‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 10 sur 208 · NOT PR PE · texte numérisé non relu

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66 MÉDITATIONS SUR L'AUMILITÉ

se trouve à la fin de la {"° partie du Royaume de Jésus, Sxxv°. L'autre, que l’on trouvera plus loin, est desti= née spécialement aux membres de ses Instituts. Ses prêtres la disent chaque matin, à la fin des prières qui suivent l'oraison. Le semainier la prononce « hautement et dévotement, pendant que toute la communauté, humblement prosternée », doit se donner de tout son cœur à Notre-Seigneur pour vorter l'effet des paroles qui se disent; et entrer dans son esprit d'humilité'. »

Mais ce n'était pas assez de réciter cette formule ; il voulait qu'on en fit l'objet de ses fréquentes méditations. C’est ce qu'ilrecommandait à ses filles dans leurs Constitutions : « Elles considéreront souvent que d’elles-mêmes ellesne sont rien, ne peuvent rien, nesavent rien, ne valentrien, et que leur partage c’est lenéant, le péché, lire de Dieu et les peines éternelles ; et par conséquent qu'elles sont infiniment indignes d'être dans la maison de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère? ». Et souvent, en leur parlant de cettes profession d’humilité, il la leur donnait plaisamment comme un précieux miroir où elles pourraient se contempler sans vanité, les engageant à en faire un fréquent usage.

Il disait également à ses prêtres, dans l’un deses entretiens spirituels: « Si les personnes du monde, soucieuses de leur beauté corporelle, ont soin de se regarder dans une glace tous les:matins et mêmé plusieurs fois le jour, pour effacer les taches qui peuvent leur survenir ; à plus forte raison est-il juste que les serviteurs de Dieu, qui doivent encore» moins négliger la perfection de leur âme, examinent souvent, à l’aide de ce miroir spirituel, si quelque

*Manuel de la Congr. Partie 1° p.15. — Constil. part. V, Ch. 4 n° 16. > Constit. XXI.

u INTRODUCTION 67 orgueil secret et quelque estime d'eux-mêmes n'est pas venu y faire tachet. » Et dans les Constitutions, il leur fait à leur tour la recommandation Suivante : « Chacun considérera souvent qu'il n'a “de lui-même que pauvreté, qu'ignorance, que ténèbres, qu'aveuglement, que faiblesse, que fragilité, qu'incapacité et indignité à tout bien ; que dispôst tion et ouverture à toute sorte de mal, que péché, que perdition et qu'un abime de toutes sortes de misères et de malédictions ; et par conséquent qu'il à un besoin infini, une indigence inconcevable et une nécessité indicible, en toutes ses actions et en {outes rencontres, de la rite et conduite de Dieu, de sa grâce et de son secours, sans lequel il n’est rien, äl n’a rien, il ne sait rien, il ne peut rien, sinon se pré- \cipiter dans un gouffre d’une infinité de malheurs?. » C’est afin de faciliter à tous ce travail, que le Vén. P. Eudes se décida à expliquer lui-même la profes- | sion d'humilité dans une suite de méditations qui font l’objet de cet opuscule.

n En 1662, il les incorpora au Royaume de Jésus et les fit approuver, avec le reste de son livre, par les’ “docteurs Blouet de Than, Pignay et Grandin. En 1666, le docteur Vérel* en donna au P. Eudes une ‘approbation spéciale qui porte également sur les | Entretiens intérieurs. Les Méditations sur l'humilité forment, avec les Entretiens, la huitième partie du Royaume de Jésus ; mais elles n'ont aucun rapport avec l'idée mère du livre, et c'est ce qui nous à décidé à les en détacher.

1Hérambourg, Veréus du P.Eudes, ch. 31.

? Constitulions. Part. V. Ch. 1

3Le docteur Vérel fut professeur de philosophie à la faculté de théologie de Caen. En 1655, lorsque les Religieuses de Notre-Dame de Charité eurent à choisir un supérieur autre que le P. Eudes, elles demandèrent M. Vérel. Cf. Costil, Annales, 11, p. 37, 282 ; ou Les Origines de Nolre-Dame de Charité, p. 64.

Du reste le pieux auteur lui-même les édita part dès 1663, et depuis lors à plusieurs reprises Nous en avons maintes preuves. Dans une déposition canonique relative aux écrits du Vénérable, faite àl Redon le 15 juin 1875, le R. P. Paignon déclare pos= séder « un exemplaire d’un petit opuscule sur l'hu* milité, publié en 1663, le même qui se trouve re produit dans la Vie et Royaume de Jésus de 1670 el 1695, où il forme la 8° partie’ ». Il ne dit pas si les Entretiens S'y trouvent à la suite des Méditations 4

et nous ignorons ce qu'est devenu ce petit volumes

A la bibliothèque municipale de Valognes, il y deux exemplaires de cet opuscule imprimé séparé ment : l’un, daté de 1666, est suivi des Enrtretie intérieurs ; l'autre, qui est sans date, n'a pas cett seconde partie. ; |

On conserve aussi, aux Archives de la CongrégaA tion de Jésus et Marie, un exemplaire de ces Médis tations séparées. Malheureusement la première pag manque, et dès lors il est impossible d'en connaîtré la date exacte.

Enfin, dans les réponses faites à l'enquête sur les écrits du P. Eudes en 1874, on signale une autre édi tion de cet opuscule « publiée en 1698, à Caen chez Guillaume-Richard Poisson, avec les séro il tions des Docteurs Grandin, et Vérel? »

En 1848, les religieuses de Noire Dane de Charit du Monastère de Tours, rééditèrent ce petit volum chez Mame, sous Je titre de Nouveau Livre d'or. Elle eurent l'heureuse idée d'en respecter « le vieu style, pour ne pas en altérer la pieuse simplicité » mais à l'orthographe ancienne elles substituèren l'orthographe moderne. (Ce sont les deux règles qu

de ia Congrégation.

1 Extrait d'une copie de cette déposition, conservée aux Archiv Lettre conservée aux Archives de la Congrégation. L

nous suivons, nous aussi, dans la présente édition.) Cet opuscule ainsi réédité, fut imprimé de nouveau en 1851, 1856, 1863..., et on le trouve encore au- : + Rue jourd’hui sur les catalogues de la librairie Mame.

Les écrivains qui ont parlé des Méditations sur l'humilité sont unanimes à en admirer la profondeur.

« Je ne sais, dit le P. Costil, en parlant du P. Eudes, si dans le XVII: siècle, il y a eu un homme qui ait fait de plus grandes découvertes dans la connaissance de notre basesse et de notre néant. Les Méditations qu'il a faites sur la profession d’humilité que nous récitons chaque matin à la fin de l’oraison, en seront une preuve éternelle !. »

« Le P. Eudes, dit le P. Hérambourg, croyait l’humilité si nécessaire à toutle monde pour être sauvé, qu'il en faisait souvent le sujet de ses prédications. Il donna même sur cette vertu au public plusieurs Méditations pleines d’une onction divine. On y sent qu’il a pénétré tellement le fond du néant et de la misère de l’homme, qu’il semble qu'elle lui ait été entièrement découverte. Tel est le témoignage qu'en ont rendu plusieurs personnes savantes et spirituelles, qui déclarent qu'il est impossible de réfléchir un peu sur ce qu’il en dit, sans se sentir pénétré du désir de pratiquer solidement cette vertu. C'est un champ sacré où les fidèles ont trouvé le précieux trésor de la connaissance d’eux-mêmes, et dont on voit aujourd'hui les fruits dans une infinité d'âmes?. »

Enfin en approuvant la réimpression de ces Méditations en 1848, l'Evèque de Nevers s’exprimait en ces termes : « Nous avons lu attentivement un ma-

1 Costil, Annales, I, p. 400.

* Iérambourg, Vertus du P. Eudes p. 501.

nuscrit ayant pour titre: Méditations sur l'humilité, par le P. Eudes. Nous l'avons trouvé singulièrement pieux, substantiel, tout rempli de lesprit de Dieu et de la sève des divines Ecritures. »

Ces Méditations sont donc véritablement un «livre d'or », surtout pour les enfants du P. Eudes qui y trouvent longuement développée l'explication des ensei ghemenis que le Vénérable leur a- laissés sur l'ai soit dans leurs Constitutions‘, soit dans ses lettres de direction® et ses ouvrages de piété.

! Cf. Constitutions de la Congrégation de Jésus et Marie, P. x, ch4d'et2. £

* Voir dans Martine, Vie du P. Eudes, Il, p. 472, les recommandations du P. Eudes aux Religieuses de Notre-Dame de Charité. « Voir aussi dans Ory, Les Or igines de Notre-Dame de Charité, p. 55 et 61, les avis qu'il adressait à sa nièce, sœur Marie de la Nativité, et à la mère Patin.

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