‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 27 sur 208 · SECOND ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SECOND ENTRETIEN

>s faveurs que nous avons reçues de Dieu par notre création et conversation, et des obligations que nous Jui avons comme hommes.

JE considérerai qui est celui qui m'a créé et qui m'a donné l'être et la vie. Ce n’a pas été le monde, ni l'esprit malin, ni moi-même ; mais Dieu, par une puissance, sagesse et bonté infinie : /pse fecit nos et non ipsi nos’. Sa puissance infinie m'a tiré du néant, duquel je -ne pouvais sortir que par la vertu d'une main toute-puis- - sante. Sa sagesse immense parait en l’ordre et en la disposition admirable de toutes les parties de mon corps et de mon âme. Sa bonté ineffable se mamifeste en ce qu'il ne m'a pas tiré du néant pour me donner l'être d’une » pierre, ou la vie végétative d'une plante ou d'un arbre, ou la vie sensitive d’un cheval ou d'un erapaud ; ce qu'il - pouvait faire sans me faire tort et sans que j'eusse eu au- “ cun sujet de me plaindre ; mais pour me former à son image et semblance, et pour me faire naître avec plusieurs avantages du lieu et du temps de ma naissance, des parents dont je suis né, et des perfections du corps et de l'esprit qu'il m'a données, et d’autres circonstances fa- … vorables qui ont accompagné ma naissance, que je dois … peser et considérer avec soin.

Quid retribuam Domino pro omnibus quæ retribuit mihi® ? Je l'en remercierai, bénirai-et aimerai de tout mon cœur. Je penserai que Dieu étant l’auteur et le principe éternel de mon être et de ma vie, et non pas le monde, ni Satan, ni moi, je dois l’'employer entièrement,

* Ps. XCIX, 3. — * Ps. CXV, 12.

non pour le monde, ni pour le prince du monde, ni pour

mes intérêts et inclinations, mais pour Dieu, pour sa

gloire et pour l'accomplissement de ses saintes volontés ; «

et que Dieu étant non seulement le principe dont je suis. M

sorti, mais aussi le prototype dont je suis l’image vivante, je suis obligé de limiter en sa sainteté,:en sa charité, en sa patience, en sa mansuétude, en sa vigilance, en sa justice et en sa miséricorde. Je m'examinerai pour voir si j'ai employé ma vie passée pour celui qui me l’a donnée, ou pour d’autres ; et si je me suis étudié à l’imiter et à exprimer en moi sa ressemblance, ou celle de son ennemi. Me trouvant coupable, j'entrerai dans une grande confusion de moi-même, je demanderai pardon à mon Dieu de mes infidélités passées. Je prendrai résolution pour l’aveair de ne vivre plus que pour l’auteur de ma vie ; de me référer tout à lui comme à mon principe ; et d'étudier la vie,les mœurs et les perfections de mon divin exemplaire, afin de les imiter et de porter en moi son image vivante, moyennant sa gràce que je lui demanderai instamment à cette intention, le suppliant très humblement qu'il détruise en moi tout ce qui pourrait s'y opposer, et qu'il y imprime une parfaite ressemblance de soi-même.

Pourquoi est-ce que Dieu m'a créé ? Pour lui, pour penser à lui, pour l'aimer, pour parler de lui, agir pour lui, et pour me sacrifier à sa gloire. Car il est non seulement mon principe et mon prototype, mais aussi ma fin. Et partant, Dieu ne m'ayant fait que pour lui, je dois considérer attentivement, peser soigneusement et graver profondément dans mon esprit cette vérité, que je ne suis au monde que pour le servir et honorer; que c'est ici mon unum necessarium ; que C’est mon unique: affaire ; que ce doit être mon unique soin et affection, que c'est là que doivent tendre toutes mes pensées,

saroles et actions, tout mon temps, tout ce que j'ai, jout ce que je sais, tout ce que je puis ; que c’est là ma in dernière, et par conséquent que c’est là que je trouvérai mon souverain bien, mon centre et mon élément, mon trésor, ma gloire, ma félicité, le parfait repos de mon esprit et de mon cœur, et mon vrai paradis ; et que hors de là je ne rencontrerai que trouble, inquiétude, amertume, angoisse, malédiction et enfer.

| Je regarderai quel soin j'ai eu, par le passé, de cette affaire si grande et si importante, et si je n’ai point été du nombre de ceux contre lesquels saint Bernard crie, quand il dit : Stulti æstimatores, qui de minimis maximam, Pbde maximis minimam curam habent. Si cela est, j'en demanderai pardon à Dieu, et me donnerai à lui de tout

ques à maintenant, il m'a toujours porté entre ses bras, Noire dans son sein et dans son cœur, avec plus de ISoin et d'amour que la mère ne porte son enfant ; et il ma pas laissé écouler un seul moment sans penser à moi, Sans m'aimer et sans me conserver. Et ce qui est admirable, il m'a conservé lors même que je l’offensais, el qu'il pouvait très justement m'écraser et me jeter dans enfer. Or la conservation est une création continuelle, d'autant que si Dieu venait à retirer sa main toule-puis- Sante, par laquelle il me porte et me soutient, et qu'il cessât pour un moment seulement de me conserver, je lretournerais au même instant dans le néant duquel il m'a tiré. C’est pourquoi en chaque moment il me donne

le mème être qu'il m'a donné au premier instant de ma vie, et avec la même puissance et la même bonté ave laquelle il me l’a donné pour lors. A raison de quoi je lu! appartiens par autant de titres qu'il y à de moment que je suis au monde, et je lui suis autant obligé pou chaque instant de ma vie comme pour le premier. O mon Dieu, puisque je suis à vous par tant de titres,ek que j'ai tant d'obligations de vous servir, ne permette! plus que le péché, ni le diable, ni le monde aient aucune part en ce qui est vôtre; mais prenez, s’il vous plaît une pleine et entière possession de mon être et de mé vie. O0 monde, à prince du monde, à péché détestable je te renonce pour jamais. O mon Dieu, je me donne tout à vous, et je vous proteste que je ne veux plus êtres ni vivre, ni faire, ni dire, ni penser, ni souffrir rien que pour l'amour de vous.

ORAISON JACULATOIRE : Fecisti me, Domine, ad te, et in quielum est cor meum, donec revertatur in te1: « Seigneu vous m'avez fail pour vous, et mon cœur ne peut trouve

aucun repos qu’en Vous. »

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