CHAPITRE III
Avantages de V éducation publique sur la domestique.
JLe premier de ces avantages est la salubrité du lieu ou la jeunesse peut recevoir ses instructions. Dans l'éducation domestique , l'enfant habite la maison paternelle , et cette maison , dans les grandes villes, est souvent petite et malsaine. Dans l'éducation publique , au contraire , cette maison édifiée à la campagne peut être bien aérée. Son vaste emplacement permet à la jeunesse tous les exercices propres à fortifier son corps et sa santé.
Le second avantage est la rigidité de la règle. La règle n'est jamais aussi exactement observée dans la mai^ son paternelle que dans une maison d'instruction publique. Tout dans un collège est soumis à l'heure. L'horloge y commande aux maîtres, aux domestiques; elle y fixe la durée des repas , des études et des récréations ; l'horloge y maintient l'ordre. Sans ordre , point d'études suivies : l'ordre allonge les jours; le désordre les raccourcit.
Le troisième avantage est l'émulation quelle inspire. Les principaux moteurs de la première jeunesse sont la crainte et l'émulation. L'émulation est produite par la comparaison qu'on fait de soi avec un grand nombre d'autres. De tous les moyens d'exciter l'amour des talens et des vertus, ce dernier est le plus sûr. Or, l'enfant n'est point, dans la maison paternelle, à portée de faire cette comparaison , et son instruction en est d'autant moins bonne.
Le quatrième avantage est l'intelligence des instituteurs. Parmi les hommes , par conséquent parmi les pères, il en est de stupides et d'éclairés. Les premiers
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ne savent quelle instruction donner à leur fils ; les seconds le savent ; mais ils ignorent la manière dont ils doivent leur présenter leurs idées, pour leur en faciliter la conception. C'est une connaissance pratique qui, bientôt acquise dans les collèges, soit par sa propre expérience, soit par une expérience traditionnelle , manque souvent aux pères les plus instruits.
Le cinquième avantage de l'éducation publique est sa fermeté* L'instruction domestique est rarement mâle et courageuse. Les parens, uniquement occupés de la conservation physique de l'enfant, craignent de le chagriner; ils cèdent à toutes ses fantaisies, et donnent à cette lâche complaisance le titre d'amour paternel (i).
Tels sont les divers motifs qui feront toujours préférer l'instruction publique à l'instruction particulière. La première est la seule dont on puisse attendre des patriotes. Elle seule peut lier fortement dans la mémoire des citoyens l'idée du bonheur personnel à celle du bonheur national. Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet.
Mais avant d'aller plus loin, il faut, je pense, faire connaître au lecteur quelles sont les diverses parties de l'instruction sur lesquelles le législateur doit porter sa principale attention. Je distinguerai , à cet effet, deux sortes d'éducation; l'une physique, l'autre morale.
(i) Point de mère qui ne prétende aimer éperduement son fils. Mais par ce mot aimer , si l'on entend s'occuper du bonheur de ce fds , et par conséquent de son instruction , presque aucune qu'on ne puisse accuser d'indifférence. Le degré d'intérêt mis à telle ou telle chose doit toujours se mesurer sur le degré de peine prise pour s'en instruire.