PENSÉES DIVERSES
C'est un mauvais parti pour une femme que d'être coquette. Il est rare que celles de ce caractère allument de grandes passions , et ce n'est pas à cause qu'elles sont légères, comme on croit communément, mais parce que personne ne veut être dupe. La vertu nous fait mépriser la fausseté , et l'amourpropre nous la fait haïr.
Est-ce force dans les hommes d'avoir des passions, ou insuffisance et faiblesse? Est-ce grandeur d'être exempt de passion, ou mé-
ET MAXIMES. gS
diocrité de génie ? Ou tout est-il mêlé de faiblesse et de force , de grandeur et de petitesse ?
Qui est plus nécessaire au maintien d'une société d'hommes faibles , et que leur faiblesse a unis , la douceur ou l'austérité ? Il faut employer l'une et l'autre. Que la loi soit sévère , et les hommes indulgents.
La sévérité dans les lois est humanité pour les peuples. Dans les hommes elle est la marque d'Un génie étroit et cruel. Il n'y a que la nécessité qui puisse la rendre innocente.
Le projet de rapprocher les conditions a toujours été un beau songe : la loi ne saurait égaler ' les hommes malgré la nature ^.
' La loi ne saurait égaler les hommes , pour les rendre égaux . Il ï^wt égaliser. S.
* Suivant rarticle III des droits de l'homme dans la Constitution française de 1795, l'égalité consiste en ce que la loi est la rnéme pour tous ;
S'il n y avait de domination légitime que celle qui s'exerce avec justice , nous ne devrions rien aux mauvais rois.
Comptez rarement sur Festime et sur la confiance d'un homme qui entre dans tous vos mtérêts , s'il ne vous parle aussitôt des siens .
Nous haïssons les dévots qui fotit profession de mépriser tout ce dont nous nous pi-
soit qu'elle protège, soit qiCelle punisse, elle n'admet aucune distinction de naissance , aucune hérédité de pouvoirs ; mais l'article V dit que la propriété est le droit de jouir et de disposer de ses biens , de ses reuenus , du fruit de son traitait et de son industrie. Ces deux droits ne sontpas toujours faciles à concilier, etPhommc ne sans propriété et sans industrie se croira difficilement régal du riche héritier et de l'homme industrieux, même aux yeux de la loi, puisqu'elle est chargée de protéger la propriété et l'industrie.
( Cette note est de M. de Fortia. )
qiions , et se piquent souvent eux-mêmes de choses encore plus méprisables ' .
C'est par la conviction manifeste de notre incapacité ^ , que le hasard dispose si universellement et si absolument de tout. Il n'y a rien de plus rare dans le monde que les grands talents et que le mérite des emplois : la fortune est plus partiale qu'elle n'est injuste.
' Ce que Vauvenargues dit ici des déi^ots , il le dit d'une manière plus générale au n^. 241. B,
^ Cest par la cqnuiction manifeste de notre incapacité que le hasard dispose y etc. Cette pensée est obscure ; l'auteur veut dire, je crois, que c'est la conviction que nous awons de notre incapacité, qui nous fait abandonner tant de choses au hasard. Il n'y a rien de plus rare dans le monde, dit-il ensuite , que les grands talents et que le mérite des emplois : le mérite des emplois est une ellipse forcée. L'auteur ajoute : La fortune est plus partiale qu^elle n'est injuste , c'est-à-dire qu'entre des concurrents sans moyens, elle n'est pas injuste en refusant un emploi à tel qni ne le mérite pas, mais partiale en l'accordant à tel autre qui tie le mérite pas davantaf:;e. S.
Le mystère dont on enveloppe ses desseins , marque quelquefois plus de faiblesse que l'indiscrétion , et souvent nous fait plus de tort.
Ceux qui font des métiers infâmes, comme les voleurs , les femmes perdues , s'honorent de leurs crimes , et regardent les honnêtes gens comme des dupes. La plupart des hommes^ dans le fond du cœur, méprisent la vertu , peu la gloire.
La Fontaine était persuadé ' , comme il le
La Fontaine était persuadé , etc. On ne voit pas quelle est la liaison des deux parties de cette maxime , ce qui la rend très-obscure. En disant que jamais do véritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner des fables, veutil dire que c'est un art d'instinct , d'inspiration ? Mais cela pourrait se dire de beaucoup d'autres genres de talents poétiques. Faut-S le prendre dans un sens défavorable ? On a peine à le concevoir d'après les éloges qu'il donne à La Fontaine dans SCS Fragments sur les poètes. On voit plus
ET MAXIMES. gg
dit , que l'apologue était un art divin. Jamais peut-être de véritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner des fables. 35i.
Une mauvaise préface allonge considérablement un mauvais livre ; mais ce qui est bien pensé est bien pensé , et ce qui est bien écrit est bien écrit.
Ce sont les ouvrages médiocres qu'il faut abréger. Je n'ai jamais vu de préface ennuyeuse à la tête d'un bon livre.
Toute hauteur ' affectée est puérile ; si elle se fonde sur des titres supposés, elle est
vivement encore , dans ses Lettres a P^oltaire , Padmiration que lui inspirait le talent de La Fontaine, qu'il a même défendu contre Voltaire- Au reste, cette maxime est du nombre de celles qu'il avait retranchées dans la seconde édition ^ et il voulait probablement la supprimer ou l'éclaircir. S.
' Toute hauteur, etc. Je crois qu'org'Mei/ est ici le mot propre. Hauteur, pris h. l'absolu , ne peut s"'cntendre dans un sens favorable. S.
ÏOO RÉFLEXIONS
ridicule ; et si ces titres sont frivoles , elle est basse : le caractère de la vraie hauteur est d'être toujours à sa place.
Nous n'attendons pas d'un malade qu'il ait l'enjoument de la santé et la même force de corps ; s'il conserve même sa raison jusqu'à la fin , nous nous en étonnons ; et s'il fait paraître quelque fermeté , nous disons qu'il y a de l'affectation dans cette mort , tant cela est rare et difficile. Cependant s'il arrive qu'un autre homme démente en mou- 1 ant , ou la fermeté , ou les principes qu'il a professés pendant sa vie ; si dans l'état du monde le plus faible , il donne quelque marque de faiblesse 6 aveugle malice de
l'esprit humain ! il n'y a pas de contradictions si manifestes que l'envie n'assemble pour nuire.
On n'est pas appelé à la conduite des
grandes affaires , ni aux sciences , ni aux
beaux-arts , ni à la vertu , quand on n'aime
pas ces choses pour elles-mêmes , indépen-
ET MAXIMES. lOl
<ianîment de la considération qu'elles attirent. On les cultiverait donc inutilement dans ces dispositions : ni Fesprit , ni la vanité, ne peuvent donner le génie.
Il y a peu de passions constantes ; il y en a beaucoup de sincères ; cela a toujours été ainsi : mais les hommes se piquent d'être constants ou indifférents , selon la mode , qui excède toujours la nature.
Les femmes ne peuvent comprendre qu'il y ait des hommes désintéressés à leur égard.
Il n'est pas libre à un homme qui vit dans le monde, de n'être pas galant.
Quels que soient ordinairement les avantages de la jeunesse , un jeune homme n'est pas bien venu auprès des femmes jusqu'à ce qu'elles en aient fait un fat.
Il est plaisant qu'on ait fait une loi de la
pudeur aux femmes , qui n'estiment dans les hommes que l'effronterie.
On ne loue point une femme ni un auteur médiocre , comme eux-mêmes se louent.
Une femme qui croit se bien mettre , ne soupçonne pas , dit un auteur , que son ajustement deviendra un jour aussi ridicule" que la coiffure de Catherine de Médicis. Toutes les modes dont nous sommes prévenus, vieilliront peut-être avant nous , et même le bon ton.
Il y a peu de choses que nous sachions bien.
Si on n'écrit point parce qu'on pense , il est inutile de penser pour écrire.
Tout ce qu'on n'a pensé que pour les autres est ordinairement peu naturel.
La clarté est la bonne foi des philosophes.
ET MAXIMES. Io3
La netteté est le vernis des maîtres.
La netteté épargne les longueurs , et sert de preuves aux idées \
La marque d'une expression propre , est que , même dans les équivoques , on ne puisse lui donner qu'un sens.
Il semble que la raison , qui se communique aisément et se perfectionne quelquefois , devrait perdre d'autant plus vite tout son lustre et le mérite de la nouveauté : cependant les ouvrages des grands hommes, copiés avec tant de soin par d'autres mains , conservent , malgré le temps , un caractère toujours original ; car il n'appartient pas aux autres hommes de concevoir et d'exprimer aussi parfaitement les choses qu'ils savent le mieux. C'est cette manière de concevoir , si vive et si parfaite , qui distingue dans tous les genres le génie , et qui fait que les idées
' Sert de preuves. Il faut de preuve. M.
îo4 RÉFLEXIONS
les plus simples et les plus connues ne peuvent vieillir.
Les grands philosophes sont les génies de la raison.
Pour savoir si une pensée est nouvelle , il n'y a qu'à l'exprimer bien simplement.
Il y a peu de pensées synonymes , mais beaucoup d'approchantes.
Lorsqu'un bon esprit ne voit pas qu'une pensée puisse être utile , il y a grande apparence qu'elle est fausse.
Nous recevons de grandes louanges avant d'en mériter de raisonnables. »
Les feux de l'aurore ne sont pas si doux que les premiers regards de la gloire.
Les réputations mal acquises se changent eu mépris.
ET MAXIMES. Io5
L'espérance est le plus utile ou le plus pernicieux des biens.
L'adversité fait beaucoup de coupables et d'imprudents.
La raison est presque impuissante pour les faibles.
Le courage est la lumière de l'adversité.
L'erreur est la nuit des esprits , et le piège de l'innocence.
Les demi-philosophes ne louent l'erreur que pour faire les honneurs de la vérité.
C'est être bien impertinent de vouloir faire croiie qu'on n'a pas assez d'erreurs pour être heureux.
Io6 RÉFLEXIONS
Celui qui souhaiterait sérieusement des illusions aurait au-delà de ses vœux.
Les corps politiques ont leurs défauts inévitables , comme les divers âges de la vie humaine. Qui peut garantir la vieillesse des infirmités , hors la mort ?
La sagesse est le tyran des faibles. •
Les regards affables ornent le visage des rois.
La licence étend toutes les vertus et tous les vices.
La paix rend les peuples plus heureux et les hommes plus faibles.
Le premier soupir de l'enfance est pour la liberté.
La liberté est incompatible avec la faiblesse.
L'indolence est le sommeil des esprits.
Les passions plus vives sont celles dont Tobjet est plus prochain ' , comme dans le jeu et l'amour, etc.
Lorsque la beauté règne sur les yeux , il est probable qu'elle règne encore ailleurs.
Tous les sujets de la beauté ne connaissent pas leur souveraine.
^ Les passions plus vwes sont celles dont l'objet est plus prochain. Il faut dire les plus vitres et le plus prochain. L'auteur tombe souvent dans cette faute , d'employer les comparatifs sans objet de comparaison. B.
Si les faiblesses de Tamour sont pardonnables , c est principalement aux femmes qui régnent par lui.
Notre intempérance loue les plaisirs.
La constance est la chimère de Famour.
4oo.
Les hommes simples et vertueux mêlent de la délicatesse et de la probité jusque dans leurs plaisirs.
Ceux qui ne sont plus en état de plaire aux femmes s'en corrigent.
Les premiers jours du printemps ont moins de grâce que la vertu naissante d'un jeune homme.
L utilité de la vertu est si manifeste , que les méchants la pratiquent par intérêt.
ET MAXIMES. î 09
Rien n'est si utile que la réputation , et rien ne donne la réputation si sûrement que le mérite.
La gloire est la preuve de la vertu.
L'a trop grande économie fait plus de dupes que la profusion.
La profusion avilit ceux qu'elle n'illustre pas.
Si un homme obéré et sans enfants se fait quelques rentes viagères , et jouit par cette conduite des commodités de la vie , nous disons que c'est un fou qui a mangé son bien.
Les sots admirent qu'un homme à talents ne soit pas une bête sur ses intérêts.
La libéralité et l'amour des lettres ne 2. 10
IIO REFLEXIONS
ruinent personne ; mais les esclaves de la fortune trouvent toujours la vertu trop achetée.
On fait bon marché d'une médaille lorsqu'on n'est pas curieux d'antiquités : ainsi ceux qui n'ont pas de sentiments pour le mérite , ne tiennent presque pas de compte des plus grands talents.
Le grand avantage des talents paraît , en ce que la fortune sans mérite est presque inutile.
On tente d'ordinaire sa fortune • par des talents qu'on n'a pas.
Il vaut mieux déroger à sa qualité qu'à son génie. Ce serait être fou de conserver un état médiocre au prix d'une grande fortune ou de la gloire.
' On tente cfonlinaire sa fortune. Il faut dire tenter fortune ou tenter défaire sa fortune. ^l.
Il n'y a pas de vice qui ne soit nuisible , dénué d'esprit ' .
J'ai cherché s'il n'y avait point de moyen
<ie faire sa fortune sans mérite , et je n'en
ai trouvé aucun.
4>7- Moins on veut mériter sa fortune , plus il
faut se donner de peine pour la faire.
Les beaux esprits ont une place dans la
bonne compagnie , mais la dernière.
Les sots usent des gens d'esprit , comme
les petits hommes portent de grands talons.
Il y a des hommes dont il vaut mieux se
taire , que de les louer selon leur mérite ^ .
' Il n'y a pas de vice qui ne soit nuisible , dénué d'esprit. Ce n'est pas le vice qui est dénue d'esprit, mais celui qui l'a et à qui il esl nuisible. Cette tournure paraît vicieuse. Vauvenargues a dit ailleurs que le vice ne pouvait jamais paraître utile k un esprit bien organisé. S.
' H y a des hommes dont il vaut mieux se
112 BEFLEXIONS
Il ne faut pas tenter de contenter les envieux.
L'avarice ne s'assouvit pas par les richesses , ni rintempérance par la volupté , ni la paresse par Toisiveté , ni Fambition par la fortune : mais si la vertu même et si la gloire ne nous rendent heureux , ce que Ton appelle bonheur vaut-il nos regrets ' ?
taire que de les louer selon leur mérite. C'està-dire , je crois, qu'il y a des gens dont le mérite est dans un genre si frivole et si mise'rable , que les louer selon leur mérite serait les rendre ridicules. S.
' On trouva dans le cabinet d'Abdérame , Abdalrahman , ou Abdoubraman III , calife de Cordoue , après sa mort, arrivée le 17 octobre 961 de l'ère chrétienne, suivant l'art de vérifier les dates, un écrit de sa main ainsi conçu :
« J'ai régné plus de cinquante ans , et le règne (( a été paisible ou victorieux j j'étais chéri de « mes sujets, redouté de mes ennemis, et reste pecté par mes alliés. La richesse et les honneurs, « la puissance et le plaisir accouraient à ma voix ;
ET MAXIMES. I l3
Il y a plus de faiblesse que de raison à être humilié de ce qui nous manque, et c'est la source de toute faiblesse.
Le mépris de notre nature est une erreur de notre raison.
Un peu de café après le repas fait qu'on s'estime. Il ne faut aussi quelquefois qu'une petite plaisanterie pour abattre une grande présomption.
On oblige les jeunes gens à user de leurs
« et il semble que rien n'a dû manquer à mon « bonheur. Dans cette situation heureuse en apte parence, j'ai compte' avec soin les journe'es de (( ve'ritable bonheur qui ont e'te' mon partage ;
«. elles se montent à quatorze Mortel, qui
(( que tu sois , ne compte pas sur le bonheur de « ce monde. »
Voyez Gibbon , Histoire de la décadence de VEmpire romain , chap. LU; cet auteur intéressant parle sur ce sujet d'une manière trcsscnsee. ( lYote de M. de Fortia. )
Il4 RÉFLEXIONS
biens , comme s'il était sûr qu'ils dussent vieillir.
A mesure que Tâge multiplie les besoins <le la nature , il réserve ceux de Timagination \
Tout le monde empiète sur un malade , prêtres , médecins , domestiques , étrangers, amis ; et il n'y a pas jusqu'à sa garde qui ne se croie en droit de le gouverner.
Quand on devient vieux , il faut se parer.
L'avarice annonce le déclin de l'âge et la fuite précipitée des plaisirs .
L'avarice est la dernière et la plus absolue de nos passions.
* // réserve ceux de Viniaginaùon. Réseive n-est pas , je crois , le mot propre. 11 faut diniinue. S.
ET MAXIMES. IlD
Personne ne peut mieux prétendre aux ^landes places que ceux qui en ont les talents.
Les plus grands ministres ont été ceux que la fortune avait placés plus loin du ministère.
La science des projets consiste à prévenir les difficultés de l'exécution.
La timidité dans l'exécution fait échouer les entreprises téméraires.
Le plus gland de tous les projets est celui de prendre un parti.
On promet beaucoup pour se dispenser de donner peu.
L'intérêt et la paresse anéantissent les promesses quelquefois sincères de la vanité.
Il6 RÉFLEXIONS
Il lie faut pas trop craindre d'être dupe.
La patience obtient quelquefois des hommes ce qu'ils n'ont jamais eu intention d'accorder. L'occasion peut même obliger les plus trompeurs à effectuer de fausses promesses.
Les dons intéressés sont importuns.
S'il était possible de donner sans perdre, il se trouverait encore des hommes inaccessibles.
L'impie endurci dit à Dieu : Pourquoi astu fait des misérables ' ?
Les avares ne se piquent pas ordinairement de beaucoup de choses.
' C'est demander h Dieu pourquoi il a fait des hommes 5 car s'il y avait seulement' deux êtres parfaitement heureux , il y aurait deux dieux, ce
La folie de ceux qui vont à leurs fins est de se croire habiles.
La raillerie est Tépreuve de l'amourpropre.
La gaîté est la mère des saillies.
Les sentences sont les saillies des philosophes.
Les hommes pesants sont opiniâtres.
Nos idées sont plus imparfaites que la langue.
La langue et Fesprit ont leurs bornes. La vérité est inépuisable.
La nature a donné aux hommes des ta-
qui impliquerait contradiction. Puisqu'il existe des elres qui ne sont pas des dieux, il doit exister des mallieureux. ( Wote de M. de Fortia, )
Il8 RÉFLEXIONS
lents divers. Les uns naissent pour inventer, et les autres pour embellir ; mais le doreur attire plus de regards que Farchitecte.
Un peu de bon sens ferait évanouir beaucoup d'esprit.
Le caractère du faux esprit est de ne paraître qu'aux dépens de la raison.
On est d'autant moins raisonnable sans justesse, qu'on a plus d'esprit'.
L'esprit a besoin d*être occupé : et c'est une raison de parler beaucoup , que de penser peu. I
Quand on ne sait pas s'entretenir et s'anmser soi-même , on veut entretenir et amuser les autres.
Vous trouverez fort peu de paresseux que
' C'est-à-dire que lorsqu'on n'a point de jugement, plus on a d'esprit et plus on déraisonne.
Toisiveté n'incommode ; et si vous entrez clans un café , vous verrez qu'on y joue aux dames.
Les paresseux ont toujours envie de faire
quelque chose.
La raison ne doit pas régler, mais suppléer la vertu.
Nous jugeons de la vie d'une manière trop désintéressée , quand nous sommes forcés de la quitter.
Socrate savait moins que Bayle > : il y a peu de sciences utiles.
* L'auteur veut dire que Socrate était plus sage , et Bayle plus savant. La vie de ces deux hommes a été si différente , qu'elle ne peut guère être mise eri opposition , et il fallait un fait plus évident pour prouver qu'il y a peu de sciences utiles. Sans doute celui qui n'est que savant , et qui reste enfermé dans son cabinet, sans instruire ses semblables par un ouvrage véritablement utile, ne vaut pas l'homme vertueux qui a lu peu de livres , mais qui a consacre sa vie b.
'^^ RÉFLEXIOIVS
Aidons-nous des mauvais motifs , pour nous fortifier dans les bons desseins.
Les conseils faciles à pratiquer sont les plus utiles.
Conseiller, c'est donner aux hommes des motifs d'agir qu'ils ignorent.
C'est être injuste d'exiger des autres qu'ils lassent pour nous ce qu'ils ne veulent pas fane pour eux-mêmes.
Nous nous défions de la conduite des meilleurs esprits , et nous ne nous défions pas de nos conseils.
faire du bien à ses' semblables. Si cette vérité est celle que l'auteur a voulu prouver par cette maxime , elle n'avait besoin que d'être énoncée -, niais il semble que Vauvenargues avait une sorte d'animosité contre Bayle.
( IVote de M. de Fortia. )
L'âge peut-il donner le droit de gouverner la raison ?
Nous croyons avoir droit de rendre un homme heureux à ses dépens , et nous ne voulons pas qu'il Tait lui-même.
Si un homme est souvent malade , et qu'ayant mangé une cerise il soit enrhumé le lendemain , on ne manque pas de lui dire , pour le consoler, que c'est sa faute.
Il y a plus de sévérité que de justice.
La hbéralité de l'indigent est nommée prodigalité.
Il faudrait qu'on nous pardonnât au moins les fautes qui n'en seraient pas sans nos malheurs '.
// faudrait qu'on nous pardonnât au moins les fautes qui n'en seraient pas sans nos mal-