CHAPITRE SEIZIÈME
qu'on abhorre ses péchés pour l'amour de lui-même, et qu'on a volonté de s'en confesser et corriger. D. — Pour avoir une vraie contrition est-il nécessaire de quitter l’occasion prochaine du péché, de rendre le bien d'autrui quand on le peut, et de se réconcilier avec le prochain ?
R. — Oui, car sans toutes ces conditions. ce n'est pas une vraie, mais fausse contrition, semblable à celle de Judas. ; D. — Comment faut-il faire un acte de contrition ? R. — Il faut premièrement prier Notre-Seigneur qu'il nous donne la grâce de le faire, en cette sorte : « O bon Jésus, je désire avoir une vraie contrition de mes péchés, mais je ne puis sans vous: c'est pourquoi je vous supplie de tout mon cœur, par votre sainte Passion et par les mérites de votre très sainte Mère et de tous les Saints, de m'en donner la grâce. »
D. — Après cela que faut-il faire?
… R. — Il faut se mettre en devoir et tàcher de faire un . acte de contrition en cette sorte :
« O mon Dieu, de tout mon cœur je suis marri de vous avoir offénsé, parce que le péché vous déshonore infiniment, et j ai volonté de m'en confesser et amender. » D. — En une autre manière ? | R. — « O mon Dieu, je veux haïr mes péchés de la même haine que vous leur portez, et j'ai volonté de m'en confesser et de mourir plutôt à l'avenir que de vous offenser. » :
“ D. — En une autre manière ?
R. — « O mon Dieu, je veux détester mes péchés de la mème détestation que vos Anges et vos Saints les détestent, et j'ai volonté de m'en confesser et corriger. » D. — Une autre facon ?
R. — « O mon Jésus, j'ai en horreur mes offenses, parce qu’elles ont été cause de la très cruelle mort que vous avez soufferte, et yai volonté, etc... »
40 i LA VIE DU CHRÉTIEN
D. — Une autre facon ?
R — « O mon Sauveur, quelle douleur et contrition vous avez portéesen votre cœur, en la vue de mes péchés ! Elle a été si violente qu’elle vous a fait suer le sang M en abondance au Jardin des Olives. Faites-moi, s'il vous , plait, participant de cette douleur et contrition. De mon côté, je m'y veux joindre et l'offrir à votre Père éternel
en satisfaction de mes offenses. », j D. — Une autre sorte ? . \ R. — « O mon Jésus, je vous veux dire nee le bon
Larron les mêmes paroles qu'il vous a dites én la croix, » | et je veux vous les dire avec la même contrition etrepentance avec laquelle il les a dites : Seigneur, souvenezvous de moi quand vous serez en votre Royaume. »
D. — Une autre sorte ? ”
R. — « O mon Dieu, je veux frapper ma poitrine avec la même douleur et contrition avec laquelle lepauvre Publicain frappait la sienne, et vous dire avec Jui en cette même contrition : O Dieu, soyez propice à moi pécheur. »
D. — Quand est-ce qu'il faut faire des aies de contrition ? {
R. — Le matin, le soir, quand on va à confesse, et après qu'on est tombé en quelque péché.
D. — Que dites-vous de ceux qui, s ‘assurant trop à la contrition et au bon PEccavi, différent à se pce à l'heure de la mort ?
R. — Pour l'ordinaire ces gens-là meurent comme enragés et désespérés, par un juste jugement de Dieu.
D. — Pourquoi ? À
R. — Parce que, ayant pu avoir la contrition durant leur vie, et ne l'ayant pas voulue, ils la voudraient bien avoir au lit de la mort; mais Dieu ne la leur donne pas, et ainsi ils meurent malheusement ou sans contrition, ou avec une fausse et trompeuse contrition.
D. — Voulez-vous étre du nombre de ces misérables ?\
R. — Je prie Dieu qu'il m'en veuille bien préserver.