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aux démons, ils exerceraient sur moi les effets de la haine que j'ai méritée par mes péchés, et ainsi ils feraient un acte de justice. Et moi, au lieu de m'humilier et de me haïr, je m'exalte, je m'aime et me loue, et m'adore moi-même.
O mon Dieu, quel renversemerit ! Oh ! que cela ne soit plus ! mais que je me haïsse et me craigne moi-même plus que la mort, plus que le diable, plus que l'enfer ; et que je ne haïsse rien que moi, qui ne suis que péché ; et que je tourne et emploie contre moi toutes mes colères, mes haines et mes vengeances, par le zèle de votre divine justice contre le péché et contre le pécheur !
TR nous avons mérité l'ire de Dieu, parce que le pécheur, autant qu'il est en soi, détruit toutesles œuvres de Dieu en la nature, en la grâce et en la gloire. En la nature, puisqu'il fait une chose, à savoir le péché, pour laquelle Dieu pourrait anéantir justement tout le monde. Car la damnation d’une âme est un plus grand mal que ne serait l’anéantissement du monde de nature. Or Dieu peut justement damner une âme pour un seul péché mortel. C'est pourquoi il pourrait justement anéantir toute la nature en punition d'un péché mortel. Je dis plus, c'est que l’anéantissement de tout l'être naturel n'est pas un si grand mal qu'un péché véniel, selon tous les Théologiens'. Donc celui qui fait un péché véniel, fait un plus grand mal que celui qui arriverait, si tout
1 «Selon tous les théologiens, il vaudrait mieux que tous les animaux et tous les hommes fussent tués, tous les Anges défaits, le ciel et la terre fondus, et généralement tout l'univers anéanti, qu'il se commit contre Dieu un seul péché véniel, et qu'il se dit une seule parole oiseuse., La raison en est que le moindre mal du Créateur est incomparablement plus considérable, plus à craindre et plus à eviter que tous les maux des créatures. Aussi les bienheureux choisiraient plutôt d'être chassés pour jamais du paradis... et d'être abimés
- le monde était anéanti; et par conséquent Dieu pourrait
justement anéantir tout ce monde naturel, en punition du péché véniel.
Celui qui pèche mortellement anéantit encore tout le monde de la grâce et de la gloire. Car, si toutes les grâces de Dieu étaient en son âme, lorsqu'il vient à pécher mortellement, il les détruirait toutes, et par conséquent
toutes les gloires du Ciel qui lui seraient préparées. C’est
pourquoi le pécheur est l’objet de l’ire de toutes les créatures de la nature, de la grâce, et de la gloire, et elles
- exerceront leur juste fureur contre lui au jour du juge-
ment'. Et dès maintenantelles le feraient, si la miséricorde de Dieu et le sang de Jésus-Christ n’y mettaient empêchement : Misericordiæ Domini, quia non sumus consumpli?.
O mon Dieu, faites-moi voir cette vérité dans votre divine lumière, afin que je sache que non seulement aucune créature, raisonnable ou irraisonnable, ne me doit rien, c’est-à-dire, ne me doit ni regarder, ni aimer, ni me donner aucune chose, ni rendre aucun service, où honneur, ou assistance, ni penser à moi; mais que j'ai mérité que toutes les créatures emploient toutes leurs forces pour me lapider, détruire, abîimer et anéantir.
3° Point.
; ne nous avons mérité l’ire de Dieu, parce
que le pécheur anéantit au regard de lui, et bien souvent au regard d'autrui, non seulement toutes les œuvres du Créateur, mais aussi tout l'ouvrage du Ré-
dans les flammes éternelles, ou réduits au néant, que de faire la plus petite faute vénielle ». Saint-Jure, Connaissance de Jésus-Christ, 1. III, ch: XIV. Cf. S. Thom. 2. 2, 110, 3, ad 4.
l« Pugnabit cum illo orbis terrarum contra insensatos. » Sap. NW, 21.
? Thren. II, 22.
demptleur : parce qu'il rend les travaux, les souffrances, le sang, la vie, la mort du Fils de Dieu, et tous les sacrements et moyens de salut qu'il a établis dans son Église, vains et inutiles au regard de lui.
De plus, il anéantit Dieu, autant qu'il est en soi : /n quantum in se est, Deum perimit, dit saint Bernard. Vos configitis me,' dit Dieu : [ premièrement |, parce qu'il anéantit la volonté de Dieu, pour mettre la sienne en la place; secondement, parce qu'il éteint en soi l'Esprit de Dieu, qui est Dieu même; {roisièmement, d'autant qu'il fait mourir la vie que Dieu a en son âme par sa grâce ; quatrièmement parce qu'il crucifie Jésus-Christ en soi-même, après l'avoir déjà crucifié et massacré avec les Juifs : Rursus Chrisltum crucifigentes in semetipsis®. À raison de quoi on peut dire ‘encore qu'il anéantit toutes choses, puisqu'il anéantit, autant qu'il est en lui, celui qui est l'auteur et le soutien de toutes choses. C’est pourquoi il mérite d’être l’objet de l’ire et de la malédiction de toutes: les choses créées et incréées, et que toutes les créatures et le Créateur s'unissent ensemble pour l’écraser et pour le réduire au néant. C'est pour cela qu'il peut bien dire avec le Prophète : Corripe me, Domine, verumlamen non in furore tuo, ne forte ad nihilum redigas me : « Châtiez-moi, Seigneur, mais nou pas en votre fureur, ni comme je le mérite, de peur que vous ne me ren voyiez au néant. » Ù
Ces vérités bien considérées, comment est-il possible, mon Dieu, que j'aie encore de l'orgueil ? O Seigneur, écrasez en moi ce serpent à quelque prix que ce soit.
ORAISON JACULATOIRE : Corripe me, Domine, verumtamen non in furore luo, ne forte ad nihilum redigas mes.
1Malach. II, 8. « Omnis peecator, dum peccat, peccato suo quasi sagitta in cælum missa Deum configit, quantum in se est. » A La pide in b. 1. \
*« Rursum crucifigentes sibimetipsis Filium Dei ». Heb. NI, 6.
3 Jerem. X, 24.
Sur ces mêmes paroles :
NATURA FILII IRÆ
QuE NOUS SOMMES INFINIMENT INDIGNES DE TOUT BIEN, ET INFINIMENT DIGNES DE TOUT MAL, QUE NOUS DEVONS NOUS HUMILIER ET HAÏR.
1° Point.
7 qualité d'enfant d’ire, de mort et d'iniquité, fait que nous sommes infiniment indignes de tout bien corporel, spirituel, temporel et éternel, soit de nature, soit de grâce, soit de gloire, et de quelque part qu'il puisse venir, de la part du Créateur ou des créatures ; infiniment indignes que ni le Créateur ni la créature nous rendent aucune assistance, nous fassent aucun don ni aucun bien, ni même qu'ils en aient la volonté ni la pensée, ni qu'ils pensent à nous, ni qu'ils parlent de nous ou pour nous. Je dis infiniment indignes, de sorte qu il n’y a aucun esprit capable de comprendre cette indignité, excepté le seul Esprit de Dieu. En voici les raisons:
Premièrement, parce que nous nous sommes dérobé à nous-mêmes, par nos péchés, des biens infinis, à savoir : la grâce et l’amitié de Dieu, la qualité d'enfants de Dieu, d'héritiers de Dieu, et la jouissance de Dieu même et de tous les trésors qu'il possède en soi-même.
Secondement, parce que nous avons privé Dieu d'un bien infini, en ce que nous l'avons privé du service, de: l'honneur, de l'amour et de l’obéissance que nous lui devons : bien infini en sa durée éternelle, car lorsque nous faisons quelque chose pour Dieu, nous lui rendons un
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honneur qui durera éternellement ; bien infini en quelque manière, parce qu'il est infiniment dû à Dieu, à raison de ses perfections infinies, et des obligations infinies que nous lui avons ; bien infini, parce que Dieu se l’est acquis par un prix infini, qui est le précieux sang de son Fils.
Troisièmement, d'autant que nous avons voulu priver Dieu de Jésus-Christ, Homme-Dieu, en le crucifiant et détruisant ; et par conséquent aussi nous l'avons voulu priver du corps mystique de Jésus-Christ, et de tous les honneurs, louanges ,'gloires, adorations, services que Jésus-Christ rendra éternellement à son Père, tant par soimême que par son corps mystique, qui est son Église.
Quatrièmement, parce que nous avons voulu priver en suite de cela toutes les créatures de leur Réparateur.
Pour ces raisons, nous nous sommes rendus infiniment indignes de tout bien. C'est pourquoi, ne nous plaignons point quand on ne pensera pas à nous, Ou quand on ne nous donnera ou fera pas le bien que nous prétendions ; mais humilions-nous.
2° Point.
TOUS sommes infiniment dignes de tout mal, de tout 4Y mépris, confusion, châtiment et supplice. Je dis infiniment, c'est-à-dire tellement dignes, qu'il n’y a que Dieu seul qui le puisse comprendre. J'ai dit de tout mal, corporel et spirituel, temporel et éternel, de quelque part qu'il puisse venir, de Ja part de Dieu et de toutes les créatures. La raison est parce que nous avons fait un mal infini à Dieu, à nous-mêmes et à toutes les créatures. Car le péché est un mal infini en son origine, en sa nature, en son objet, en sa fin, en ses effets. Le pécheur fait un mal infini à Dieu ; car, comme dit saint Bernard, autant qu'il est en soi, il anéantit Dieu.
Il fait un mal infini à soi-même ; car il tue son corps,
il massacre son âme, il anéantit l’un et l’autre autant . qu'il est en lui.
Il fait un mal infini à toutes les créatures qui sont dans
- l’ordre de la nature, de la gràce et de la gloire, puisqu'il …|2s détruit toutes, ainsi qu'il a été dit‘.
Cela étant ainsi, ne nous étonnons pas quand on nous - dira ou fera quelque mal, ou quand Dieu nous chàtiera ; … mais étonnons-nous de ce que le Créateur et toutes les créatures nous souffrent ailleurs que dans l'enfer et dans . Je néant.
3° Point.
D ces deux vérités précédentes procèdent celles-ci, à Savoir :
Premièrement, que nous. n’arriverons jamais à connaître parfaitement le fond de l’abime de notre indignité et de notre misère; et qu'après que nous aurons bien étudié en cette connaissance, il faut croire qu'il nous en reste infiniment plus à connaitre que ce que nous en connaissOns ?.
Secondement, que nous ne pouvons jamais nous humi- » lier assez, et que, quand nous emploierions tout notre pouvoir pour le faire, nous serions toujours infiniment éloignés de l’humiliation qui est due à notre bassesse, et du dernier degré d'humilité. Il n’y a que Notre-Seigneur qui soit arrivé à ce dernier degré ; car il n'y a que lui quise soit humilié infiniment.
Troisièmement, que, quand toutes les créatures du ciel,