‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 173 sur 208 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Remèdes à tous les maux précédents, et Moyens pour vivre chrétiennement et saintement dans le mariage.

D. — Jlne faut pas s'étonner s'il arrive tant de désordres dans l'état de mariage ; car en voilà bien des causes qui ne sont que trop vraies et trop communes. Mais quels remèdes à tant de maux, et quels moyens pourrait-on trouver pour vivre chréliennement dans celte condition ?

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+ CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME 459 R. — En voici douze excellents.

D. — Dites le premier. è R. — Auparavant que de s'engager à aucune condi-

tion, il faut se mettre en bon état, s'exercer quelque temps en prières, lectures spirituelles, aumônes, jeünes, mortifications et autres exercices de, piété, invoquer la très sainte Vierge, les Anges et les Saints, et consulter quelques serviteurs de Dieu, pour obtenir-de lui, par tous ces moyens, qu il donne lumière pour connaître sa sainte volonté, et gräce pour l'accomplir.

D. — Dites. le second.

R. — Après qu'on a reconnu, par les moyens précédents. qu'on est appelé de Dieu à la condition du mariage, la principale chose qu'il faut considérer dans le parti qu'on doit choisir, c'est de prendre bien garde à jeter les yeux sur celui avec lequel on peut servir Dieu et faire son salut plus facilement.

D. — Dites le troisième.

R. — C'est, lorsqu'on est résolu d'entrer en cet état, de renoncer fortement aux inclinations charnelles et terrestres de la volupté et de l’avarice, et de protester à Dieu qu'on ne veut se marier que pour les intentions pour lesquelles il a institué le mariage.

D. — Dites.le quatrième.

R. — Retrancher des festins et solemnités qui se font aux fiançailles et aux noces, tous les excès, mondanités et dissolutions ; et faire en sorte qu'il ne se passe rien qui soit contraire à la modestie, prudence et sainteté chrétiennes.

D. — Dites le cinquième.

R. — Durant le temps qu'on est en fiançailles, éviter plus que la peste les moindres choses contraires à la chasteté, et se conserver soigneusement en la crainte et grace de Dieu.

D. — Dites le sixième.

*R. — Avant que de recevoir ce sacrement, se prépa= rer dignement à faire une bonne confession et commu nion Et si d'aventure on n'est pas instruit suffisamment

touchant les choses qu'un chrétien doit savoir et prati” Quer, avoir soin de se faire instruire e par son confesseur

ou pasteur, qui doit avoir un grand soin de ne point permettre qu'aucune des personnes qui sont en sa conduite reçoive ce sacrement, si elle n'a la connaissance

qui est nécessaire des principaux mystères du christia-

nisme, et si elle ne sait le Pater, l'Ave, Je Credo, et les commandements de Dieu et de l'Église, au moins en substance. Car, s'ils ne savent pas ces choses, comment les enseigneront-ils à leurs enfants ?

D. — Jjites le septième.

R. — Suivre le conseil que l'ange Raphaël donna aux

jeune Tobie! ; que saint Évariste, Pape et Martyr. donne à tous les chrétiens dans une épitre qu'il écrit aux Évêques d'Afrique?; et que mème le sacré Concile de

Trente 3 insinue, à savoir : « Qu’après avoir reçu le sacre=

ment, on demeure au moins deux ou trois jours en continence et chasteté, employant ce temps-là en prières et bonnes œuvres, afin de plaire à Dieu et d'obtenir de sa divine bonté les grâces et bénédictions qui sont nécessaires pour le servir et honorer dignement en la condition en laquelle on entre .»

D. — Dites le huitième.

R. — Graver dans son cœur ces paroles de saint Paul

! « Tu autem cum acceperis eam, ingressus cubiculum, per tres dies continens esto E ea, et nibil aliud, nisi orationibus vacabis cum ea. » Tob. VI,

2 « Uxor en = pisbe {a viro] : et biduo vel triduo orationibus vacent et castitalem custodiant. » Zn decreto, 2p., caus. XXX, quæst 5, cap. 1.

3 « Postremo sancta Synodus conjuges hortatur ut, antequam contrahant, vel saltem triduo ante malrimonii consummationem, sux peccata diligenter confiteantur et ad sanctissimum Eucharistiae sacramentum pie accedant. » Conc. Trid., sess. 24, de Ref, cap. 4

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME 161 { les pratiquer, lequel, parlant aux personnes mariées, r dit : « Vous savez quels sont les commandements que je vous ai donnés par le Seigneur Jésus, qu'un cha- » cun de vous sache se comporter avec bonnètelé et sainbiteté dans le mariage, et non point étant passionnés de concupiseence, comme les Gentils qui ne con- maissent point Dieu. Car Dieu ne nous a point appelés à l'immondice. mais à la saïnteté. C'est pourquoi qui- . conque rejette’ ceci, ne rejette point un homme, mais , Dieu. » . ; D. — Ajoutez quelque chose à cela.

R. — Vivre selon le conseil que ce même apôtre lonne à tous les chrétiens qui sont dans le mariage, rsqu il les exhorie de s'abstenir quelquefois pour un emps. par un mutuel consentement, afin de mieux Waquer à l’oraison*.

Ce qui serait bon à faire spécialement au lemps des tes de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, et au saint emps de l’Avent et de Carème, afin d'imiler au moins en ie tant de saintes personnes, dont les unes ont vécu perpétuelle virginité dans le mariage ; les autres, ès avoir eu quelques enfan!s. ont conservé la chasteté usqu'à la fin de leurs jours. Ce qui était très commun mi les premiers chrétiens : et c'est une chose infini- IMent agréable à celui qui aime infiniment les âmes tes.

. — Dites le neuvième moyen de vivre chrétiennement s le mariage.

R. — Sur toutes choses, conserver la paix et la dilec-

L«Seitis enim quæ præcepta dederim vobis per Dominum Je- . : ut sciat unusquisque vestrum vas suum possidere in sanctiatione et honore; non in passione desiderii, sicut et gentes quæ ignorant Deum... Non enim vocavit nos Deus in immunditiam. sed sanctificationem. ltaque qui hæc spernit, non hominem spernit sed Deum ». 1 Thess. 1V, 2-8.

2« Nolite fraudare invicem, nisi forte ex consensu ad tempus, ut cetis orakoni. » I. Cor VIF. €.

ce soit, hormis de l'honneur de Dieu, craignant et fuyä plus que la mort tout ce qui est capable de l’altére supportant et excusant bénignement les défauts les u des autres; le mari aimant sa femme comme Jésus-Chm aime son Église, selon la parole sacrée! ; et la fem rendant honneur et obéissance à son mari, COMME celui qui lui représente Jésus- Christ ?.

D. — Dites le dixième.

réserver une place parmi les héritiers, leur donnant

D. — Dites l’onzième.

R. — Offrir et consacrer à Dieu ses enfants par M tremise de la bienheureuse Vierge, au même temps que vient à connaître qu’ils commencent à avoir l'être ‘ vie ; les faire baptiser sitôt qu'ils sont nés, sans difiét aucunement ; leur prononcer souvent les saints n n de Jésus et Marie, quand ils apprôchent du temps 4 ils commencent à parler, afin que les premières parole qu'ils profèreront soient Jesus, Maria ; et avoir un tri grand soin de leur aider à conserver le précieux trést de la grâce baptismale lorsqu'ils sont arrivés à l'usage raison, leur imprimant de bonnet heure dans l'âme très grande horreur du péché ; etleur donnant et faisar donner et pratiquer, comme aussi à ses serviteurs et

« Viri diligite uxores vestras, sicut et Chbristus dilexit Ecel siam ». Eph. V, 25. ?

2 « Mulieres viris suis subditæ sint, sicut Domino. » Eph. N: 22

3 « Licet et in extremis vitæ momentis Deo (in persona pauperül se gratum reddere, licet et per testamentum probabilem feri. Qu: liter et quomodo? Si cum necessariis Luis scribas bæredem, etip quoque tolius hæreditatis partem distribuas... Cohæredem eum rum institue filiorum. » Ad populum Antioch. Hom. XXM.

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