CHAPITRE XXXI
Des moyens d'enchaîner V ambition ecclésiastique.
JLaisse-t-on à Dieu le soin de sa propre vengeance , lui remet-on la punition des hérétiques, la terre ne s'arroge-t-elle plus le droit de juger les offenses faites au ciel (1) , le précepte de la tolérance devient-il enfin
quenee, s'est fait Dieu. Aussi rien de moins ressemblant que la religion de Jésus et la religion actuelle des papistes.
Quelle surprise pour les apôtres , si , rendus au monde , ils lisaient un catéchisme qu'ils n'ont point fait 5 s'ils apprenaient que naguère TÉglise interdisait aux laïques la lecture même des Écritures saintes , sous le vain prétexte qu'elles étaient scandaleuses pour les faibles !
(i) Les gouvernemens sont juges des actions, et non des opinions.
SECTION IX, CHAPITRE XXXT. 56f
un précepte de l'éducation publique, alors, sans prétexte pour persécuter les hommes, soulever les peuples, envahir la puissance temporelle, l'ambition du prêlre s'éteint : alors, dépouillé de sa férocité, il ne maudit plus ses souverains , n'arme plus les Ravaillac , et n'ouvre plus le ciel aux régicides. Si la foi est un don du ciel, l'homme sans foi est à plaindre, non à punir. L'excès de l'inhumanité , c'est de persécuter un infortuné. La tolérance est-elle admise, le paradis n'est plus la récompense de l'assassin et le prix des grands attentats.
Quel doit être le premier soin du prince vertueux et jaloux du bonheur de ses sujets? celui d'affaiblir le pouvoir ecclésiastique. C'est son clergé qui s'opposera toujours le plus fortement à l'exécution de ses projets bienfaisans. La puissance spirituelle est toujours l'ennemie ouverte ou cachée de la temporelle. L'Église est un tigre : enchaîné par la loi de la tolérance (i) , il est doux; sa chaîne se rompt-elle, il reprend sa première fureur. Par ce qu'a fait autrefois l'Eglise, les princes peuvent juger de ce qu'elle ferait encore si on lui rendait son premier pouvoir. Le passé doit les éclairer sur l'avenir.
Le magistrat qui se flatterait de faire concourir les puissances spirituelle et temporelle au même objet,
Que j'avance une erreur grossière , j'en suis puni par le ridicule et le mépris ; mais qu'en conséquence d'une opinion erronée , j'attente à la liberté de mes semblables , c'est alors que je deviens criminel,
Que , dévot adorateur de Vénus , je brûle le temple de Sérapis ; le magistrat doit me punir , non comme hérétique , mais comme perturbateur du repos public, comme un homme injuste, et qui, libre dans l'exercice de son culte, veut priver ses concitoyens de la liberté dont il jouit.
(i) La multiplicité des religions, dans un empire, affermit le trône. Des sectes ne peuvent être contenues que par d'autres sectes. Dans le moral , comme dans le physique , c'est l'équilibre des forces opposées qui produit le repos-