‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 145 sur 226 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des moyens inventés par les oisifs contre V ennui.

Xjn France, par exemple, mille devoirs de société inconnus aux autres nations y ont été inventés par l'ennui. Une femme se marie ; elle accouche : un oisif l'apprend ; il s'impose à tant de visites, va tous les jours à la porte

(i) Des sensations faibles ne nous arrachent point à l'ennui. Dans ce nombre, je place les sensations habituelles. Je m'éveille à l'aube du jour ; je suis frappé par les rayons réfléchis de tous les objets qui m'environnent ; je le suis par le chant du coq , par le murmure des eaux, par le bêlement des troupeaux, et je m'ennuie. Pourquoi? c'est que des sensations trop habituelles ne font plus sur moi d'impressions fortes.

de l'accouchée, parle au suisse, remonie dans son carrosse, et va s'ennuyer ailleurs.

De plus, cet oisif se condamne chaque jour à tant de billets, à tant de lettres de complimens écrites avec dégoût et lues de même.

L'oisif voudrait éprouvera chaque instant des sensations fortes : elles seules peuvent l'arracher à l'ennui. A leur défaut , il saisit celles qui se trouvent à sa portée. Je suis seul ; j'allume du feu : le feu fait compagnie. C'est pour éprouver sans cesse de nouvelles sensations que le Turc et le Persan mâchent perpétuellement l'un son opium , l'autre son bétel.

Le sauvage s'ennuie-l-il ? il s'assied près d'un ruisseau et fixe les yeux sur le courant. En France, le riche, pour la même raison, se loge chèrement sur le quai des Théatins . Il voit passer les bateaux ; il éprouve de temps en temps quelques sensations. C'est un tribut de trois ou quatre mille livres que l'oisif paye tous les ans à l'ennui , et dont l'homme occupé eût pu faire présent à l'indigence. Or, si les grands , les riches, sont si fréquemment et si fortement attaqués de la maladie de l'ennui, nul doute qu'elle n'ait une grande influence sur les moeurs nationales.

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