Tome IL
dépendent les vertus des citoyens; et des progrès de îa raison humaine que dépend la perfection de ces mêmes lois. Pour être honnête (i), il faut être éclairé. Toute religion qui, dans les hommes, honore la pauvreté d'esprit, est une religion dangereuse. La pieuse stupidité des papistes ne les rend pas meilleurs. Quelle armée dévaste le moins les contrées qu'elle traverse? est-ce l'armée dévote, l'armée des croisés ? non ; c'est la mieux disciplinée. Si la discipline, si la crainte du général, réprime la licence des troupes et contient dans le devoir des soldats jeunes , ardens , et journellement accoutumés à braver la mort dans les combats, que ne peut la crainte des lois sur les timides habitans des villes?
Ce ne sont point les anathèmes de la religion , c'est l'épée de la justice, qui, dans les cités , désarme l'assassin; c'est le bourreau qui retient le bras du meurtrier. La crainte du supplice peut tout dans les camps (2) ; e]\e peut tout aussi dans les villes. Elle rend dans les uns l'armée obéissante et brave , et dans les autres les citoyens justes et vertueux. En est-il ainsi des religions ? Le papisme commande la tempérance ; cependant quelles sont les années où l'on voit le moins d'ivrognes? Sont-ce celles où l'on débite le plus de sermons? Non : mais celles où l'on recueille le moins
examinées avant d'être promulguées. Ltfs lois des douze tables furent, chez les Romains , un an entier exposées à la censure publique. C'est par une telle conduite que des magistrats prouvent le désir sincère qu'ils ont d'établir de bonnes lois. Tout tribunal qui , sur la réquisition d'un homme en place , enregistrerait légèrement une peine de mort contre les citoyens , rendrait la législation odieuse et la magistrature méprisable.
(1) Quatre choses, disent les Juifs, doivent détruire le monde, l'une desquelles est un homme religieux et fou.
(2) Tout homme craint la douleur et la mort. Le soldat même obéit à cette crainte ; elle le discipline. Qui ne redouterait rien ne ferait rien contre sa volonté. C'est en qualité de poltronnes que les troupes sont braves.
de vin. Le catholicisme défendit en tout temps le vol, la rapine, le viol, le meurtre, etc. ; et, dans les siècles les plus dévots, dans le neuvième, le dixième et le onzième, l'Europe n'était peuplée que de brigands. Quelle fut la cause de tant de violences et de tant d'injustices? la trop faible digue que les lois opposaient alors aux forfaits. Une amende plus ou moins considérable était le seul châtiment des grands crimes. On payait tant pour le meurtre d'un chevalier, d'un baron, d'un comte, d'un légat; enfin, jusqu'à l'assassinat d'un prince, tout était larifié (i).
Le duel fut long-temps à la mode en Europe et surtout en France. La religion le défendait, et l'on se battait tous les jours (2). Le luxe a depuis amolli les mœurs françaises; la peine de mort est portée contre les duellistes; ils sont du moins presque tous forcés de s'expatrier : il est peu de duels.
Qui fait maintenant la sûreté de Paris? ce n'est pas la dévotion de ses habitans , mais l'exactitude et la vigilance de sa police (3). Les Parisiens du siècle passé étaient plus dévots et plus voleurs.
Les vertus sont donc l'œuvre des lois (4) , et non de la religion.
(1) Voyez Hume , vol. Ier de son Histoire d'Angleterre.
(2) Tout crime non puni par la loi est un crime journellement commis. Quelle plus forte preuve de l'inutilité des religions !
(3) Si la police, nécessaire pour réprimer le crime, est trop coûteuse , elle est à charge aux citoyens , elle devient une calamité publique. Si la police est trop inquisitive, elle corrompt les mœurs, elle étend l'esprit d'espionnage , elle devient une calamité publique. Il ne faut pas que la police serve la vengeance du fort contre le foible, et qu'elle emprisonne le citoyen sans faire juridiquement son procès. Elle doit , de plus , se surveiller sans cesse elle-même. Sans la plus extrême vigilance , ses commis , devenus des malfaiteurs autorisés , sont d'autant plus dangereux , que leurs crimes nombreux et cachés restent inconnus comme impunis.
(4) On donne une fête publique : est-elle mal ordonnée ? il s'y fait
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