‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 200 sur 226 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

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c est-à-dire au bien public, se tromperait. Il en est de ces deux puissances , quelquefois reunies pour dévorer le même peuple, comme de deux nations voisines et jalouses, qui, liguées contre un etroisième, l'attaquent, et se battent au partage de ses dépouilles.

Nul empire ne peut être sagement gouverné par deux pouvoirs suprêmes et indépendans. C'est d'un seul , ou partagé entre plusieurs, ou réuni entre les mains du monarque , que toute loi doit émaner.

La tolérance soumet le prêtre au prince, l'intolérance soumet le prince au prêtre. Elle annonce deux puissances rivales dans un empire.

Peut-être les anciens, dans le partage qu'ils firent de l'univers entre Oromaze et Ariman , et dans le récit de leurs éternels combats, ne désignaient-ils que la guerre éternelle du sacerdoce et de la magistrature. Le règne d'Oromaze était celui de la lumière et de la vertu : tel doit être le règne des lois. Le règne d' Ariman était celui des ténèbres et du crime : tel doit être celui du prêtre et de la superstition.

Quels sont les disciples d'Oromaze ? ces pbilosophes aujourd'hui si persécutés en France par l'intrigue des moines et des ministres d'Ariman. Quel crime leur reproche-t-on? aucun. Us ont, autant qu'il est en eux, éclairé les nations; ils les ont soustraites au joug flétrissant de la superstition, et c'est peut-être à leurs écrits que les princes et les magistrats doivent en partie la conservation de leur autorité.

L'ignorance des peuples, mère d'une dévotion stupide (i), est un poison qui, sublimé par les chimistes

(i) L'expulsion des jésuites supposait , en Espagne et en Portugal . des ministres d'un caractère ferme et hardi. En France , les lumières déjà répandues dans la nation facilitaient cette expulsion . Si le pape s'en fût plaint trop amèrement , ses plaintes eussent paru déplacées

Dans uue lettre écrite au sujet de la condamnation du mande-

de la religion , répand autour du trône les exhalaisons mortelles de la superstition. La science des philosophes, au contraire, est ce feu pur et sacré qui écarte loin des rois, les vapeurs pestilentielles du fanatisme.

Le prince qui se soumet lui et son peuple à l'empire du sacerdoce, éloigne de lui ses sujets vertueux. Il règne, mais sur des superstitieux, sur des peuples dont l'âme est dégradée , enfin sur les esclaves du prêtre. Ces esclaves sont des hommes morts pour la patrie : ils ne la servent ni par leurs talens ni par leur courage. Un pays d'inquisition n'est pas la patrie d'un citoyen (i) honnête. Malheur aux nations où le moine poursuit

ment de M. de Soissons , par la congrégation du saint-office, un vertueux cardinal remontre au Saint-Père, « qu'il est certaines préten- « tions que la cour de Rome devrait ensevelir dans un silence et un » oubli éternel ; surtout, ajoute-t-il , dans ces temps malheureux et » déplorables où les incrédules et les impies font suspecter la fidélité » des ministres de la religion. »

Or, que signifient, dans la langue ecclésiastique , ces mots d'incrédules et d'impies? les opposans à la puissance du clergé. C'est donc aux incrédules que les rois doivent leur sûreté, les peuples leur tranquillité , les parlemens leur existence , et l'ambition sacerdotale sa réserve. Ces prétendus impies doivent être d'autant plus chers à la nation française , qu'elle n'a rien à en redouter. Les philosophes ne forment point de corps ; ils sont sans crédit : il est d'ailleurs impossible qu'en qualité de simples citoyens, leur intérêt ne soit pas toujours lié à l'intérêt public , par conséquent à celui d'un gouvernement éclairé.

(i) Dans les pays catholiques , quel moyen de former des citoyens vertueux ? l'instruction de la jeunesse y est confiée aux prêtres. Or, l'intérêt du prêtre est presque toujours contraire à celui de l'état. « Jamais le prêtre n'adoptera ce principe fondamental de toutes nos » vertus , savoir : que la justice de nos actions dépend de leur convformité avec l'intérêt général. » Un tel principe nuit à ses vues ambitieuses.

D'ailleurs , si la morale , comme les autres sciences , ne se perfectionne que par le temps et l'expérience , il est évident qu'une religion qui prétend, en qualité de révélée, avoir instruit l'homme de tous ses devoirs , s'oppose d'autant plus efficacement à la perfection de cette même science , qu'elle ne laisse plus rien à faire au génie et à l'expérience.

impunément quiconque méprise ses légendes et ne croit ni aux sorciers ni au nain jaune ; où le moine traîne au supplice l'homme vertueux qui fait le bien, ne nuit à personne, et dit la vérité l Dans un pays tolérant , quelque critique que soit la situation d'un peuple , un seul grand homme suffit quelquefois pour changer la face des affaires. La guerre s'allume entre la France et l'Angleterre; la France a d'abord l'avantage : Pitt est élevé au ministère; la nation anglaise reprend ses esprits et les officiers de mer leur intrépidité. Rien de moins semblable à lui-même que l'Anglais du commencement et de la fin de la guerre.

Que voyait-on en France , à la même époque ? La bigoterie commandait trop impérieusement aux grands (i). Telle était sur eux sa puissance, qu'au moment même où la France , battue de toutes parts , se voyait enlever ses colonies, on ne s'occupait à Paris que de l'affaire des jésuites (2) : on ne s'intriguait que pour eux.

Tel était l'esprit qui régnait à Constantinople lorsque Mahomet II en faisait le siège. La cour y tenait des

(1) Dans le moment où la France faisait la guerre aux Anglais, les parlemens la faisaient aux jésuites , et la cour dévote prenait parti pour les derniers. Tout y était rempli d'intrigues ecclésiastiques. On se serait cru volontiers à la fin du règne de Louis XIV. On comptait alors à Versailles peu d'honnêtes gens et beaucoup de bigots.

(2) Lors de l'affaire des jésuites , si l'on apprenait à Paris la perte d'une bataille, à peine s'en occupait-on un jour : le lendemain on parlait de l'expulsion des bénits pères. Ces pères, pour détourne! le public de l'examen de leurs constitutions, ne cessaient de crier contre les encyclopédistes. Ils attribuaient au progrès de la philosophie les mauvais succès des campagnes. C'est elle, disaient-ils, qui gâte l'esprit des soldats et des généraux. Leurs dévotes en étaient convaincues. Mille oies couleur de rose répétaient la même phrase ; et c'était cependant le peuple très-philosophe des Anglais , et le roi encore plus philosophe de Prusse", qui battaient les généraux français que personne n'accusait de philosophie.

conciles dans le temps même que le sultan en prenait les faubourgs.

Quelque superstitieuse, quelque fanatique que soit une nation , son caractère sera toujours susceptible des diverses formes que lui donneront ses lois, son gouvernement, et surtout l'éducation publique. L'instruction peut tout; et si j'ai, dans les Sections précédentes , si scrupuleusement détaillé les maux produits par une ignorance dont tant de gens se déclarent aujourd'hui les protecteurs, c'était pour faire mieux sentir toute l'importance de l'éducation. Quels moyens de la perfectionner? c'est par l'examen de cette question que Je terminerai cet ouyrage.

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