‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 171 sur 208 · CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME

— Vous dites fort bien ; car comme Dieu est notre Souverain et notre Père, duquel nous dépendons infiniment et auquel nous appartenons absolument, il n'appartient qu'à lui de nous appeler là où il lui plait, et de choisir la condition qu'il connait nous être convenable pour sa gloire et pour notre salut. C'est pourquoi nous ne devons rien faire en cela, ni en toute autre chose, ame par sa divine volonté.

D. — Quelle est la seconde cause des désordres qui arrivent dans le mariage ?

R. — C'est qu'il y en a peu quiimitent le saint homme

- Tôbie le jeune, qui disait à Dieu : « Seigneur, vous sa- « vez que j'épouse une femme par désir, non point de volupté charnelle, mais seulement d’avoir des en- « fants qui vous bénissent éternellement. » Et sa sainte épouse Sara, qui parlait aussi en cette façon : « Vous « connaissez, Seigneur, que jamais je ne convoitai — « homme, et que j'ai gardé mon âme pure de loute — « concupiscence ; mais j'ai consenti de prendre mari « en votre crainte, et non selon les inclinations de la « chair°?. » 4 Au contraire, il y en a quantité qui, dans le dessein du mariage, n'ont point Dieu devant les yeux, ainsi que dit l’'Ange Raphaël au jeune Tobie ; mais y sont portés plulôt par des motifs de charnalité ou d'avarice, que pour les . intentions pour lesquelles Dieu a établi ce Sacrement. Et ce sont ceux-là, dit le même Ange, sur lesquels le diable » a puissance”; et ce fut la cause pour laquelle Dieu lui

l« Et nunc, Domine, tu scis quia non luxuriæ causa accipio sororem meam conjugem, sed sola posteritatis dilectione, in qua bene- dicatur nomen tuum in sæcula sæculorum. » Tob. VIII, 9.

2« Tu scis, Domine, quia nanquam coneupivi virum, el mundam servayi animam meam ab omni concupiscentia. » Tob. I1I. 16.

3« Hi namque qui conjugium ila suscipiunt, ut Deum a se et a sua mente excludant, et suæ libidini ita vacent, sicut equus et mu- - lus quibus non est intelleclus habet potestatem dæmonium super eos. » Tob. Vi, 17.

permit de tuer lès sept maris qui furent donnés à Sara avant le jeune Tobie.

D — Quelle est la troisième cause des malheurs qui arrivent aux personnes mariées ?

R. — C'est qu'il y en a plusieurs qui se marient, non

seulement sans aucune vocation de Dieu à cet état, mais contre sa volonté directement.

D. — Quisont ceux-là ?

R. — Tous ceux qui se marient ayant fait vœu de chasteté ou de religion ; ou n'ayant pas encore l’âge compétent ; ou dans des degrés de consanguinité ou d'alliance qui sont prohibés ; ou avec des dispenses mal obtenues : ou à des’ hérétiques ; ou avee quelque autre empêchement rendant le mariage nul ‘ou illicite ; ou clandestinement, c’est-à-dire hors de la présence de leur propre Cüré, sans témoins et sans proclamation de bans.

D. — Quelle est la quatrième cause ?

R. — C'est lorsque les parents obligent ou même forcent leurs enfants à se marier contre leur volonté, ou à prendre des partis pour lesquels ils n’ont point d’afteetion, ou qui sont d'âge trop inégal, ou qui sont méchants, ou de religion contraire.

D. — Quelle est la cinquième cause ?

R. — C'est lorsqu on use de quelque moyen illicite et désagréable à Dieu pour parvenir au mariage, comme les filles et femines qui à celte fin s’habillent mondainement, portent la gorge e découverte, se parent avec excès et vanité; et tous ceux et celles qui usent de potions, de charmes et autres superstitions pour la même intention.

D. — Quelle est La sixième cause ?

R. — Ce sont les vanités et mondanités, superfluités et dissolutions qui se passent ordinairement aux fiancailles et aux noces, qui provoquent l’ire de Dieu, parce qu’elles sont contraires à la profession solennelle que

tous les chrétiens ont faite au baptême, de renoncer aux

œuvres et aux pompes de Satan.

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