‹ Œuvres compláetesChapitre 37 sur 45 · RÉPONSE AUX CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

RÉPONSE AUX CONSÉQUENCES

même son principe. Ainsi il faudrait dire qu'une chose qui a commencé , a pu se donner l'être avant que d'être ; il faudrait dire que cette volonté qui hier n'était point , s'est pourtant donné l'existence qu'elle a aujourd'hui *. effet impossible et contradictoire. Ce que je dis de la volonté, il est aisé de l'appHquer à toute autre chose ; il est , dis-je , aisé de sentir que c'est une loi générale à laquelle est soumise toute la nature. En un mot , je me trompe fort , ou c'est une contradiction de dire qu'une chose est , et qu'elle n'est pas nécessairement. Ce principe est beau et fécond , et je crois qu'on en peut tirer les conséquences les plus lumineuses sur les matières les plus difficiles : mais le malheur veut que les philosophes ne fassent qu'entrevoir la vérité , et qu'il y en ait peu de capables de la mettre dans un beau jour.

Sur la Justice.

La ju&tice est le sentiment d'une a me amoureuse de Tordre , et qui se contente du sien. Elle est le fondement des sociétés ; nulle vertu n'est plus utile au genre humain;

DE LA NÉCESSITÉ. 33g

Bulle n'est consacrée à meilleur litre. Le potier ne doit rien à Fargile qu'il a pétri , dit saint Paul ; Dieu ne peut être injuste. Cela est visible ; mais nous en concluons qu'il est donc juste , et nous nous étonnons qu'il juge tous les hommes par la même loi, quoiqu'il ne donne pas à tous la même grâce; et quand on nous démontre que celle conduite est formellement opposée aux principes de l'équité , nous disons que la justice divine n'est point semblable à la justice humaine: qu'on définisse donc celte justice contraire à la notre. Il n'est pas raisonnable d'attacher deux idées différentes au même terme , pour lui donner tantôt un sens , tantôt un autre , selon nos besoins ; et il faudrait oter toute équivoque sur une matière de cette importance.

Sur la Proifidence.

Les inondations ou la sécheresse font périr les fruits ; le froid excessif dépeuple la terre des animaux qui n'ont point d'abri ; les maladies épidémiques ravagent en tou» lieux l'espèce humaine et changent de vasiei^

34o RÉPONSE AUX CONSÉQUENCES

royaumes en déserts ; les hommes se détruisent eux-mêmes parles guerres , et le faible est la proie du fort. Celui qui ne possède rien , s'il ne peut travailler , qu'il meure ; c'est la loi du sort ; il diminue et s'évanouit à la face du soleil , délaissé de toute la terre. Les bêtes se dévorent aussi entre elles : le loup , l'épervier , le faucon, si les animaux, plus faibles leur échappent , périssent euxmêmes : rivaux de la barbare cruauté des hommes, ils se partagent ses restes sanglants, et ne vivent que de carnage. O terre ! 6 terre ! lu n'es qu'un tombeau et un champ couvert de dépouilles; tu n'enfantes que pour la mort. Qui t'a donné l'être ? Ton ame paraît endormie dans ses fers. Qui préside à tes mouvements ? Te faut-il admirer dans ta constante et invariable imperfection ? Ainsi s'exhale le chagrin d'un philosophe qui ne connaît que la raison et la nature sans révélation.

Sur Vëconomie de Vunwers,

Tout ce qui a l'être a un ordre , c'est-àdire une certaine manière d'exister qui lui est aussi essentielle que son être même ; pé-

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