois, dans le septième volume de l'édition de 1682: il n'y a donc point de variantes à ce texte. On auroit pu seulement signaler les corrections qui ont été proposées à la leçon des premiers éditeurs par ceux qui leur ont succédé, si ces corrections avoient offert quelque intérêt, mais nous n'en avons trouvé de cette sorte ni dans le texte de l'Impromptu ni dans celui du Remerciement au roi, qui lui fait suite.

L'IMPROMPTU

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