‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 126 sur 226 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

386 de l'homme.

plies ; les intérêts se sont grossis : il a fallu pour les payer accumuler impôts sur impôts. Leur fardeau accable maintenant les empires les plus puissans de l'Europe; et ce mal cependant n'est pas le plus grand qu'ait produit le désir et de l'argent et des papiers représenta lifs de cet argent.

L'amour des richesses ne s'étend point à toutes les classes des citoyens sans inspirer à la partie gouvernante le désir du vol et des vexations (i). Dès lors la construction d'un port, un armement, une compagnie de commerce , une guerre entreprise , dit-on , pour l'honneur de la nation, enfin tout prétexte de piller est avidement saisi. Alors tous les vices, enfans de la cupidité, s'introduisant à la fois dans un empire, en infectent successivement tous les membres, et le précipitent enfin à sa ruine.

Quel spécifique à ce mal ? Je n'en connais aucun.

Le sang qui porte la nutrition dans tous les membres de l'enfant, et qui successivement en développe toutes les parties, est un principe de destruction. La circulation du sang ossifie à la longue les vaisseaux; elle en anéantit les ressorts, et devient un germe de mort. Cependant qui la suspendrait en serait sur le-champ puni : la stagnation d'un instant serait suivie de la perte de la vie. Il en est de même de l'argent. Le désire-t-on vivement? ce désir vivifie une nation, éveille son industrie , anime son commerce , accroît ses

(i) Dans tout pays où l'argent a cours, il faut qu'à la longue la manière inégale dont l'argent s'y répartit y engendre la pauvreté générale. Cette espèce de pauvreté est mère de la dépopulation. L'indigence soigne peu. ses enfans, les nourrit mal, en élève peu. J'en citerai pour preuve , et les sauvages du nord de l'Amérique , et les esclaves des colonies : le travail excessif exigé des négresses enceintes , le peu de soin qu'on y prend d'elles , enfin le despotisme du maître , tout concourt à leur stérilité.

richesses et sa puissance ; et la stagnation , si j'ose le dire, de ce désir serait mortelle à certains états.

Mais les richesses, en abandonnant les empires où elles se sont d'abord accumulées , n'en occasionnentelles pas la ruine Pet, tôt ou tard rassemblées dans un petit nombre de mains, ne détachent-elles pas l'intérêt particulier de l'intérêt public ? Oui , sans doute. Mais, dans la forme actuelle des gouvernemens, peutêtre ce mal est-il inévitable ; peut-être est-ce à cette époque qu'un empire, s'afTaiblissant de jour en jour, tombe dans un affaissement précurseur d'une entière destruction; et peut-être est-ce ainsi que doit germer, croître, s'élever et mourir, la plante morale nommée empire.

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