APPROBATIONS DES DOCTEURS
Nous soussignés, Docteurs en théologie de la Faculté de ris, ayant lu ce livre intitulé Contrat de l'homme avec Dieu dt le Sacrement de Baptéme, l'avons jugé digne d’être donné public, n'y ayant rien trouvé qui ne soit conforme à la foi l'Église catholique, apostolique et romaine, et aux bon mœurs, ains très propre pour réveiller la piété des chréti et les exciter à renouveler ou ressusciter en eux la grâce Baptême et l'esprit du Christianisme. En foi de quoi nous av ici signé à Pontoise, ce 12 Avril 1653.
N. Picnar: L. Hasré.
J'ai lu un livre intitulé Contrat de l'Homme avec Dieu. Fai vingt-sixième Avril 1654.
M. GranDix.
Cet ouvrage, qui est un enchaîinement continuel des oracl des saints Prophètes à l’ancien peuple, des discours de Jésui Christ à ses Apôtres, et des exhortations des Apôtres aux pr miers chrétiens, porte son approbation avec lui par la piété si vante et connue de son auteur. Je le trouve digne d’être À publié et imprimé. à
A Caen, ce 8 Juin 1768. Î
Bounsx, Docteur de Sorbonne, et Curé de Saint- Marti
Le Baptème est un sacrement qui nous incorpore Va Jésus-Christ et nous apporte, avec l'obligation de mourir au vieil homme, le principe d'une vie toute nouvelle qui est la vie même de Jésus-Christ. … Les ascètes francais du XVITI: siècle, surtout ceux qui se rattachent à l'école de l’Oratoire, se plaisent à rappeler cette vérité qui est pour eux absolument fondamentale. Dans ses Exercices spirituels, saint Jgnace part de la création pour établir les devoirs “de l’homme envers Dieu, et le principe qui sert de base aux exercices s'applique à l'homme en tant qu'homme, abstraction faite de son caractère de chrétien. Nos ascètes du XVII siècle procèdent autrement.
Il est rare qu'ils fassent abstraction de l'élévation de l'homme à une fin surnaturelle. Ils savent que, dans la réalité, l’homme a toujours été appelé à la vie divine, et que, s’il l'a perdue par le péché d’origine, 1l la retrouve dans son incorporation à Jésus- Christ par le Baptème. Aussi le Baptème est-il le point de départ, le principe, le fondement de tous leurs enseignements sur la vie chrétienne. Ouvrez les ouvrages du cardinal de Bérulle, du P. de Condren, de M. Olier, de M. Boudon, pour ne citer que les noms les plus célèbres de cette grande école, vous verrez que toute leur doctrine repose sur cette idée mère que le Baptème nous fait membres de Jésus-Christ et nous oblige à vivre de sa vie.
Cependant nul plus que le V. P. Eudes n’a travaillé à répandre cette idée. I traite du Baptème à plusieurs! reprises dans le Royaume de Jésus. I en a fait les sujet de plusieurs de ses Entretiens intérieurs. Des quatre chapitres dont se composent les Requlæ Dos mini Jesu, deux roulent entièrement sur les obliga-A tions qui découlent du Baptême. Le P. Eudes vou lut faire encore plus. Il consacra à l'étude du Bap= tôme un ouvrage à part qui parut à Caen en 1654, sous ce titre : Contrat de l'homme avec Dieu par le saint Baptême, avec plusieurs protestations qui con tiennent les dispositions pour mourir chrétiennement
Le titre choisi par le P. Eudes indique nettement" qu'il traite du Baptème à un point de vue spécial. 11 l'envisage comme un contrat entre l’homme et Dieu. Saint Grégoire de Nazianze‘, saint Ambroise? et d’autres peut- être l'avaient fait avant lui. Pour-. tant je ne sais si, soit avant, soit après le P. Eudes, on à jamais consacré un ouvrage entier au Baptème envisagé sous ce rapport. be, Vénérable est peut-. être le premier et le seul qui l'ait fait.
Il faut avouer du reste que, si le Baptème participe de la nature du contrat, ce n’est pas, comme le mariage, un contrat proprement dit. Entre Dieu ets l'homme, un acte de ce genre ne saurait exister. Le Baptème, comme l'Ordination, est avant tout une consécration de la personne humaine à Dieu. Il nous incorpore à Jésus-Christ, nous initie à la religions qu'il est venu établir sur la terre et nous impose, par le fait même, sans qu'il soit besoin d’un consentement spécial de notre part, l'obligation de vivre des sa vie. Loin d'y contredire, le P. Eudes le proclame en termes exprès, lorsqu'il dit en s'adressant au chré-
‘« Secundæ vitæ ac purioris vivendi rationis pactum cum Deo initum. » Orat. XL.
?« Major est contractus fidei, quam pecuniæ. » Lib.10 in Luc.
tien : « Par le saint Baptême, votre corps et votre
âme, et toutes les parties de l’un et de l’autre ont été consacrées à la très sainte Trinité, et d'une consécration plus sainte, plus divine que celle par laquelle les temples matériels, les autels, les calices et les ciboires lui sont consacrés ; celle-ci ne se faisant que par quelques cérémonies et prières, et celle-là par un grand sacrement. D'où il s'ensuit qu'il ne vous est point permis d'employer aucune partie de votre corps ni de votre âme, qui sont le temple vivant de la très sainte Trinité, que pour la gloire de Celui auquel ils ont été dédiés d'une manière si sainte et si solennelle’. »
Cependant, par certains côtés, le Baptême tient réellement du contrat. On y trouve une donation réciproque de Dieu et de la créature, accompagnée, de la part de Dieu, de promesses magnifiques, et, de la part de l’homme, d'engagements solennels pris par le baptisé lui-même ou, en son nom, par ses répondants, et que l’on appelle communément les « vœux du Baptème. » Le P. Eudes était donc autorisé, non seulement par l'exemple de plusieurs Pères de l'Eglise, mais encore par la nature des
- choses, à voir dans le Baptème une sorte de contrat,
On s'explique d’ailleurs qu'il ait choisi cette manière d'envisager le Baptème. Il visait à amener les fidèles à pratiquer leurs devoirs de chrétiens, et pour y réussir rien n'était plus commode que de leur rappeler qu'ils en avaient pris l'engagement formel dans un contrat à la fois très solennel et très avantageux.
Ce point de vue d’ailleurs se prête aisément à l'exposé de la doctrine catholique sur le Baptème, et le Père Eudes a pu y ramener sans effort tout ce
! Contrat, ch. V, 2.
que l'Écriture, la liturgie et la tradition renferment, de plus élevé et de plus beau sur ce sacrement. Aussi son livre, bien que très court, est-il très riche de doctrine. L'excellence du Baptême, les grâces qu'il confère, les relations qu'il établit entre nous et les trois personnes.de la Sainte Trinité, la félicité qu'il contient en germe, la vie sainte et ‘divine qu'il nous oblige à mener ici-bas, les moyens et la facilité d'y ie les mystères contenus dans les cé- M rémonies du Baptème, toutes ces grandes questions y sont traitées avec une précision et une lucidité admirables. Et ce qui achève de donner au livre du P. Eudes une saveur de piété qui en rend la lecture bienfaisante, ce sont les nombreux textes que l'auteur emprunte à l'Écriture ou aux Pères, pour appuyer ses assertions. À vrai dire, le Contrat n'est même, en certains endroits, qu'un heureux enchaïnement de textes scripturaires qui se complètent et s'expliquent mutuellement.
Aussi ce petit livre, fait pour les simples, fut-il très goûté même par des prètres et des religieux remarquables par leur science et leur sainteté. Je n’en veux pour preuve que ce passage d’une lettre adressée à l’auteur, le 31 octobre 1660, par le P. Ignace de Jésus-Maria, Carme déchaussé : « Mon cœur est tout en jubilation quand je prends la plume pour vous remercier très humblement de l'excellent livre que vous me donnâtes le jour de la fête dé notre sainte Mère Thérèse, après avoir célébré la messe dans notre église, à l'autel de la très aimable Vierge LE votre incomparable protectrice et la nôtre.
« Deux jours après, j'entrai en retraite, où J'ai eu . le temps de goûter à loisir la céleste doctrine qui est contenue dans ce livre. Je l’ai lu deux fois tout entier, à genoux, en esprit d'oraison ; et Je vous avoue sincèrement que c’est le livre le plus rempli de l'onc-
tion du Saint-Esprit qu'aucun de notre siècle. Il nous donne les plus belles connaissances du christianisme touchant le saint Baptême, avec une clarté et une facilité convaincantes, non avec des paroles emphatiques et éblouissantes, mais d'un étyle naturel, sincère et fort intelligible.
« Tous les chapitres contiennent des vérités de grande importance; mais le troisième me semble tout étincelant de feux et de flammes qui pénètrent l'intime du cœur pour l’animer à aimer Dien de toutes nos forces très fidèlement, très cordialement ettrès constamment, par des preuves de la sainte pcriture si pressantes qu'un bon esprit n’y peut résister ; il faut se rendre tout à fait à notre amour infini et éternellement aimable.
« J'ai béni plusieurs fois votre personne dont Dieu s'est servi pour exciter plusieurs autres à mieux servir son adorable Majesté, à le mieux connaître, à se souvenir des obligations de leur Baptême et à l'aimer plus parfaitement‘. »
Est-il possible de faire de cet ouvrage un plus bel éloge ?
Le Vén. P. Eudes qui avait donné, dans le Royaume de Jésus, des exercices pour faire chaque année la préparation éloignée à la mort, a voulu ajouter au livre du Contrat de l’homme avec Dieu une préparation prochaine, pour le temps des graves maladies. Ce sont des conseils pratiques, avec des élévations ou protestahions enflammées, qui contiennent les dispositions requises pour mourir en vrai chrétien, et qui sont de la plus grande utilité non seulement pour les malades en danger de mort, mais aussi pour les confesseurs et pour toutes les
1 Costil, Annales de la Congrégation de Jésus el Marie, 1, p, 408. Martine, Vie du P. Eudes, Il, p. 79. Hérambourg, Verlus du P. Eudes, p. 201.
préparer chrétiennement au grand passage du temps à l'éternité. Ps |
Le Contrat eut plusieurs éditions du vivant de l'auteur. Outre la première, (1654), dont les Archives. de la Congrégation possèdent un exemplaire, nous en pouvons citer deux autres : l'une de 1664, con servée à la Bibliothèque nationale: ; la seconde, de. 1668, a été signalée par l'évêque de Séez, comme se trouvant dans son diocèse lors de l'enquête pour. la revision des ouvrages du Vénérable. Toutes ces éditions ont été imprimées à Caen, chez Poisson,» dans le format in-32. ‘ Se.
Après la mort du P. Eudes, l'ouvrage fut réédité” à Caen en 1684, comme le prouve un exemplaire conservé au Monastère de N.-D. de Charité de Versailles. L'éditeur Machuel de Rouen a aussi. publié le Contrat en 1730. C'est un exemplaire de cette édition qui a été déposé à la S. Congrégation | des Rites pour la béatification du Ménérable. A la suite du texte du P. Eudes, on y trouve un opus cule nouveau, qui n'est point dû à sa plume, et qui a pour litre : Le Portrait du véritable chrétien, puis diverses pratiques pour l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, pour honorer les Anges et les Saints qui ont excellé dans l'amour de la pureté, etc?
: Inventaire D. 20.681.
* Dans un Avis au lecteur, placé en tête du Portrait, on lit ce qui suit : « Il est arrivé à ce petit traité (Le Contrat) comme à plusieurs autres, je veux dire qu'en le lisant on a été tenté de l'ausmenter. On a cru faire plaisir aux personnes quilavañient déjà goûté sous une moindre forme, en lui procurant celleci, qui pourra occuper leur piété durant l’espace d'un mois et réveiller ainsi en un moment les sentiments qu’elles doivent avoir de l'excellence de leur vocation au christianisme. » C’est donc un disciple du P. Eudes qui, en disant le Contrat, a êté tenté de Vaugmenter. Les Règles de la Société des enfants du Cœur de la Mère admirable se terminent aussi par un Portrait qui en est le résumé.
En 1743, M. Roger Daon!, supérieur du séminaire de Caen, publia, chez Jean Poisson, une édition | « corrigée et augmentée » du Contrat, qu'il dédia à . M": Blouet de Camilly, veuve de M. de Vaubenard, en reconnaissance des services rendus par sa famille à la Congrégation de Jésus et Marie, et surtout en souvenir de M. Blouet de Than, eudiste, fondateur du séminaire de Caen, et de M. Blouet de Camilly, fondateur du séminaire de Coutances et second supérieur général des Eudistes.
M. Daon ne se contenta pas de rajeunir le style du P. Eudes, il remania le livre lui-même et y fit des additions assez nombreuses. Aux Profestations pour mourir chrétiennement, qui formaient comme la seconde partie du Contrat, il substitua même une série d'Exercices de piété pour vivre et mourir en chrétien, où l’on reconnait assez souvent les idées du P. Eudes, et où l’on remarque une Salutation au Cœur de Jésus dans le Saint-Sacrement, qui est une traduction libre ou plutôt une imitation de l’Ave Cor sanctissimum®.
1 M. Roger Daon, né à Briqueville en Bessin, en 1678, entra dans la Congrégation des Eudistes en 1699, et s’y fit remarquer par sa science et sa vertu. Il mourut en 1749 au séminaire de Séez dont il était supérieur. M. Daon a publié plusieurs ouvrages dont l’un, intitulé Conduile des Confesseurs au tribunal de la Pénitence, eut près de cent éditions et fut traduit en plusieurs langues, notamment en italien et en latin.
? Voici cette Salutation : « Je vous salue, ô Cœur adorable de . Jésus, vous qui êtes le plus saint, le plus doux, le plus humble, le plus pur, le plus zélé, le plus sage, le plus patient, le plus obéissant, le plus compatissant, le plus glorieux, le plus puissant et le plus rempli d'amour et de charité de tous les cœurs.
« Je vous adore, vous bénis et vous remercie de l'amour incomparable que vous exercez envers nous dans ce grand sacrement, et je vous demande très humblement pardon des outrages que vous y recevez de la part des hommes.
« Je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit, et de toutes mes forces.
« Je vous donne mon cœur, je vous le consacre et immole.
En remaniant ainsi le Contrat, M. Daon lui enleva l'allure vive et alerte qu’il avait dans sa forme primitive,mais il l'accommoda au goût de son temps, ce qui valut à ce livre un regain de popularité. Les éditions en effet se multiplièrent coup sur coup, non seulement durant le: XVIII: siècle, mais encore au commencement du XIX°'. Quelques-unes ne ren ferment que le Contrat proprement dit. D'autres contiennent en outre des exercices de piété qui parfois différent complètement de ceux de M. Daon.
Le livre du P. Eudes a même franchi la frontière Il en à paru à Barcelone une traduction espagnole? Nous ne serions pas surpris qu'il aît été traduit en: d'autres langues, bien que ces traductions ne nous soient pas connues. Les biographes du Vénérable affirment en effet que quelques-uns dé ses ouvrages ont été traduits en plusieurs langues, et comme le Contrat est l'un des plus connus et des meilleurs, ik est à croire que c'est aussi l’un de ceux qui ont attiré l'attention des étrangers et reçu les honneurs d'une traduction en langues diverses 4
C'est le texte pur du Vénérable que nous allons donner ici, et nous le préférons de beaucoup à celui de son correcteur et vulgarisateur.
Daignez l'avoir pour agréable et en prendre possession pour jamais. Purifiez-le de toutes ses taches, et faites-lui part de vos grâces et de votre sainteté, afin qu'il ne vive désormais que de votre propre vie, et que vous régniez en lui dans le temps et dans l'éternité. Ainsi soit-il. » Contrat de l'homme avec Dieu, édition corrigée et augmentée par Roger Daon, Caen, 1743, p. 202.
® Caen, Poisson, 1747, 1734 ; Bayeux, Nicolle, 1185 : Chen. Chalopin, 1786, 1891 ; Caen, Leroux. 1807 : Paris, Denonville, 1823, 1899 : Rennes, Jausions, 1838, 1842, etc. etc. Le Contrat remanié par M. Daon a eu an moins une cinquantaine d'éditions. |
* Contrato del hombre con Dos. Barcelona, Imprenta de Pablo Riera., 1861. à