SUR L'AMOUR DE L ETUDE
Où les jeux de l'amour consacrent leur faiblesse.
Tel (i) parait au dehors ce mont audacieux
Qui roule le tonnerre dans ses flancs caverneux.
Un phosphore pétri de soufre et de bitume
Par le souffle des vents avec fureur s'allume :
Ce feu, d'autant plus vif qu'il est plus comprimé,
Dévore la prison qui le tient enfermé.
Sois le plaisir des yeux (2) , el l'ivresse de l'âme,
Doris, porte la joie, où tu portes la flamme;
Vois l'Amour à tes pieds , vois naître ses désirs :
Sur ton sein, sur ta bouche, il cueille ses plaisirs;
Ton orgued est flatté du tribut de ses larmes :
Règne sur les mortels; tes titres sont tes charmes;
Embellis l'univers d'un seul de tes regards;
Un souris de Vénus fit éclore les arts (3).
Amour (4) ! ô toi qui meurs le jour qui t'a vu naître (5) !
O toi qui pourrais seul déifier notre être (6) !
Etincelle ravie à la divinité;
Image de l'excès de sa félicité;
Le plus bel attribut de l'essence suprême;
Amour! enivre l'homme et l'arrache (7) à lui-même.
Tes plaisirs sont (8) les biens les seuls à désirer,
Si tes heureux transports pouvaient toujours durer ;
Mais sont-ils échappés, en vain on les rappelle;
Le désir fuit, s'envole, et l'Amour sur son aile.
C'est en vain qu'un instant sa faveur nous séduit :
(1) Déclamation sans but. C'est le plus grand des défauts. (a) Il manque un vers.
(3) Qu'est-ce que les arts ont à faire là? Tout ce morceau est décousu. JEgri somnia.
(4) Comment? encor un apostrophe, point d'autre figure, point d'autre transition ?. . . le fouet.
(5-6) Ce n'est point en mourant si vite qu'il ressemble à la divinité : contradiction intolérable dans de très-baux vers mal amenez.
(7) Ce mot arracher ne signifie point transporter hors de soymême , il donne l'idée de la souffrance et non l'idée du plaisir.
(8) Sont. Il faut seraient ; mais il ne faut rien dire de cela , mais pviter cette déclamation mille fois rebatue
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Le transport l'accompagne, et le vide le suit.
Doris (i), à ton amant prodigue ta tendresse :
Prolonge, si tu peux, le temps de son ivresse.
L'ennui va te saisir au sortir de ses bras;
Tu cherches le bonheur (2) et ne le connais pas.
Ce dieu (3) que tu poursuis, recueilli dans lui-même,
IVe va point au dehors chercher le bien suprême;
Il commande à ses vœux; il fuit également
Et l'agitation et l'assoupissement.
Ami des voluptés, sans en être l'esclave,
Il goûte leur faveur (4), et brise leur entrave;
Il jouit des plaisirs, et les perd sans douleurs.
VoisDaphné (5), dans nos champs, se couronner de fleurs:
Elle aime à se parer d'une rose nouvelle;
Ne s'en trouve-t-il point (6), Daphné n'est pas moins belle.
D'un œil indifférent le tranquille Bonheur (7)
Voit l'aveugle mortel esclave de l'erreur,
Courir au précipice en cherchant sa demeure;
Ivre de passion (8), l'invoquer à toute heure;
Voler incessamment de désirs en désirs,
Et passer tour à tour des douleurs aux plaisirs;
Et tantôt il le voit, constamment misérable,
Gémir sous le fardeau de l'ennui qui l'accable.
(1) Encor apostrophe sans transition ! est-il possible?
(2) Chercher le bonheur et ne le pas connaître , ne sont pas deux idées assez oposées. C'est parce qu'on ne le conait pas bien qu'on le cherche. On cherche tous les jours un inconnu.
(3) Ce dieu. On n'a jamais dit que le bonheur fût un dieu. Cette hardiesse , suportable dans une ode , n'est pas convenable à une êpître 5 il faut à chaque genre son stile.
(4) Faveur n'est pas bien en opposition avec entrave. On ne dit point entrave au singulier. t
(5) Eh bien , autre apostrophe sans liaison ! Ah !
(6) IVe s'en Ivouve-t-il point. Le stile de l'épître, tout familier qu'il est , n'admet point ces tours trop commis : on dit sans s'avilir les plus petites choses.
(7) Le bonheur est là perso ni fié ab abrupto , sans aucun adoucissement. Ce sont des images incohérentes.
(8) Ivre de passion ; l'invoquer ; il semble qu'on invoque sapas-
sur l'amour de l'étude. i55
Etude (i), en tous les temps prête-moi ton secours ! Ami de la vertu, bonheur de tous les jours, Aliment de l'esprit, trop (2) heureuse habitude, Venge-moi de l'Amour, brise ma servitude; Allume dans mon cœur un plus noble désir , Et viens en mon printemps m'arracher au plaisir. Je t'appelle, et déjà ton ardeur me dévore; Tels ces flambeaux éteints, et qui fument encore, A l'approche du feu s'embrasent de nouveau. Leur flamme se ranime, et son jour (5) est plus beau. Conserve dans mon cœur le désir qui m'enflamme : Sois mon soutien, ma joie, et l'âme de mon âme. Etude , par toi l'homme est libre dans les fers (4) : Par toi l'homme est heureux au milieu des revers : Avec toi l'homme a tout (5) : le reste est inutile (6) , Et sans loi ce même homme (7) est un roseau fragile (8) , Jouet des passions , victime de l'ennui : C'est un lierre rampant, qui resle sans appui (9).
sion. Et puis chercher sa demeure , courir au précipice , invoquer! lieux comuns mal assortis. Ces 2 pages précédentes devraient être resserrées en vingt vers bien frapez , et ensuitte on viendrait à l'Etude qui est le but de Fépitre.
(i) Étude. Toujours même défaut, toujours un apostrophe qui n'est point amené .
(2) Trop heureuse , terme oiseux. Ce trop est de trop.
(3) On ne dit point tout cru le jour d'un flambau.
(4) Les fers n'y viennent pas. Non erat hic locus. (5-6) S'il a tout , l'émistiche qui suit est inutile.
(7) Ce même homme , faible et traînant.
(8) Rosau fragile , image peu liée avec avoir tout.
(9) Trop de comparaisons entassées. Il ne faut prendre que la fleur d'une idée , il faut fuir le stile de déclamateur. Les vers qui ne disent pas plus , et mieux, et plus vite , que ce que dirait la prose , sont de mauvais vers.
Enfin , il faut venir à une conclusion qui manque à l'ouvrage ; il faut un petit mot à la personne à qui il est adressé. Le milieu a besoin d'être baucoup élagué. Le commencement doit être retouché , et il faut finir par quelques vers qui laissent des traces dans l'esprit du lecteur.
FIN DE l'ePITRE SUR L'AMOUR DE i/ÉTUDE.