‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 53 sur 342 · M \ DEMOISELLE M OU K RE · texte numérisé non relu

M \ DEMOISELLE M OU K RE

C'est une chose étrange, qu'une petite cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu'un mari et un galant regardent la même personne avec des yeux si différents.

MOU ÈRE

Que <lf discours !

M \ DE MOIS ELLE MOL! ERE

M;i loi, si je faisois une comédie, je la ferois sur ce sujet. Je justifierois les femmes de bien des choses dont on les accuse; et je ferois craindre aux maris la différence qu'il y a de leurs manières brusques, aux civilités des

calants.

MOLIERE

Ah ! laissons cela. Il n'est pas question de causer maintenant; nous avons autre chose à faire.1

M \ DEMO! SELLE REJART.

Mais puisqu'on vous a commandé de travailler sur le sujet de la critique qu'on a faite contre vous,2 que n'avez - \miis fait cette comédie des comédiens, dont vous nous avez parlé il y a longtemps?3 C'étoit une affaire toute trou-

1. Quand on se rappelle combien Louis XIV étoit exigeant sur l'étiquette avec les grands ^i^neurs de sa cour et les ambassadeurs des puissances étrangères, on ne peut s'empècber de convenir qu'il y avoit de sa part une facilité bien aimable à trouver bon que des comédiens jouassent devant lui une pièce où ils Bguroieol sous leurs propres noms, où ils avoient entre eux des querelles de coulisses, el jusqu'à une querelle de ménage. (Alger.)

: L'ordre donné par Louis \[\ n Molière devoir être bien positif, puisque celui-ci le répète deux foi - dans cette scène, et le rappelle encore. dans la suivante, lorsqu'ea parlant de sa comédie, il fait dire à un marquis fâcheux : C'est le roi qui vous la fait faire; .» et qu'il répond : « Oui, monsieur. > Br.ET.,

:i. Molière, qui cherchoit à introduire la vérité dans la déclamation théa-

vée, et qui venoit fort bien à la chose, et d'autant mieux qu'ayant entrepris de vous peindre, ils vous ouvroient l'occasion de les peindre aussi, et que cela auroit pu s'appeler leur portrait, à bien plus juste titre que tout ce qu'ils ont fait ne peut être appelé le vôtre. Car vouloir contrefaire un comédien dans un rôle comique, ce n'est pas le peindre lui-même, c'est peindre d'après lui les personnages qu'il représente, et se servir des mêmes traits et des mêmes couleurs qu'il est obligé d'employer aux différents tableaux des caractères ridicules qu'il imite d'après nature; mais contrefaire un comédien dans des rôles sérieux, c'est le peindre par des défauts qui sont entièrement de lui, puisque ces sortes de personnages ne veulent ni les gestes, ni les tons de voix ridicules dans lesquels on le reconnoît.

MOLIÈRE

Il est vrai; mais j'ai mes raisons pour ne le pas faire, et je n'ai pas cru, entre nous, que la chose en valût la peine; et puis il falloit plus de temps pour exécuter cette idée. Comme leurs jours de comédie sont les mêmes que les nôtres, à peine ai-je été les voir que trois ou quatre fois depuis que nous sommes à Paris; je n'ai attrapé de leur manière de réciter que ce qui m'a d'abord sauté aux yeux , et j'aurois eu besoin de les étudier davantage pour faire des portraits bien ressemblants.

traie et à faire «réciter comme l'on parle, » avoit eu souvent l'occasion de contrefaire le débit ampoulé des acteurs de l'hôtel de Bourgogne. Cette imitation ne pouvoit être improvisée; et il reconnoît ici qu'il s'y étoit plus ou moins exercé déjà. Mais ses ennemis conclurent de ce que tel acteur de l'hôtel de Bourgogne n'avoit pas joué tel rôle depuis un espace de temps plus ou moins long, que V 'Impromptu de Versailles étoit un impromptu fait, disoient les uns, depuis trois ans, depuis un an ou depuis six mois, disoient d'autres plus modérés. Molière, qui savoit comment ses adversaires raisonnoient, va ici au-devant de ces objections, que Montfleury fils ne laissa point de reproduire dans l'Impromptu de V hôtel de Condé.

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