‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 73 sur 342 · M A RA NT H · texte numérisé non relu

M A RA NT H

Oui, mais satiriser, c'est railler, mépriser: Ainsi, pour l'excuser quoi que vous puissiez dire , Votre ami du sermon nous a fait la satire ; Kt , de quelque façon que le sens en soit pris, Pour ce que l'on respecte on n'a point de mépris.

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« bien plus que toutes les satires qu'on pourroit faire de « leurs personnes.1

« Mais, chevalier... »

MADEMOISELLE BEJART.

Souffrez que j'interrompe pour un peu la répétition. (a Molière.) Voulez-vous que je vous die? Si j'avois été en votre place, j'aurois poussé les choses autrement. Tout le monde attend de vous une réponse vigoureuse; et, après la manière dont on m'a dit que vous étiez traité dans cette comédie , vous étiez en droit de tout dire contre les comédiens, et vous deviez n'en épargner aucun.

MOLIÈRE

J'enrage de vous ouïr parler de la sorte; et voilà votre manie à vous autres femmes. Vous voudriez que je prisse feu d'abord contre eux, et qu'à leur exemple, j'allasse éclater promptement en invectives et en injures. Le bel honneur que j'en pourrois tirer, et le grand dépit que je leur ferois ! Ne se sont-ils pas préparés de bonne volonté à ces sortes de choses? Et lorsqu'ils ont délibéré s'ils joueroient le Portrait du Peintre, sur la crainte d'une riposte, quelques-uns d'entre eux n'ont-ils pas répondu : Qu'il nous rende toutes les injures qu'il voudra, pourvu que nous gagnions de l'argent ? — N'est-ce pas là la marque d'une âme fort sensible à la honte? et ne me vengerois-je pas

1. 11 est plaisant que Molière, dans la pièce même où il répond aux comédiens de l'hôtel de Bourgogne, établisse, par de bonnes raisons, qu'il ne doit pas leur répondre, et qu'il ne leur répondra point. Mais tel est l'artifice de cette petite comédie de l'Impromptu, qu*il semble n'être pas en contradiction avec lui-même. Il avoue, par la bouche de l'un de ses personnages, qu'il auroit tort de se venger en public des comédiens de l'hôtel, et la satire qu'il a faite précédemment de leur jeu est censée n'avoir eu pour témoins que ses camarades. (Auger.)

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bien d'eux, en leur donnant ce qu'ils veulent bien recevoir?

M \ DEMOISELLE DEBRIE

Ils se sont fort plaints, toutefois, de trois ou quatre mois que voua ave* dits d'eux dans la Critique et dans vos Précieuses,

MOLIÈRE

Il est \ rai, ces trois ou quatre mots sont fort ofTensants, et ils ont grande raison de les citer. Allez, allez, ce n'est pas cela. Le plus grand mal que je leur aie fait, c'est que j'ai eu le bonheur de plaire un peu plus qu'ils n'auroient voulu : et tout leur procédé, depuis que nous sommes venus à Paris, a trop marqué ce qui les touche1. Mais laissons-les faire tant qu'ils voudront; toutes leurs entreprises ne doivent point nïinquiéter. Ils critiquent mes pièces, tant mieux : et Dieu me garde d'en faire jamais qui leur plaisent! ce seroit une mauvaise affaire pour moi.

MADEMOISELLE DEBRIE

Il n'y a pas grand plaisir pourtant à voir déchirer ses ouvrages.

MOLIÈRE

Et qu'est-ce que cela me fait? N'ai-je pas obtenu de ma comédie tout ce que j'en voulois obtenir, puisqu'elle a eu le bonheur d'agréer aux augustes personnes a qui particulièrement je m'efforce de plaire? N'ai-je pas lieu d'être satisfait de sa destinée, et toutes leurs censures ne viennentelles pas trop tard? Est-ce moi, je vous prie, que cela regarde maintenant? et lorsqu'on attaque une pièce qui a

I. En effet, rommo nous l'avons «lit au commencement de la Notice préliminaire, la troupe royale, jalouse de voir relie de Molière faire le service des divertissements du roi, sollicitoil pour la remplacer et ne pouvoit obtenir cet important avantage. Là étoil certainement la cause principale de l'animosité des comédiens de l'hôtel de Bourgogne évincés de ce qu'ils dévoient presque considérer comme leur droit et leur prérogative.

eu du succès, n'est-ce pas attaquer plutôt le jugement de ceux qui l'ont approuvée, que l'art de celui qui l'a faite?

Ma foi, j'aurois joué ce petit monsieur l'auteur, qui se mêle d'écrire contre des gens qui ne songent pas à lui.

MOLIÈRE

Vous êtes folle. Le beau sujet à divertir la cour, que monsieur Boursault! Je voudrois bien savoir de quelle façon on pourroit l'ajuster pour le rendre plaisant, et si, quand on le berneroit sur un théâtre, il seroit assez heureux pour faire rire le monde. Ce lui seroit trop d'honneur que d'être joué devant une auguste assemblée ; il ne demanderont pas mieux; et il m'attaque de gaieté de cœur, pour se faire connoître, de quelque façon que ce soit. C'est un homme qui n'a rien à- perdre, et les comédiens ne me l'ont déchaîné que pour m'engager à une sotte guerre, et me détourner, par cet artifice, des autres ouvrages que j'ai à faire ; et cependant vous êtes assez simples pour donner toutes dans ce panneau. Mais enfin j'en ferai ma déclaration publiquement. Je ne prétends faire aucune réponse à toutes leurs critiques et leurs contre-critiques. Qu'ils disent tous les maux du monde de mes pièces, j'en suis d'accord. Qu'ils s'en saisissent après nous ; qu'ils les retournent comme un habit pour les mettre sur leur théâtre , et tâchent à profiter de quelque agrément qu'on y trouve, et d'un peu de bonheur que j'ai ; j'y consens, ils en ont besoin, et je serai bien aise de contribuer à les faire subsister, pourvu qu'ils se contentent de ce que je puis leur accorder avec bienséance. La courtoisie doit avoir des bornes; et il y a des choses qui ne font rire ni les spectateurs, ni celui dont on parle. Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma figure, mes gestes, mes paroles,

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mou ton de voix, et ma façon de réciter, pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira, s'ils en peuvent tirer quelque avantage. Je ne m'oppose point à toutes ces choses, et je serai ravi que cela puisse réjouir le monde: mais, en leur abandonnant tout cela, ils me doivent faire la grâce de me laisser le reste, et de ne point toucher à des matières de la nature de celles sur lesquelles on m'a dit qu'ils m'attaquoient dans leurs comédies.1 C'est de quoi je prierai civilement cet honnête monsieur qui se mêle d'écrire pour eux, et voilà toute la réponse qu'ils auront de moi.2

1. On a soupçonné, d'après ce passage, que le Portrait du Peintre avoit subi des retranchements à l'impression. Un fait vient à l'appui de ces soupçons : on trouve dans la Vengeance des Marquis un couplet d'une chanson dirigée contre Madeleine Béjart à propos de son rôle de la Naïade dans le prologue des Fâcheux. De Villiers, dans un avis au lecteur, s'exprime ainsi relativement à cette chanson : « Bien que, dans la Vengeance des Marquis , Philipin chante la Chanson de la coquille, ne t'imagine pas que je l'aie prise dans le Portrait du Peintre. Ma pièce étoit faite avant qu'on l'y chantât, et messieurs de l'hôtel avouent que c'est moi qui leur ai fait dire. J'avois en ce temps résolu de rotor ; mais Ton m'en a empêché à cause de la pensée qui sait, pour laquelle je l'y avois mise. » On chantoit donc la Chanson de la coquille dans la pièce de Boursault telle qu'elle étoit représentée. Or on ne trouve dans l'édition originale ni cette chanson ni rien de ce qui la rattachoit au dialogue. Le moindre indice vient donner heaucoup de probabilité à une supposition qu'on peut fort difficilement appuyer de preuves authentiques.

•'. Molière a-t-il été trop loin dans sa riposte à. Boursault? Nous avons mis sous les yeux des lecteurs tous les éléments du procès; ils en jugeront eux-mêmes.

Boursault, dans la préface de sa pièce imprimée, se plaint amèrement du traitement qui lui a été infligé : « Toutes les injures, dit-il, qu'on me dit dans le galimatias que Molière appelle Impromptu ne peuvent détruire la hoime opinion qu'il a fait concevoir de mon ouvrage (en croyant ma pièce digne de ceux qui sont accusés d'y avoir mis la main). Je pourrois repousser <<•- injures par d'autres injures plus piquante^, si j'en avois aussi bien la volonté que j'en ai le droit; mais je n'y suis pas accoutumé comme lui; et puis, cette Borte de vengeance esl si indigne «l'un honnête homme que la sienne n'a pas en lieu de me surprendre. » Il sembloit être dans la destinée de Boursault d'être en guerre avec les poètes les plus redoutables de son temps. Il avoit fait le Portrait du Pei)itre contre Molière; il fit contre; Boileau la Satire des Satires: mais du moins cette fois il se défendoil au lieu

Mais enfin...

MOLIÈRE

Mais enfin vous me feriez devenir fou. Ne parlons point de cela davantage; nous nous amusons à faire des discours, au lieu de répéter notre comédie. Où en étions-nous? Je ne m'en souviens plus.

MADEMOISELLE DEBRÏE*

Vous en étiez à l'endroit...

MOLIÈRE

Mon Dieu! j'entends du bruit; c'est le roi qui arrive assurément; et je vois bien que nous n'aurons pas le temps de passer outre. Voilà ce que c'est de s'amuser. Oh bien ! faites donc, pour le reste, du mieux qu'il vous sera possible.

MADEMOISELLE BEJART.

Par ma foi, la frayeur me surprend, et je ne saurois aller jouer mon rôle, si je ne le répète tout entier.

MOLIÈRE

Comment, vous ne sauriez aller jouer votre rôle?

MADEMOISELLE BEJART.

Non.

MADEMOISELLE DU PARC

Ni moi, le mien.

MADEMOISELLE DERRTE.

Ni moi non plus.

d'attaquer; et Boileau aima mieux employer son crédit pour empêcher la représentation de la pièce, que son talent pour en châtier l'auteur. Boursault, quelque temps après, prit sa revanche avec bien de l'avantage. Ayant appris que Boileau se trouvoit gêné, il s'empressa de lui porter tout l'argent qu'il put réaliser, et le lui offrit. « Cette action, dit M. Taschereau, montre clairement que ce n'étoit point une basse jalousie, mais bien de perfides conseils qui avoient porté Boursault à attaquer Molière ; et ce tort de son esprit est plus que suffisamment compensé par ce mouvement d'une âme généreuse. »

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M ^DEMOISELLE Mo II ÈRE.

Ni moi.

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