‹ Œuvres compláetesChapitre 34 sur 45 · CONSÉQUENCES DE LA NÉCESSITÉ · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE LA NÉCESSITÉ

On dit : Si tout est nécessaire , il n'y a plus de vice. Je réponds qu'une chose est bonne ou mauvaise en elle-même , et nullement parce qu'elle est nécessaire ou ne l'est pas. Qu'un homme soit malade parce qu'il le veut , ou qu'il soit malade sans le vouloir, cela ne revient-il pas au même ? Celui qui s'est blessé lui-même à la chasse, n'est-il pas aussi réellement blessé que celui qui a reçu à la guerre un coup de fusil ? Et celui qui est en délire pour avoir trop bu , n'est-il pas aussi réellement fou pendant quelques heures, que celui qui l'est devenu par maladie? Dirat-on que Dieu n'est point parfait , parce qu'il est nécessairement parfait ? Ne faut-il pas dire , au contraire^ qu'il est d'autant plus parfait, qu'il ne peut être imparfait? S'il

n'était pas nécessairement parfait , il pourrait déchoir de sa perfection à laquelle il manquerait un plus haut degré d'excellence, et qui dès-lors ne mériterait plus ce nom. Il en est de même du vice ' plus il est nécessaire, plus il est vice; rien n'est plus vicieux dans le monde que ce qui , par son fond , est incapable d'être bien. Mais , dira quelqu'un , si le vice est une maladie de notre ame , il ne faut donc pas traiter les vicieux autrement que des malades. Sans difficulté ; rien n'est si juste , rien n'est plus humain. Il ne faut pas traiter un scélérat autrement qu'un malade; mais il faut le traiter comme un malade. Or , comment en use-t-on avec un malade ? par exemple, avec un blessé qui a la gangrène dans le bras ? Si on peut sauver le bras sans risquer le corps , on sauve le bras ; mais si on ne peut sauver le bras qu'au péril du corps , on le coupe , n'est-il pas vrai ? Il faut donc en user de même avec un scélérat : si on peut l'épargner sans faire tort à la société dont il est membre , il faut l'épargner; mais si le salut de la société dépend de sa perte , il faut qu'il

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meure ; cela est dans Tordre. Mais Dieu pu^ nira-t-il aussi ce misérable dans l'autre monde , qui a été puni dans celui-ci , et qui n'a vécu d'ailleurs que selon les lois de son être ? Cette question ne regarde pas les philosophes , c'est aux théologiens à la décider. Ah! du moins, continue-t-on , en punissant le criminel qui nuit à la société, vous ne direz pas que c'est un homme faible et méprisable , un homme odieux. Et pourquoi ne le dirais-je pas ? Ne dites-vous pas vous-- ^. même d'un homme qui manque d'esprit , que c'est un sot ? et de celui qui n'a qu'un œil , ne dites-vous pas qu'il est borgne ? Assurément , ce n'est pas leur faute s'ils sont ainsi faits. Gela est tout différent , répondezvous : je dis d'un homme qui manque d'esprit que c'est un sot ; mais je ne le méprise point. Tant mieux ; vous faites fort bien ; car si cet homme qui manque d'esprit a l'ame grande , vous vous tromperiez en disant que c'est un homme méprisable ; mais de celui qui manque en même temps d'esprit et de cœur , vous ne pouvez pas vous tromper en disant qu'il est méprisable , pàtoe que dire

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