‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 28 sur 208 · TROISIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

TROISIÈME ENTRETIEN

De la dignité et sainteté de notre fin.

\UELLE est la fin pour laquelle Dieu nous a créés à Q C'est la même que celle des Anges. Dieu a mis l'homme en la terre pour y faire ce que les Anges font au ciel. C'est pourquoi, étant associés avec les Anges et étant créés pour être employés dans les mêmes

! « Tu excitas, ut laudare te delectet ; quia fecisti nosadte, etinquie” tum est cor nostrum donec requiescat in te. » August. Conf. I, 1.

fonctions que les Anges, à savoir pour adorer, louer, aimer et servir Dieu,et pour suivre en tout et partout sa très sainte volonté, nous devons vivre de la vie des Anges, et mettre toutes nos délices en l'accomplissement de ces choses. Mais, hélas ! si nous considérons notre Me, nous trouverons qu'au lieu d'imiter les Anges en leur pureté, en leur sainteté, en leur humilité, en leur Charité, en leur amour, en leur soumission à la volonté de Dieu et en leur fidélité à son service, nous avons souwent suivi les démons en leur malignité, en leur orgueil, en leur envie et en leur désobéissance, en leur perfidie et rebellion contre Dieu; et qu'au lieu de nous être appliqués aux fonctions des Anges, nous avons fait les œuvres des démons.

Humilions-nous, détestons notre malice, renoncons pour jamais au prince des ténèbres. Entrons dans un grand désir de suivre les Anges et de commencer à faire en la terre ce que nous aurons à faire éternellement avec eux au ciel. Prions-les de nous associer avec eux dans les louanges qu'ils donnent continuellement à Dieu, et de nous faire participants de leur amour et de leur fidélité.

Dieu nous a mis en la terre pour la mème fin pour laquelle ily a mis les saints Patriarches, les saints Prophètes, les saints Apôtres, les saints Martyrs, les saints Pasteurs et les [saints] Prètres, et tous les autres Saints qui ont été ici-bas, et sont maintenant dans le ciel. C'étaient des hommes comme nous, composés de chair et dos comme nous, fragiles comme nous, exposés aux mêmes périls et tentations que nous. Et nous sommes dans la même Église qu'eux, nous adorons le même Dieu, nous avons le même Sauveur et le même Médiateur, Jésus- Christ Notre-Seigneur ; nous avons le même Évangile, les mêmes sacrements, la même foi, la même espérance, les

mêmes promesses. Et celui qui les a sanctifiés a un dés infini de nous sanctifier, si nous n'y mettons point d'e pêchement. Et cependant ils sont saints, et ils ont ser Dieu in sanctitate et justitiacoramipso omnibus diebus sui

Et nous, que sommes-nous et que faisons-nous Oh! que nous avons sujet de nous liumilier ! Oh ! q dirons-nous au Fils de Dieu, lorsqu'au jour du jugeme il nous montrera tous ses Saints qui ont été semblab * à nous, et qu'il nous fera voir qu'il nous était beaucot plus facile de le suivre avec eux, que de suivre ceux q sont contraints maintenant de crier dans l'enfer: M insensati, erravimus a via veritatis, et ambulavimus vit difficiles® : « Ah! insensés que nous sommes, no avons quitté le chemin de la vérité, pour marcher pa des chemins rudes et diffciles. »

Prenons donc résolution de marcher par la voie Saints, et de lire et étudier leur vie, spécialement la de ceux qui ont été de notre profession, afin de Je imiter. Prions-les qu'ils nous obtiennent cette grât

Non seulement nous n'avons qu'une même fin avec le Anges, avec les Archanges, avec ies Chérubins, avec le Séraphins, et avec tous les Saints ; mais même nous n vons qu'une même fin avec la Reine des Anges et dé Saints, avec le Saint des Saints, Notre-Seigneur Jésus Christ, et avec le trois fois Saint, c'est-à-dire avec Dieu el avec les trois Personnes divines. Car pourquoi est-ce que la très sainte Vierge et Notre-Seigneur Jésus-Chris ont été en la terre, sinon pour y honorer et glorifier Dieu et pour l'y faire connaître et adorer? Et quelle est la fit de Dieu, sinon Dieu même ? Et quelle est la fin dé trois Personnes divines, sinon leur divinité ? Et quelle es

Luc. 1, 735. — ? Sap. V, 6-7.

eur plus grande et plus continuelle occupation, sinon de se louer, bénir, aimer et glorifier perpétuellement les unes les autres? Or n'est-ce pas pour cette même fin que Dieu nous a fait naître sur la terre, c’est-à-dire pour Phonorer et glorifier, et pour le faire connaître et servir aux autres, en toutes les manières qu'il nous est possible ? Si bien que nous n'avons qu'une même fin avec les Anges, avec les Séraphins, avec tous les Saints, avec la Mère de Dieu, avec l'Homme-Dieu et avec la très sainte Trinité. Oh ! que cette fin est noble ! oh : qu'elle est digne ! oh! quelle est sainte ! Oh! que notre condition est relevée, d'avoir une fin si haute ! Oh! que nous sommes heureux d'être faits pour chose si grande ! Oh! que nous sommes misérables quand nous ravalons nos “esprits et nos cœurs, nos pensées et nos affections dans Ha boue et dans l’ordure, dans la fumée et dans la folie des occupations basses, terrestres et mondaines des enfants du siècle ! Oh ! quelles obligations nous avons à notre Créateur, de nous avoir créés pour une fin si admirable, et de nous avoir donné une alliance si merveil- |leuse avec ses “nees avec ses Saints, avec sa sainte Mère et avec soi-même : Oh! que notre vie doit être sainte ! Oh ! que la fin et l'intention de toutes nos pensées, pa- D et actions doit être pure ! Et cependant la plupart des hommes vivent comme s'ils n'étaient faits que pour la terre, pour l'honneur, pour le bien, pour le plaisir, pour “eux-mêmes, pour le monde, pour le diable, pour l'enfer. | Et nous qu'avons-nous fait jusques à présent? Ayons “horreur de nous-mêmes et de notre vie pleine de péchés. Car in mullis offendimus omnes! : « Tous tant que nous sommes nous offensons en beaucoup de choses. » Entrons dans un grand désir de nous convertir parfaitement à Dieu, et de ne vivre plus que pour tendre à notre fin et pour y acheminer les autres.

Mac. ITS 2

ORAISON JACULATOIRE : Domine, quid mihi est in cælo, et te quid volui super terram ? Pour protester à Dieu qu nous ne voulons plus rien que lui au ciel et en terre que nous renoncons à tout le reste ; et que nous désiror que toutes nos volontés et aflections n'aient plus d’autr objet que lui seul. -

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