DES NI
1°" Point.
ous sommes le fond et l’abime du péché, parce quel péché, et le pécheur,autant qu'il est en soi, non seul
ment arrache Dieu de son trône et l’anéantit, mais, ce qi est encore pire, il se met dans le trône de Dieu, et usu# ce qui n'appartient qu'à Dieu. Pour entendre cela, il fat savoir que, lorsque Dieu a créé l’homme et toutes choses il ne les a créés que pour soi : Universa propter semetig sum! ; et qu’étant le principe, l'exemplaire et la fin 4 l'homme et de toutes ses créatures, il veut qu'elles re tournent à lui comme à leur origine ; qu'elles l’imiter qu'elles forment leur vie et leurs actions sur lui, comm sur leur exemplaire et modèle ; qu’elles le suivent com me leur règle, et qu'elles tendent à lui de toutes leur forces, par toutes leurs pensées, paroles et actions, com me à leur fin dernière. Et afin qu'elles soient capable de faire cela, il a donné à l’homme un esprit, un cœur e une volonté pour le connaître et Faimer, pour retourné à lui, pour l’imiter et pour tendre sans cesse vers comme vers son centre. Et afin qu'il fasse tout cela axé joie et facilité, il a éclairé son esprit de la lumière de k foi, il a mis sa grâce dans son âme, et son amour dan son Cœur.
Mais qu’a fait l'homme ingrat ? Il s'est séparé de Dieu il s’est appliqué à soi-même. Au lieu d'employer sû amour pour Dieu, il l’a tourné vers soi-même, et voil l’amour-propre. Au lieu de retourner à Dieu comme son principe, il s'est détourné de lui et s’est tourm vers soi-même. Au lieu de référer à Dieu tous les bien de nature- et de grâce qu'il a reçus, il se les appropri par la complaisance, par la crainte et par l'estime de soi même, comme s'ils étaient sortis de lui, qui n’est qu
iProv. XNI, 4.
néant. Au lieu de suivre Dieu comme son exemplaire et sa règle, il ne veut point d'autre règle que ses passions. Au lieu de se laisser conduire par l'esprit de Dieu, il ne veut point d'autre conduite que celle de son esprit. Au lieu de tendre à Dieu comme à sa fin, de prendre son repos en lui, et de faire tout pour lui, il tend tout à soi-même, veut prendre son repos en soi-même. et faire tout pour soi-même. Qu'est-ce que Dieu ? C'est celui dont les volontés, les intérêts, les contentements et l'honneur doivent être préférés à toute autre volonté, intérêt, contentement et honneur. Que fait le pécheur ? Il préfère ses volontés, ses intérêts, son contentement et son honneur aux volontés, intérêts, contentement et honneur de Dieu. Et ainsi il prend la place de “Dieu, se fait Dieu de soi-même, s'adore soi-même et se rend les devoirs qui n'appartiennent qu'à Dieu. Voilà die fond de l'iniquité, et une des extrémités du péché. Voilà “ce que nous avons fait toutes fois et quantes que nous avons péché. C’est pourquoi nous devons nous regarder, -mépriser et détester, comme le fond de l'abime du péché.
N°" seulement le pécheur se fait Dieu de soi-méme, 1\ maisilse fait Dieu de toutes les créatures que Dieu “a faites. Car il veut qu'elles lui rendent ce qui n'appartient qu’à Dieu, il veut qu'elles préfèrent sesinclinations, “intérêts, plaisirs et honneurs à ceux de Dieu. Et au lieu qu'elles doivent tout attribuer et référer à Dieu seul, comme à l'unique source de tout bien, il veut qu'on l’es- “time, comme s'il avait de soi quelque bien, et qu'on le loue et applaudisse dans ses actions, comme s'il en pouvait faire quelque bonne de soi-même. Il veut qu'on l'imite au lieu de Dieu. De même dans les actions méchantes, il veut qu'on n'ait point d’autre règle que son inclination, qu'on se conduise par son esprit, qu'on l'aime au préju-
dice de Dieu, et qu'on fasse tout pour lui au lieu de fair tout pour Dieu. Voilà ce que nous avons fait plusieur“ fois ; et ainsi nous avons pris la place que Dieu seul doi avoir au regard de ses créatures. Oh ! quelle abomina tion ! Oh! quel sujet de confusion ! Oh! qu'il est bieï vrai que je suis le fond de l’abîme de tout péché ! O mot Dieu, gravez ces vérités dans mon esprit ; faites que jt me regarde, me traite et me haïsse en cette qualité, @ que je sois bien aise d’être traité de la facon. |
3° Point.
' y à plus, et voici la dernière extrémité du péché, le plus profond abîme de l’iniquité : c’est que le pécheul se fait Dieu de Dieu. Car il voudrait que Dieu préférâl ses propres intérêts, volontés, plaisirs et honneurs au intérêts, volontés, honneurs et contentements de sa dà vine Majesté. Il voudrait que sa volonté fût la règle de celle de Dieu, que Dieu se gouvernât selon son esprit el sa fantaisie. Il voudrait être la fin de Dieu, et qu'ainsi Dieu l’adoràt et en fit son idole. O abomination des abominalions ! Voilà le fond sans fond du péché. Voilà ce que nous avons fait toutes fois et quantes que nous avons péché. Voilà un sujet infini d’humiliation infinie. O mon Dieu, que je voie ces vérités par la lumière de I4 foi! O mon Dieu, que j'en porte les effets ! O mon Dieu, que je me connaisse moi-même, que je sache que je nê suis rien et que vous êtes tout ! O mon Dieu, que je ne me regarde plus, que je ne fasse plus rien pour moi; mais tout pour vous ; qu aucune créature ne pense plus à moi, ne parle plus à moi, ne parle plus de moi, né fasse plus rien pour moi, ne me donne plus rien, mais. tout pour vous ; que vous-même ne me regardiez plus, ne me donniez plus rien, ne fassiez plus rien pour moi mais tout pour vous ! Car vous seul devez être votré objet. Que le néant soit anéanti au regard de soi-même {
au regard de toutes vos créatures et au regard de vous. Et que le Tout soit tout, en tout et partout !
ORAISON JACULATOIRE : Domine, ne in furore luo arquas me, neque in ira tua corripias me.
Sur ces mêmes paroles :
NATURA FILII IRÆ
1° Point.
NA TJOUS avons mérité d'être l’objet de l’ire de Dieu, de toutes les créatures de Dieu et de nous-mêmes, pour trois raisons.
Premièrement, d'autant que par le péché le pécheur donne la mort à son corps autant qu'il est en soi, tue son âme, et anéantit l’un et l’autre, faisant une chose par laquelle il mérite que Dieu lui ôte la vie et l’être qu'il lui a donnés, en punition du mésusage qu'il en fait, s'en servant pour faire la guerre à son Créateur. De plus, il se dérobe à soi-même la gràce et l'amitié de Dieu, les trésors, les gloires et les félicités éternelles, et se rend digne des supplices de l'enfer. Et ainsi il se fait plus de mal à soi-même que tous les démons de l'enfer et tous les hommes de la terre, quand ils auraient tous ensemble conjuré sa ruine, ne lui en pourraient faire. C’est pourquoi je dois plus me mépriser, m'humilier, me confondre et me haïr moi-même, que tout ce qu'il y a au monde qui mérite d’être haï et méprisé. Si Dieu m’abandonnait
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