CHAPITRE XL
Des moyens de s'opposer à la réunion trop rapide des richesses en peu de mains.
Il est des moyens d'opérer en partie cet effet; par de bonnes lois sur les testamens et sur les successions. Il est encore d'autres moyens qu'il serait trop long de discuter, et qui m'écarteraient trop du but que je me propose.
Mais peut-on, dans un pays où l'argent a cours, se promettre de maintenir toujours un juste équilibre entre les fortunes des citoyens? Peut-on empêcher qu'à la longue les richesses ne s'y distribuent d'une manière très-inégale, et qu'enfin le luxe ne s'y introduise et ne s'y accroisse ? Ce projet est impossible. Le riche , fourni du nécessaire, mettra toujours le superflu dJRtl argent à l'achat des superfluités (i). Des lois sc^^)tuaires, dira-t-on, réprimeraient-elles en lui ce désir: alors le riche n'ayant plus le libre usage de son ar-
(i) Rien de plus contradictoire que les opinions des moralistes. Conviennent-ils de la nécessité et de l'utilité du commerce en certains pays, ils veulent, en même temps, y introduire une austérité de mœurs incompatible avec l'esprit commerçant. En France, le moraliste qui le matin recommande les riches manufactures aux soins du gouvernement, déclame le soir contre le luxe, les spectacles et les mœurs de la capitale.
Mais quel est l'objet du gouvernement lorsqu'il perfectionne ses manufactures , lorsqu'il étend son commerce ? c'est d'attirer chez lui l'argent de ses voisins. Qui doute que les mœurs, les amusemens de la capitale, ne concourent à cet effet? que les spectacles, les actrices , les dépenses qu'elles font et font faire aux étrangers , ne soient une des parties les plus lucratives du commerce de Paris ? Quel est donc, ô moralistes! l'objet de vos déclamations contradictoires?
gent , l'argent lui en paraîtrait moins désirable , il ferait moins d'efforts pour en acquérir. Dans tout pays où l'argent a cours, peut -être l'amour de l'argent, comme je le prouverai ci -après , est-il un principe de vie et d'activité dont la destruction entraîne celle de l'état.
Considérons l'état de deux nations chez lesquelles l'argent a ou n'a pas cours.