‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 95 sur 342 · DORIMÈNE, SGANARELLE · texte numérisé non relu

DORIMÈNE, SGANARELLE

no R I M ÈNE , dans le fond du théâtre , à un petit laquais qui la suit.

Allons, petit garçon, qu'on tienne bien ma queue, et qu'on ne s'amuse pas à badiner.

1. Comme le Mariage forcé étoit originairement une comédie-ballet, ce mot étoit jeté en avant pour annoncer nue dernière scène, dans laquelle, en effet, Géronimo venoit à la tête d'une mascarade formée des jeunes gens de la ville, afin d'honorer les noces de Sganarelle. Le mot a pu rester, malgré la suppression du ballet, comme une ironie assez maligne de la part du seigneur Géronimo. Ai si a.

2. Cette première scène d'une petite comédie à laquelle on fait assez

SGANARELLE, « part, apercevanl Dorii

Voici ma maîtresse qui vient. Ah ! qu'elle est agréable ! Quel air et quelle taille! Peut-il y avoir un homme qui n'ait, en la voyant, des démangeaisons de se marier? (a Dorimène.) Où allez-vous , belle mignonne, chère épouse future de votre époux futur ?

DORIMÈNE

Je vais faire quelques emplettes.

SGANARELLE

Hé bien! ma belle, c'est maintenant que nous allons être heureux l'un et l'autre. Vous ne serez plus en droit de me rien refuser; et je pourrai faire avec vous tout ce qu'il me plaira, sans que personne s'en scandalise. Vous allez être à moi depuis la tête jusqu'aux pieds, et je serai maître de tout : de vos petits yeux éveillés , de votre petit nez fripon, de vos lèvres appétissantes, de vos oreilles amoureuses, de votre petit menton joli, de vos petits tétons rondelets, de votre... Enfin, toute votre personne sera à ma discrétion, et je serai à même pour vous caresser comme je voudrai. N'êtes-vous pas bien aise de ce mariage, mon aimable pouponne ? i

DORIMÈNE

Tout à fait aise, je vous jure. Car enfin la sévérité de mon père m'a tenue jusques ici dans une sujétion la plus

peu d'attention, est une des meilleures que Molière ait faites. Il n'en a point dont la marche soit plus naturelle et plus variée dans ses mouvements, dont le dialogue soit plus vrai, le comique plus franc et plus naïf. 11 f au droit en citer tous les mots pour en faire remarquer tous les traits heureux. (Alger.) 1. La convoitise, sensuelle qui se traduit dans ce passage explique seule la résolution insensée de Sganarclle. Cette tirade est un peu libre non-seulement dans la pensée, mais aussi dans l'expression. Il ne faut pas oubl icique le Mariage forcé fut à l'origine un divertissement composé pour les fêtes du carnaval, où la gaieté a joui toujours de privilèges exceptionnels.

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fâcheuse du monde. Il \ a je ne sais combien que j'enrage du peu de liberté qu'il me donne, et j'ai cenl fois souhaité qu'il me mariât, pour sortir promptemenl de La contrainte où j'étois avec lui, et me voir en état de faire ce que je

voudrai. Dieu merci, vous êtes venu heureusement pour cela, et je me prépare désormais à me donner du divertissement, et a reparer, comme il faut, le temps que j'ai perdu. Gomme vous êtes un fort galant homme, et que vous savez comme il Tant vivre, je crois que nous ferons le meilleur ménage du monde ensemble, et que vous ne ' point de ces maris incommodes, qui veulent que leurs femmes vivent comme des loups-garous. Je vous avoue (pie je ne m'accommoderois pas de cela, et que la solitude me désespère. J'aime le jeu, les visites, lesassemblées, les cadeaux et les promenades; en un mot, toutes les choses de plaisir : et vous devez être ravi d'avoir une femme de mon humeur. Nous n'aurons jamais aucun démêlé ensemble; et je ne vous contraindrai point dans vos actions, comme j'espère que, de votre côté, vous ne me contraindrez point dans les miennes; car, pour moi, je tiens qu'il faut avoir une complaisance mutuelle, et qu'on ne se doit point marier pour se faire enrager l'un l'autre. Enfin, nous vivrons, étant mariés, comme deux personnes qui savent leur monde. Aucun soupçon jaloux ne nous troublera la cervelle; et c'est assez que vous serez assuré de ma fidélité, comme je serai persuadée de la votre. Mais qu'avez-vous? je vous vois tout changé de visage.1

I. Dans plus d'une comédie, une jeune fille, promise à nu homme

qu'elle hait, affecte de lui donner une mauvaise idée de Bon caractère, de

son humeur, pour le dégoûter d'elle, el le déterminer à rompre le mariage

projeté. Ici, il n'en esl pas de même: Dorimène, qui sail que Sganarelle est

par sa parole, el qui, d'ailleurs, compte peut-être sur son frère, le

SGANARELLE

Ce sont quelques vapeurs qui me viennent de monter à la tête.

DO RI M ÈNE.

C'est un mal aujourd'hui qui attaque beaucoup de gens; mais notre mariage vous dissipera tout cela. Adieu. Il me tarde déjà que je n'aie des habits raisonnables, pour quitter vite ces guenilles. Je m'en vais de ce pas achever d'acheter toutes les choses qu'il me faut, et je vous enverrai les marchands.

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