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CHAPITRE XII

De la religion et des cérémonies considérées comme remède à V ennui*

'lux Indes, où la terre sans culture fournit abondamment aux besoins d'un peuple paresseux, qui pourrait l'arracher à l'ennui , sinon la religion et ses devoirs multipliés ? Aussi la pureté de l'âme y est-elle attachée à tant de rits et de pratiques superstitieuses, qu'il n'est pointd'Indien, quelque attentif qu'il soit sur lui-même , qui ne commette chaque instant des fautes dont les dieux ne manquent point d'être irrités , jusqu'à ce que

(i) Le mariage, dans certaines conditions, ne présente souvent que le tableau de deux infortunés unis ensemble pour faire réciproquement leur malheur. Le mariage a deux objets : l'un la conservation de l'espèce, l'autre le bonheur et le plaisir des deux sexes. La recherche des plaisirs est permise; pourquoi s'en priverait-on, lorsque ces plaisirs ne nuisent point à la société ?

les prêtres , enrichis des offrandes du pécheur, soient appaisés et satisfaits.

La vie d'un Indien n'est , en conséquence , qu'une purification , une ablution , et une pénitence perpétuelle.

En Europe, nos femmes atteignent-elles un certain âge,* quittent-elles le rouge, les amans, les spectacles, elles tombent dans un ennui insupportable. Que faire pour s'y soustraire? substituer de nouvelles occupations aux anciennes, se faire dévotes, se créer des devoirs pieux; aller tous les jours à la messe, à vêpres , au sermon , en visite chez un directeur; s'imposer des macérations. On aime mieux encore se macérer que s'ennuyer. Mais à quel âge cette métamorphose s'opèret-elle? communément à quarante-cinq ou cinquante ans. C'est pour les femmes le temps de l'apparition du diable. Les préjugés alors le représentent vivement à leur imagination.

Il en est des préjugés comme des fleurs de lis : l'empreinte en est quelque temps invisible, mais le directeur et le bourreau la font à leur gré reparaître. Or, si l'on cherche jusque dans une dévotion puérile le moyen d'échapper à l'ennui , il faut donc que cette maladie soit bien commune et bien cruelle. Quel remède y apporter? aucun qui soit efficace. On n'use en ce genre que de palliatifs : les plus puissans sont les arts d'agrémens; et c'est en faveur des ennuyés que sans doute on les perfectionna.

On a dit du hasard qu'il est le père commun de toutes les découvertes. Si les besoins physiques peuvent, après le hasard, être regardés comme les inventeurs des arts utiles, le besoin d'amusement doit, après ce même hasard , être pareillement regardé comme l'inventeur des- arts d'agrémens.

Leur objet est d'exciter en nous des sensations qui

nous arrachent à l'ennui. Or, plus ces sensations sont à la fois fortes et distinctes, plus elles sont efficaces.

L'objet des arts est d'émouvoir, et les diverses règles de la poétique ou de l'éloquence ne sont que les divers moyens d'opérer cet effet.

Emouvoir est le principe , et les préceptes de la rhétorique en sont le développement ou les conséquences. C'est parce que les rhéteurs n'ont pas également senti toute l'étendue de cette idée que je me permets d'en indiquer la fécondité.

Mon sujet m'autorise à cet examen. C'est par la connaissance des remèdes employés contre l'ennui, qu'on peut de plus en plus s'éclairer sur sa nature.

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