‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 127 sur 226 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Ce ri est point dans le luxe, mais dans sa cause produc" trice, quest le principe destructeur des empires.

Que conclure de l'examen rapide de la question que je traite? que presque toutes les accusations intentées contre le luxe sont sans fondement ; que , des deux espèces de luxe citées au Chap. V, il en est une qui, toujours l'effet de la trop grande multiplication des hommes et de la forme despotique de leurs gouvernemens, suppose une très-inégale répartition des richesses nationales; que cette répartition est sans doute un grand mal, mais qu'une fois établie, le luxe devient, sinon un remède efficace, du moins un palliatif à ce mal (1). C'est la magnificence des grands qui reporte

(1) Une trop inégale répartition des richesses nationales précède et produit toujours le goût du luxe. Un particulier a-t-il plus d'ar-

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journellement l'argent et la vie dans la classe inférieure

des citoyens.

L'emportement des moralistes contre le luxe est l'effet de leur ignorance. Que cet emportement trouve place dans un sermon : un sermon n'exige aucune précision dans les idées. Ce que le bons sens examine, la sottise du prédicateur le décide.

Malheur au prince qui, sans des changemens préalables dans la forme du gouvernement , tenterait de bannir tout le luxe d'une nation dont l'amour de l'argent est le principe d'activité ! Il aurait bientôt dépeuplé son pays , énervé l'industrie de ses sujets , et jeté les esprits dans une langueur fatale à sa puissance.

On peut regarder ces idées premières , et peut-être encore superficielles , qu'occasionnent la question du luxe , comme un exemple des points de vue divers sous lesquels on doit considérer tout problème important et compliqué de la morale. Si l'on sent toute l'influence que doit avoir sur le bonheur public la solution plus ou moins exacte de pareils problèmes, et la scrupuleuse attention qu'on doit à leur examen , on sentira que qui se montre protecteur de l'ignorance , se déclare l'ennemi de l'état, et, sans le savoir, commet le crime de lèse-humanité.

Chez tous les peuples, il est une dépendance réci-

gent qu'il n'en faut pour subvenir à ses besoins? il se livre à l'amour des superfluités. L'ennemi du luxe doit donc chercher dans la cause même du partage trop inégal des richesses, et dans la destruction du despotisme , le remède aux maux dont il accuse le luxe , et que réellement le luxe soulage. Toute espèce de superfluité a sa cause pro • ductrice. Le luxe des chevaux, préférable à celui des bijoux, et particulier aux Anglais, est en partie l'effet du long séjour qu'ils font dans leurs campagnes. Si tous les habitent , c'est qu'ils y sont , pour ainsi dire , nécessités par la constitution de leur état. C'est la forme des gouvernemens qui dirige d'une manière invisible jusqu'aux goûts des particuliers. C'est toujours à leurs lois que les peuples doivent leurs moeurs ûï leurs habitudes.

proque entre la perfection de la législation et les progrès de l'esprit humain. Plus les citoyens seront éclairés, plus leurs lois seront parfaites. C'est de leur seule bonté, comme je vais le prouver, que dépend la félicité publique.

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